jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2201921 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS DOMINIQUE CARTRON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 12 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Cartron, demande au juge des référés :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Cornouaille-Quimper et la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM) à lui verser une provision de 30 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 janvier 2022 et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de déclarer l'ordonnance à intervenir commune et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère ;
3°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Cornouaille-Quimper et de la SHAM le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier de Cornouaille-Quimper est responsable de plein droit en raison de l'infection nosocomiale dont elle a été victime au cours de sa prise en charge et ce, en application des dispositions du deuxième alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- le centre hospitalier de Cornouaille-Quimper a également commis des fautes de nature à engager sa responsabilité au sens des dispositions du premier alinéa du même article ;
- l'obligation dont elle se prévaut n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 30 000 euros au regard des frais divers qu'elle a exposés, du déficit fonctionnel temporaire qu'elle a subi entre le 1er septembre 2017 et le 25 mars 2020, de son besoin d'assistance par une tierce personne pendant les périodes où elle a subi un déficit fonctionnel temporaire de 50 %, des souffrances qu'elle a endurées et de son préjudice esthétique temporaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le centre hospitalier de Cornouaille-Quimper et la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM), représentées par Me Maillard, demandent au juge des référés de leur décerner acte de ce qu'ils s'en remettent à la justice quant à l'éventuelle responsabilité du centre hospitalier, de réduire à de plus justes proportions la demande de provision en ce qu'elle ne saurait être supérieure à 10 000 euros et la somme qui pourrait être allouée à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que les demandes présentées par Mme B au titre de son déficit fonctionnel temporaire, de l'assistance par une tierce personne, des souffrances endurées et du préjudice esthétique temporaire sont manifestement surévaluées.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère, qui n'a pas produit d'observations.
La clôture d'instruction a été fixée au 16 novembre 2022 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. En avril 2016, Mme B s'est vu diagnostiquer un cancer du sein gauche. Le 22 septembre 2016, elle a subi une tumorectomie au centre hospitalier de Cornouaille-Quimper. Une récidive de son cancer a été diagnostiquée en juin 2017. Le 8 août 2017, elle a subi une mastectomie gauche avec reconstruction mammaire immédiate par prothèse. Le 1er septembre 2017, elle s'est rendue aux urgences du centre hospitalier de Cornouaille-Quimper en raison d'un syndrome inflammatoire du sein et elle y a bénéficié d'une antibiothérapie. Mme B a ensuite été hospitalisée du 1er au 4 novembre 2017 pour une symétrisation du sein droit et le changement de prothèse du sein gauche. Le 15 novembre 2017, elle a bénéficié d'un parage de suture en raison d'une déhiscence cicatricielle avec exposition de la prothèse mammaire. Le 2 décembre 2017, elle s'est rendue aux urgences en raison d'une nouvelle exposition de prothèse et elle a été opérée le 5 suivant pour une dépose de la prothèse du sein gauche. Des prélèvements effectués lors de cette intervention ont mis en évidence la présence d'une corynébactérie. Le 14 mars 2018, elle a bénéficié d'une reconstruction mammaire gauche par expandeur. Le 14 mai 2018, Mme B s'est à nouveau rendue en urgence au centre hospitalier de Quimper en raison d'un écoulement du sein gauche et une antibiothérapie a alors été mise en place. Depuis le 29 mai 2018, Mme B est prise en charge par la polyclinique de Quimper. Mme B a obtenu du juge des référés du tribunal administratif de Rennes, par ordonnance du 11 juin 2021, la réalisation d'une expertise médicale confiée au docteur C, expert en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, qui a déposé son rapport le 14 décembre 2021. Par un courrier du 17 janvier 2022, Mme B a sollicité du centre hospitalier de Cornouaille-Quimper l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de sa prise en charge. Sa demande ayant été implicitement rejetée, Mme B, demande au juge des référés de condamner le centre hospitalier de Cornouaille-Quimper et la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM) à lui verser une provision à valoir que l'indemnisation définitive de ses préjudices.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité du centre hospitalier de Cornouaille-Quimper :
3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Seule une infection survenant au cours ou au décours d'une prise en charge et qui n'était ni présente ni en incubation au début de la prise en charge peut être qualifiée de nosocomiale. En présence d'une telle infection, qu'elle soit exogène ou endogène, les dispositions précitées instituent un dispositif de réparation de plein droit par l'établissement de santé des dommages en résultant, à moins que la preuve d'une cause étrangère ne soit rapportée.
4. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement du rapport établi le 14 décembre 2021 par le docteur C, que Mme B a présenté les premiers signes d'une infection le 1er septembre 2017. Si une antibiothérapie probabiliste lui a été prescrite, il résulte de l'instruction qu'en l'absence de prélèvements bactériologiques, une telle prescription n'était pas conforme aux données acquises de la science ni aux règles de l'art. Ce n'est que lors de l'intervention du 5 décembre 2017 que des prélèvements bactériologiques ont été effectués, permettant la mise en place d'une antibiothérapie adaptée. Ainsi, la conduite diagnostique et thérapeutique de l'infection présentée par Mme B n'a pas été conforme aux règles de l'art et constitue une faute. En outre, il résulte de l'instruction que l'infection à corynébactérie présentée par Mme B et mise en évidence à la suite des prélèvements bactériologiques effectués le 5 décembre 2017, qui n'était ni présente ni en incubation avant l'intervention chirurgicale du 8 août 2017 et qui ne provient d'aucune cause étrangère alléguée, peut être regardée comme constituant une infection nosocomiale. Dès lors, la responsabilité du centre hospitalier de Cornouaille-Quimper, qui n'est au demeurant pas contestée en défense, doit être mise en cause et l'obligation à réparation des préjudices imputables à cette faute et à cette infection n'est pas sérieusement contestable.
En ce qui concerne les préjudices :
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'entre le 1er septembre 2017 et le 25 mars 2020, Mme B a subi des périodes de déficit fonctionnel total ou partiel de 50 % et de 20 %, que son état de santé a nécessité pendant les périodes où elle était affectée d'un déficit fonctionnel temporaire de 50 %, l'assistance par une tierce personne à raison de quatre heures par jour. Elle a, en outre, enduré des souffrances, évaluées à 3 sur une échelle de 7 et subi un préjudice esthétique temporaire, évalué à 3 sur une échelle de 7. Mme B justifie également s'être acquittée de frais divers tels que des frais d'assistance par un médecin conseil, de communication de son dossier médical et de déplacement pour se rendre à la réunion d'expertise, organisée par le docteur C. Au vu de ces éléments, le montant non sérieusement contestable de l'estimation des préjudices subis par Mme B peut, en l'état de l'instruction, être évalué à la somme de 15 000 euros.
6. Il résulte de tout de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner in solidum le centre hospitalier de Quimper et la SHAM à verser à Mme B une provision de 15 000 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation :
7. Mme B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 15 000 euros à compter du 20 janvier 2022, date de réception par le centre hospitalier de Cornouaille-Quimper de sa demande préalable indemnitaire. En outre, à la date de la présente ordonnance, il est dû au moins une année d'intérêts et, par suite, Mme B est fondée à demander que les intérêts échus au 20 janvier 2023 soient capitalisés à cette date pour porter eux-mêmes intérêts.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Cornouaille-Quimper et de la SHAM, parties perdantes, le versement in solidum à Mme B d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Cornouaille-Quimper et la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles sont condamnés in solidum à verser à Mme B une provision de 15 000 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 janvier 2022, lesquels porteront eux-mêmes intérêts à compter du 20 janvier 2023.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Cornouaille-Quimper et la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles verseront in solidum à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles désignée représentante unique pour l'ensemble des défendeurs en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère.
Fait à Rennes, le 2 février 2023.
Le président,
signé
E. Kolbert
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026