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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202125

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202125

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202125
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET GERVAISE DUBOURG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2022, et un mémoire enregistré le 6 novembre 2024, Mme B C, représentée par Me Dubourg, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 15 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des conditions liées au recouvrement de sommes dont elle n'était pas redevable et d'assortir les sommes dues des intérêts au taux légal, avec capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en lui réclamant la totalité des cotisations de taxe foncière et de taxe d'habitation alors qu'elle n'est redevable que d'une fraction de ces cotisations, s'agissant d'un immeuble appartenant à une indivision successorale, l'administration a méconnu l'article 1403 du code général des impôts, n'a pas tenu compte de deux jugements du juge de l'exécution du tribunal de grande instance de Vannes et a ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les avis d'imposition, mises en demeure de payer et avis à tiers détenteur qui lui ont été envoyés par l'administration en méconnaissance de l'autorité de la chose jugée manifestent un mauvais vouloir de l'administration, ce qui constitue une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- les agissements de l'administration lui ont occasionné un trouble dans ses conditions d'existence et un préjudice moral qui justifient une réparation à hauteur de 15 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le préjudice allégué est surévalué et ne saurait être indemnisé à hauteur de la somme demandée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ambert,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Mme A, élève avocate, en présence de Me Dubourg, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est propriétaire en indivision d'un bien, composé de parcelles bâties et non bâties, situé à Lamballe. Le 4 octobre 2016, un avis à tiers détenteur d'un montant de 3 490 euros a été notifié au service des pensions de la direction régionale des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine en vue du recouvrement du solde des cotisations de taxes foncières et de taxe d'habitation de l'année 2015 mises à la charge de Mme C. Le 7 février 2017, le comptable public de la trésorerie de Lamballe a procédé à la mainlevée de cet avis à tiers détenteur. Par un jugement du 22 août 2017, le juge de l'exécution du tribunal de grande instance de Vannes s'est déclaré incompétent pour connaître de la demande en décharge des impositions et a jugé sans objet le surplus des demandes de Mme C dès lors qu'il a été donné mainlevée de l'avis à tiers détenteur du 4 octobre 2016 et qu'il a été procédé au remboursement des sommes irrégulièrement prélevées sur sa pension de retraite. Le 16 mars 2018, un nouvel avis à tiers détenteur, d'un montant de 3 909,25 euros, a été notifié au service des pensions de la direction régionale des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine en vue du recouvrement des cotisations de taxe foncières des années 2015 à 2017 mises à la charge de Mme C. Le 19 octobre 2018, le comptable public du service des impôts des particuliers de Saint-Brieuc a procédé à la mainlevée de cet avis à tiers détenteur. Par un jugement du 20 août 2019, le juge de l'exécution du tribunal de grande instance de Vannes a jugé irrecevable l'action de Mme C au motif que le comptable public de la trésorerie de Lamballe était dépourvu de qualité pour défendre l'action dès lors que l'avis à tiers détenteur contesté émanait du comptable public du service des impôts des particuliers de Saint-Brieuc. Le 18 mars 2021, une mise en demeure de payer la somme de 1 040,25 euros, correspondant au solde des cotisations de taxes foncières de l'année 2018, a été adressée à Mme C.

2. Par un courrier du 21 décembre 2021, reçu le 28 décembre 2021, Mme C a adressé à l'administration une demande visant à lui verser la somme de 15 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des conditions liées au recouvrement de sommes dont elle n'était pas redevable. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 15 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis et d'assortir les sommes dues des intérêts au taux légal, avec capitalisation des intérêts.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'engagement de la responsabilité de l'Etat :

3. Aux termes de l'article 1403 du code général des impôts : " Tant que la mutation cadastrale n'a pas été faite, l'ancien propriétaire continue à être imposé au rôle, et lui ou ses héritiers naturels peuvent être contraints au paiement de la taxe foncière, sauf leur recours contre le nouveau propriétaire. ".

4. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a poursuivi auprès du service des pensions de la direction régionale des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine le recouvrement de la totalité des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties des années 2015 à 2018 alors que Mme C n'était redevable que d'une fraction de ces cotisations, s'agissant d'un immeuble appartenant à une indivision successorale. L'administration a ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité, ce que d'ailleurs elle ne conteste pas.

En ce qui concerne le préjudice :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme C a dû entamer de nombreuses démarches administratives et judiciaires afin de se voir rembourser les sommes prélevées sur sa pension de retraite à raison des deux avis à tiers détenteurs des 4 octobre 2016 et 16 mars 2018 ayant donné lieu, le 10 mai 2017, au remboursement de la somme de 535,41 euros, le 19 octobre 2018, au remboursement de la somme de 1 894,16 euros et le 1er février 2019 au remboursement de la somme de 434,61 euros. Les sommes prélevées mensuellement, y compris après le jugement du juge de l'exécution du tribunal de grande instance de Vannes du 22 août 2017 reconnaissant, dans ses motifs, le bien-fondé de la contestation de Mme C, ont été génératrices d'un trouble dans ses conditions d'existence. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du trouble dans les conditions d'existence de Mme C en lui allouant la somme de 1 500 euros.

6. En second lieu, si Mme C soutient avoir droit à un préjudice moral, elle n'apporte aucune précision sur ce point et n'établit ainsi pas la réalité de ce préjudice. Il n'y a ainsi pas lieu d'allouer une somme au titre du préjudice moral.

7. Il résulte de ce qui précède que l'indemnité à laquelle Mme C est en droit de prétendre au titre de l'ensemble de ses préjudices doit être fixée à la somme de 1 500 euros, somme au versement de laquelle l'Etat doit être condamné.

Sur les intérêts :

8. Mme C a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 1 500 euros à compter du 28 décembre 2021.

Sur la capitalisation des intérêts :

9. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 22 avril 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 28 décembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C la somme de 1 500 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 28 décembre 2021. Les intérêts échus à la date du 28 décembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au directeur départemental des finances publiques des Côtes-d'Armor et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. AmbertLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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