jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2202088 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril 2022 et 21 mars 2024, Mme D B, veuve E, ses enfants, A. Philippe et Didier E et Mmes C et Marie E, ses petits-enfants, M. F H et MM. Anthony et Damien E, représentés par Me Labrunie (cabinet Teissonnière Topaloff Lafforgue Andreu et Associés), demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une indemnité totale de 453 684 euros en réparation des préjudices qu'ils ont personnellement subis du fait de la maladie radio-induite dont a souffert M. G E et dont il est décédé le 11 avril 2004, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 décembre 2021 et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la prescription quadriennale ne peut pas leur être opposée ;
- ils ont droit à l'indemnisation intégrale des préjudices qu'ils ont subis du fait du décès de M. G E.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Le ministre fait valoir :
- à titre principal, que la créance est prescrite ;
- à titre subsidiaire, que la maladie dont M. G E est décédé n'est pas imputable au service.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Berthon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. G E, né le 20 mai 1947, militaire de carrière, a été affecté en Polynésie française en qualité de matelot-plongeur manœuvrier en 1967 et 1968, puis en qualité de membre de la direction des ports de 1986 à 1995. Au cours de ces différentes affectations, il a été exposé à des rayonnements ionisants. Un cancer de l'estomac lui a été diagnostiqué en 2001, dont il est décédé le 11 avril 2004. En mars 2011, Mme D E, sa veuve, a déposé une demande d'indemnisation sur le fondement de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français. Par deux décisions du 26 mars 2012 et du 19 décembre 2013, le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) a rejeté sa demande. En exécution d'un jugement du tribunal administratif de Rennes du 31 décembre 2015, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 15 mars 2017, le CIVEN a adressé le 5 mars 2019 à Mme D E une proposition d'indemnisation. Par un courrier du 13 décembre 2021, les requérants ont demandé à l'Etat la réparation de leurs préjudices personnels. En l'absence de réponse expresse, ils demandent au tribunal de condamner l'État à leur verser une indemnité d'un montant total de 453 684 euros.
Sur l'exception de prescription quadriennale :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Aux termes de l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; / Toute émission de moyen de règlement, même si ce règlement ne couvre qu'une partie de la créance ou si le créancier n'a pas été exactement désigné./Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ". L'article 3 de ce même texte dispose que : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque la responsabilité de l'Etat est recherchée, le point de départ de la prescription quadriennale est la date à laquelle le créancier est en mesure, d'une part, de connaître le dommage dans sa réalité et son étendue et, d'autre part, de connaître l'origine de ce dommage ou du moins de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles il pourrait être imputable à un fait de l'Etat.
4. Il est constant qu'en mars 2011 Mme D E a demandé au CIVEN, sur le fondement de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, de l'indemniser en sa qualité d'ayant droit des préjudices subis par son époux, décédé en 2004 à la suite de son exposition aux rayons ionisants lors des essais nucléaires français. Mme E doit donc être regardée comme ayant été en mesure, au plus tard en mars 2011, d'une part, de connaître le dommage dont elle demande réparation dans sa réalité et son étendue et, d'autre part, de disposer d'indications suffisantes lui permettant d'imputer ce dommage à l'Etat. Il n'est pas sérieusement contesté que les enfants de Mme E, qui étaient tous majeurs en mars 2011, ne disposaient pas à cette date pour eux-mêmes et en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs, des mêmes informations sur l'origine de la maladie qui a provoqué le décès de leur père et son imputabilité à un fait de l'Etat. Enfin, il résulte de l'instruction que les requérants n'ont engagé aucune action de nature à interrompre la prescription. A cet égard, l'ensemble des actes et décisions de justice relatifs à la réparation des préjudices de M. G E sollicitée par son épouse se rapportent à une créance distincte et n'ont, par suite, pas interrompu la prescription. La créance des requérants envers l'Etat était donc prescrite lorsqu'ils en ont réclamé le règlement pour la première fois, le 20 décembre 2021.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles qui sont relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête des consorts E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à MM. Philippe, Didier, Anthony et Damien E, à Mmes C et Marie E, à M. F H et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Berthon, président,
Mme Plumerault, première conseillère,
Mme Pellerin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
E. Berthon
L'assesseure la plus ancienne dans le grade,
signé
F. Plumerault La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.00
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026