vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2202332 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | RODIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 mai 2022, 12 février 2024 et 26 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Rodier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Baden à lui payer la somme totale de 57 687,88 euros en réparation de ses préjudices, avec intérêts au taux légal et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Baden la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conditions de réalisation de l'accident de service dont elle a été victime le 6 février 2018 et l'illégalité de l'arrêté du 27 août 2018 par lequel le maire de la commune de Baden a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident, annulé par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 19 mai 2021, constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de cette commune ;
- du fait de l'exécution de l'arrêté du 27 août 2018, elle a subi des préjudices d'un montant de 5 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence ;
- du fait des conditions de réalisation de son accident de service, elle a subi un préjudice financier de 2 687,88 euros résultant de la perte de primes, un préjudice de 30 000 euros résultant des souffrances psychologiques endurées et un préjudice de 20 000 euros résultant du préjudice de carrière ;
- dans le dernier état de ses écritures, elle abandonne le préjudice au titre des frais de santé qu'elle invoquait antérieurement.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 16 octobre 2023, 11 mars 2024 et 22 mars 2024, la commune de Baden, représentée par Me Rouhaud, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que les sommes allouées à Mme B soient réduites à de plus justes proportions et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- et les observations de Me Rodier, représentant Mme B, ainsi que celles de Me Messéant, représentant la commune de Baden.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, agent territorial spécialisé des écoles maternelles titulaire, a intégré les effectifs de la commune de Baden au mois de septembre 2000. Elle a été placée en congé de maladie à compter du 6 février 2018 et a demandé la prise en charge de ce congé au titre d'un accident de service survenu à cette même date. Après que la commission de réforme a émis le 5 juillet 2018 un avis favorable à sa demande, le maire de Baden a, par un arrêté du 27 août 2018, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 6 février 2018. Cet arrêté a été annulé par le jugement n° 1804810 rendu par le tribunal administratif de Rennes le 19 mai 2021. Par deux arrêtés du 18 août 2021, le maire de la commune de Baden a, d'une part, reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 6 février 2018 et, d'autre part, placé l'intéressée en congé de maladie pour invalidité temporaire imputable au service du 6 février 2018 au 27 août 2021 avec plein traitement. Par un courrier du 11 février 2022 reçu le 14 février suivant, Mme B a sollicité auprès du maire de la commune de Baden l'indemnisation de ses préjudices. Sa demande indemnitaire préalable a été rejetée par une décision implicite. Par la présente requête, elle demande la condamnation de cette commune à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
1. Aux termes de l'article aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / ()2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / () ".
2. Par ailleurs, sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.
3. Enfin, en vertu des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les fonctionnaires civils de l'Etat qui se trouvent dans l'incapacité permanente de continuer leurs fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées en service, peuvent être radiés des cadres par anticipation et ont droit au versement d'une rente viagère d'invalidité cumulable avec la pension rémunérant les services. Les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales prévoient, conformément aux prescriptions du II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors applicable, des règles comparables au profit des agents tributaires de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.
4. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font cependant obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien incombait à celle-ci.
5. Il résulte de l'instruction, comme l'a relevé le tribunal dans son jugement du 19 mai 2021, que le 6 février 2018, Mme B a été convoquée à une réunion organisée le jour même, pendant son service, par le maire de la commune de Baden, en présence des trois autres agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles de l'école dans laquelle elle était affectée, de la directrice des ressources humaines de la commune, de la responsable du pôle " jeunesse " et de l'adjointe aux affaires scolaires de la commune. Mme B produit un compte-rendu de cette réunion, rédigé par ses soins, dont l'objet était d'évoquer ses relations avec ses trois autres collègues. Elle y relève que cette réunion était inopinée, que le maire lui a d'emblée demandé de s'expliquer sur ses mauvaises relations avec ses collègues et qu'il lui a répété à plusieurs reprises qu'il fallait qu'elle s'intègre dans le service, et évoque une réunion inopinée " traumatisante " et " humiliante " au cours de laquelle elle a été mise en cause devant sept personnes, dont ses trois collègues agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles. Il résulte par ailleurs de l'instruction qu'à l'issue de cette réunion, Mme B, choquée, s'est rendue chez son médecin traitant, qui lui a délivré un arrêt de travail à compter du même jour pour un syndrome anxio-dépressif aigu. Tant le docteur C, psychiatre agréé, que la commission de réforme, ont estimé que la maladie de l'agent était en lien avec la réunion du 6 février 2018, le docteur C ayant relevé qu'elle avait causé chez la requérante une forme de " sidération psychique et émotionnelle ". Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière serait de nature à détacher l'accident du service. Il résulte de l'ensemble de ces considérations que la réunion inopinée du 6 février 2018, au cours de laquelle Mme B a été mise en cause devant plusieurs témoins, qui est à l'origine d'une dégradation brutale de son état de santé, doit être regardée comme s'étant tenue dans des conditions révélant un comportement et des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique de la part du maire de Baden, justifiant ainsi la reconnaissance de son imputabilité au service.
6. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de l'arrêté du 27 août 2018 et les faits décrits au point précédent constituent des fautes de nature à engager la responsabilité de la commune de Baden, sans que ne soit établie l'existence d'une faute de la victime, et alors même qu'à la suite du jugement du tribunal du 19 mai 2021, le maire de la commune de Baden a décidé le 18 août 2021 de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail de Mme B et l'a placée l'intéressée en congé de maladie pour invalidité temporaire imputable au service du 6 février 2018 au 27 août 2021.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice financier :
7. Mme B invoque un préjudice financier de 2 687,88 euros au titre de la prime d'administration et de technicité d'un montant brut de 206,76 euros versé deux fois par an qu'elle n'a plus perçu depuis son accident de service. Il résulte cependant de l'instruction, notamment des bulletins de paye versés au dossier par les parties, que si, postérieurement à son accident de service, Mme B n'a plus perçu la prime d'administration et de technicité, cette prime a été remplacée par l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et un rattrapage a été opéré au profit de Mme B sur le bulletin de paye de septembre 2021 pour un montant net total de 7 034,66 euros. La requérante ne contestant pas percevoir l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise en remplacement de la prime d'administration et de technicité, il n'y a pas lieu de l'indemniser de ce préjudice.
S'agissant des troubles dans les conditions d'existence :
8. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui n'a perçu qu'un demi-traitement pendant une période de plus de trois ans et demi entre l'accident du 6 février 2018 et la reconnaissance de son imputabilité au service par un arrêté du 18 août 2021, a subi des troubles dans les conditions d'existence en raison des charges incompressibles auxquelles elle devait faire face et la situation de dénuement qu'elle a subie. Il sera fait une juste appréciation de ces troubles en les évaluant à la somme de 3 000 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
9. Il résulte de l'instruction, notamment des rapport établis les 23 avril 2018 et 19 octobre 2023 par la docteure C ainsi que du compte-rendu établi par une psychologue le 22 juillet 2022, que cet accident survenu le 6 février 2017 a eu des répercussions psychologiques sur l'intéressée, ainsi qu'il a également été dit au point 6 du présent jugement. Il sera fait une juste appréciation des souffrances psychologiques endurées consécutivement à cet accident en allouant à la requérante la somme de 3 000 euros à ce titre.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
10. La requérante soutient qu'elle a subi un préjudice lié à la perte de chance de continuer une carrière normale au sein de la commune de Baden jusqu'à ce qu'elle soit en mesure de bénéficier d'une pension de retraite. Il résulte de l'instruction que dans son rapport du 19 octobre 2023, le docteur C a estimé que la requérante conservait, en lien avec les conditions fautives de réalisation de son accident de service, une " fragilité psychique secondaire qui rend impossible toute reprise d'activité au sein de la commune de rattachement (Baden) ", concluant que l'intéressée " est apte à ses fonctions à l'exclusion d'un exercice professionnel sur la commune de Baden ". Le comité médical, sollicité pour se prononcer sur l'aptitude de Mme B à ses fonctions, a émis le 7 décembre 2023 un avis d'aptitude à ses fonctions sur un autre poste. Par ailleurs, la requérante justifie s'être vue rejeter plusieurs candidatures présentées auprès de plusieurs autres collectivités depuis 2018. Pour autant, s'il apparaît qu'une reprise de fonctions au sein des effectifs de la commune de Baden où elle travaillait depuis l'année 2000 soit peu probable, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante, ainsi que l'ont estimé le docteur C et le comité médical, serait inapte à toutes fonctions. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'incidence professionnelle, lié à l'impossibilité pour Mme B de poursuivre sa carrière au sein de la commune de Baden, en lui allouant à la somme de 5 000 euros à ce titre.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Baden doit être condamnée à verser à Mme B la somme totale de 11 000 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
12. Mme B a droit aux intérêts au taux légal à compter du 14 février 2022, date de réception par la commune de Baden de sa demande préalable indemnitaire.
13. Par ailleurs, Mme B a demandé la capitalisation des intérêts le 14 février 2022, date de réception de sa réclamation indemnitaire préalable. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 14 février 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige non compris dans les dépens :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Baden le versement de la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Baden est condamnée à verser à Mme B la somme de 11 000 euros, assortie du versement des intérêts au taux légal à compter du 14 février 2022, capitalisés annuellement à compter du 14 février 2023.
Article 2 : La commune de Baden versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Baden.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière d'audience,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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