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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202172

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202172

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202172
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS GRIMALDI MOLINA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 25 avril 2022 et 10 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Grimaldi de la Selarl Grimaldi et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de saisie à tiers détenteur établi le 26 octobre 2021 par l'agent comptable de l'université de Rennes 1 en vue du recouvrement d'une somme de 17 900,90 euros ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux du 24 décembre 2021 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;

3°) d'enjoindre à l'université de Rennes 1 de lui accorder la remise gracieuse de cette somme ;

4°) de mettre à la charge de l'université de Rennes 1 le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la somme de 17 900,90 euros correspond aux demi traitements qu'elle a perçus durant toute la période d'instruction de son dossier, à l'issue de son congé de longue durée, jusqu'à sa mise à la retraite pour invalidité rétroactive au 19 novembre 2019 ;

- en vertu de la jurisprudence, cette somme doit lui rester acquise.

Par un mémoire, enregistré le 20 septembre 2022, le ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et du numérique demande sa mise hors de cause.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 avril et 31 juillet 2023, l'université de Rennes 1, représentée par Me Collet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A le versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête de Mme A est tardive et que le moyen soulevé n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre ;

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lefeuvre, représentant l'université de Rennes.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions dirigées contre l'avis de saisie à tiers détenteur :

1. Aux termes de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales : " 1. Les créances dont les comptables publics sont chargés du recouvrement peuvent faire l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur notifiée aux dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. () / L'avis de saisie administrative à tiers détenteur est notifié au redevable et au tiers détenteur. L'exemplaire qui est notifié au redevable comprend, sous peine de nullité, les délais et voies de recours. ". Aux termes de l'article L. 281 de ce livre : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Lorsque les contestations portent sur le recouvrement de créances détenues par les établissements publics de l'Etat, par un de ses groupements d'intérêt public ou par les autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, ces contestations sont adressées à l'ordonnateur de l'établissement public () pour le compte duquel l'agent comptable a exercé ces poursuites () / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () / b) Pour les créances non fiscales () des établissements publics de l'Etat () dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance () ". Aux termes de l'article R. 281-1 du même livre : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même () ". Aux termes de l'article R. 281-3-1 de ce livre : " La demande prévue à l'article R. 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée dans un délai de deux mois à partir de la notification : / a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; / b) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, de tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation au paiement ou sur le montant de la dette ; / c) A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, du premier acte de poursuite permettant de contester l'exigibilité de la somme réclamée. ". Aux termes, enfin, de l'article R. 281-4 de ce livre : " Le chef de service ou l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 se prononce dans un délai de deux mois à partir du dépôt de la demande, dont il doit accuser réception () / Si aucune décision n'a été prise dans ce délai ou si la décision rendue ne lui donne pas satisfaction, le redevable ou la personne tenue solidairement ou conjointement doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le juge compétent tel qu'il est défini à l'article L. 281. Il dispose pour cela de deux mois à partir : / a) soit de la notification de la décision du chef de service ou de l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 ; / b) soit de l'expiration du délai de deux mois accordé au chef de service ou à l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 pour prendre sa décision. La procédure ne peut, à peine d'irrecevabilité, être engagée avant ces dates. ". Aux termes, enfin, de l'article 118 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. ".

2. Il résulte de l'instruction que la contestation de Mme A a été adressée le 16 novembre 2021. En vertu des dispositions précitées, le président de l'université de Rennes 1 n'ayant pris aucune décision dans le délai de deux mois qui lui était imparti à partir du dépôt de la demande de Mme A, celle-ci disposait elle-même d'un délai de deux mois à compter de l'expiration du propre délai accordé au président de l'université pour le compte duquel l'agent comptable a procédé à la saisie à tiers détenteur litigieuse, soit jusqu'au 17 mars 2022. Par suite, ses conclusions, enregistrées le 25 avril 2022, sont, comme le relève l'université, tardives tant en ce qu'elles sont dirigées contre le titre de perception que l'avis de saisie à tiers détenteur et doivent donc être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

3. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'université de Rennes 1, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

5. Il n'y a, par ailleurs, pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A le versement d'une somme au titre des frais exposés par l'université de Rennes 1 et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'université de Rennes 1 tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté alimentaire, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au président de l'université de Rennes.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. TerrasLa greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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