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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2201964

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2201964

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2201964
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBOULAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 13 avril 2022 et 22 mars 2023, Mme H D, représentée par Me Boulais, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 février 2022 par laquelle la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) a rejeté sa demande de supplément de pension attribué aux agents du corps des aides-soignants et auxiliaires de puériculture de la fonction publique hospitalière ;

2°) d'enjoindre à la CNRACL de lui accorder le supplément de pension attribué aux agents du corps des aides-soignants et auxiliaires de puériculture de la fonction publique hospitalière dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la CNRACL le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme et méconnaît ainsi l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle remplissait les conditions prévues par les textes pour bénéficier du supplément de pension attribué aux agents du corps des aides-soignants et auxiliaires de puériculture de la fonction publique hospitalière.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 6 mars 2023 et 27 avril 2023, la Caisse des dépôts et consignations, en sa qualité de gestionnaire de la CNRACL, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- le moyen soulevé n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2003-1199 du 18 décembre 2003 ;

- la loi n° 2010-1330 du 9 novembre 2010 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Berre ;

- et les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, auxiliaire de puériculture au centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes, née en 1965, a fait valoir ses droits à la retraite le 1er juillet 2011, à l'âge de 46 ans, en tant que parent de trois enfants. N'ayant pas encore atteint l'âge requis, Mme D n'a pas bénéficié du supplément de pension attribué aux agents du corps des aides-soignants et auxiliaires de puériculture de la fonction publique hospitalière prévu par l'article 37 de la loi n° 2003-1199 du 18 décembre 2003 de financement de la sécurité sociale pour l'année 2004. Estimant avoir depuis atteint l'âge nécessaire, Mme D a demandé le 31 janvier 2022 une révision de sa pension, laquelle a été rejetée par une décision du 16 février 2022. Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur le bien-fondé des conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

3. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée est signée par M. B A, en sa qualité de directeur des gestions mutualisées, pour le compte du directeur de l'établissement gestionnaire, à savoir l'établissement de Bordeaux, lequel est mentionné en pied de page de la décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, la caisse des dépôts et consignation a, par un arrêté du 1er mars 2021, régulièrement publié le même jour, donné délégation de signature à M. E F, directeur de la direction des politiques sociales, aux fins de signer toute décision relevant des attributions de cette direction et notamment la décision contestée. M. F a lui-même donné subdélégation, par décision du 7 janvier 2022, à M. G C, directeur de la direction dénommée " établissement de Bordeaux " et, en cas d'absence de celui-ci, à M. B A, signataire de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ne peut être qu'écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 37 de la loi du 18 décembre 2003 de financement de la sécurité sociale pour 2009 dans sa version applicable au litige : " I. - A partir du 1er janvier 2004, les agents classés dans le corps des aides-soignants de la fonction publique hospitalière bénéficient de la prise en compte de la prime spéciale de sujétion, dans la limite de 10 % de leur traitement indiciaire, pour le calcul de la pension de retraite ainsi que pour les retenues pour pension. / Les agents du corps des aides-soignants de la fonction publique hospitalière sont assujettis à une retenue supplémentaire dont le taux est fixé par décret. Cette retenue est assise sur la prime spéciale de sujétion. Les collectivités employeurs supportent pour les mêmes personnels une contribution supplémentaire fixée dans les mêmes conditions. / La prise en compte de la prime spéciale de sujétion mentionnée au premier alinéa et le supplément de pension qui en découle seront réalisés progressivement du 1er janvier 2004 au 1er janvier 2008 dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. / Le bénéfice du supplément de pension résultant de l'intégration de cette prime est ouvert à partir de l'âge de cinquante-sept ans et à condition d'avoir accompli dix-sept ans de services effectifs dans la fonction publique hospitalière. / Les deux conditions prévues à l'alinéa précédent ne sont pas applicables aux agents du corps des aides-soignants qui sont radiés des cadres ou mis à la retraite pour invalidité et aux ayants cause de ces fonctionnaires décédés avant leur admission à la retraite. / Le supplément de pension est calculé à due proportion des années de services accomplis dans le corps des aides-soignants de la fonction publique hospitalière. / En aucun cas, le montant de la pension d'un agent du corps des aides-soignants promu dans un corps de catégorie B ou A de la fonction publique hospitalière ne peut être inférieur à celui qu'il aurait obtenu s'il n'avait pas été promu dans ce corps. / II. - Par dérogation aux conditions posées au sixième alinéa du I, les agents classés dans le corps des aides-soignants de la fonction publique hospitalière au 31 décembre 2003 et justifiant de quinze ans de services effectifs dans la fonction publique hospitalière au moment de leur départ en retraite bénéficient du supplément de pension à taux complet. ". Il résulte de ces dispositions que pour bénéficier du supplément de pension attribué aux agents du corps des aides-soignants et auxiliaires de puériculture de la fonction publique hospitalière, l'agent public doit justifier de 17 ans de services effectifs.

6. Aux termes de l'article L. 5 du code des pensions civiles et militaires de retraite alors applicable : " Les services pris en compte dans la constitution du droit à pension sont : / 1° Les services accomplis par les fonctionnaires titulaires et stagiaires mentionnés à l'article / 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée ; (). / Les périodes de services accomplies à temps partiel en application de l'article 37 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée, de l'article 60 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et de l'article 46 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière sont comptées pour la totalité de leur durée. () ". Aux termes de l'article 8 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Les services et leurs modalités de décompte pris en compte dans la constitution du droit à pension sont : / 1° Les services mentionnés à l'article L. 5 du code des pensions civiles et militaires de retraite. () ".

7. Aux termes de l'article 51 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine ou, dans le cas prévu au deuxième alinéa de l'article 4, de son emploi d'origine, mais continuant à bénéficier, dans ce corps ou cet emploi, de ses droits à l'avancement et à la retraite. () ".

8. Il résulte de l'instruction que Mme D a exercé des fonctions d'auxiliaire de puériculture au CHU de Rennes en tant que contractuelle pendant trois mois entre juillet et fin septembre 1991, pendant quatre jours en avril 1993 puis de manière continue entre le 6 mai 1993 et le 31 mai 1998. Mme D est devenue stagiaire de la fonction publique hospitalière, à compter du 1er juin 1998 puis a été intégrée à partir du 4 avril 2000 dans le même établissement. Par suite, entre le 1er septembre 2006 et le 31 août 2009, la requérante a été détachée auprès de la ville de Montpellier. Enfin, Mme D a repris ses fonctions au CHU de Rennes, à partir du 1er septembre 2009, avant d'être admise à la retraite le 1er juillet 2011.

9. Pour la constitution du droit à pension, ou à supplément de pension en l'espèce, il convient de tenir compte des services accomplis en qualité de contractuelle et qui ont été validés par l'administration dans le décompte définitif de la pension de Mme D soit 2 ans, 11 mois et 25 jours. S'agissant des services effectués à temps partiel, lesquels doivent être pris en compte comme s'il s'agissait de périodes de travail à temps plein, en tant que titulaire de la fonction publique hospitalière, Mme D a exercé ses fonctions pendant 10 ans et 1 mois au CHU de Rennes. Enfin, s'agissant du détachement de la requérante, effectué à la mairie de Montpellier, il convient également d'intégrer les services effectués dans le calcul du droit à pension, en application de l'article 51 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, selon lequel le fonctionnaire placé en position de détachement continue à bénéficier, dans son corps d'origine, de ses droits à l'avancement et à la retraite, soit 3 ans. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales a commis trois erreurs de droit dans le calcul des services effectifs dans la fonction publique hospitalière de Mme D. Toutefois, la durée des services effectifs réalisés par l'intéressée, 16 ans et 25 jours, demeure inférieure aux 17 ans de services effectifs exigés par l'article 37 de la loi du 18 décembre 2003 à la date du 1er juillet 2021. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée, Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 février 2022 par laquelle la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales a rejeté sa demande de révision de sa pension tendant au bénéfice du supplément de pension attribué aux agents du corps des aides-soignants et auxiliaires de puériculture de la fonction publique hospitalière.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de Mme D à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi à la partie perdante d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées par Mme D sur le fondement de ces dispositions, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H D et à la caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Le Berre

Le président,

Signé

F. Etienvre

La greffière

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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