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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202474

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202474

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202474
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS ATHENA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. C, qui demandait la condamnation de l'État à l’indemniser pour la destruction de son véhicule Opel Corsa après sa mise en fourrière. Le tribunal a jugé que l’impossibilité de notifier la mise en fourrière à M. C était imputable à sa propre négligence, car il n’avait pas fait enregistrer la cession du véhicule dans le système d’immatriculation, en méconnaissance de l’article R. 322-4 du code de la route. Par conséquent, aucune faute de l’État n’a été retenue. La solution s’appuie sur les dispositions de l’article L. 325-7 du code de la route, dont les délais ont été jugés respectés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2022, M. A C, représenté par Me Postic (selarl Athéna avocats associés), demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 1 900 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis résultant de la destruction de son véhicule Opel Corsa immatriculé DZ-822-LQ après sa mise en fourrière ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'impossibilité de notification de la mise en fourrière de son véhicule est imputable à l'Etat, dès lors qu'elle résulte d'un dysfonctionnement de la sous-préfecture de Brest qui n'a pas pris en considération la cession à son profit du véhicule en litige ;

- l'application d'un délai réduit à dix jours entre l'impossibilité de notifier une mise en fourrière et le constat d'abandon de son véhicule, prévu par l'article L. 325-7 du code de la route, n'est pas justifiée par une expertise ;

- le constat d'abandon de son véhicule a eu lieu avant l'expiration du délai franc de dix jours ;

- il a droit à l'indemnisation du préjudice correspondant au remplacement de son véhicule, sur lequel il a effectué des réparations et dont la valeur peut être estimée à 600 euros ;

- il subit un préjudice de jouissance depuis mars 2021 qui peut être évalué à 800 euros ;

- il subit un préjudice moral qui peut être estimé à 500 euros ;

- il a engagé une somme de 1 500 euros au titre de la défense de ses droits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2022, le préfet du Finistère conclut à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que la condamnation de l'Etat soit ramenée à de plus justes proportions.

Il soutient que :

- le requérant s'est montré négligent, dès lors qu'il n'a pas enregistré l'acte d'acquisition du véhicule en litige dans le système d'immatriculation des véhicules en méconnaissance de l'article R. 322-4 du code de la route ;

- le délai de dix jours prévu par les dispositions de l'article L. 325-7 du code de la route entre l'impossibilité de notification de la mise en fourrière constatée le 6 mars 2021 et la livraison du véhicule au centre de traitement de véhicules hors d'usage a été respecté ;

- le montant du préjudice subi au titre du remplacement du véhicule est surévalué, dès lors qu'il ne prend pas en considération la décote par rapport au prix d'achat alors que la destruction du véhicule a eu lieu six mois après l'acquisition du véhicule par le requérant, que le kilométrage du véhicule en litige n'est pas connu et qu'il n'est pas justifié des travaux de réfection du véhicule dont se prévaut le requérant ;

- la réalité du préjudice de jouissance depuis mars 2021 n'est pas établie ;

- la réalité du préjudice moral n'est pas établie ; en tout état de cause, son montant est surévalué, dès lors qu'il ne prend en considération ni les frais d'enlèvement, de mise en fourrière et de garde en fourrière d'un montant total de 233,95 euros pour quatorze jours de gardiennage ni la contravention d'un montant de 35 euros dont le requérant devait s'acquitter.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- et les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 août 2020, Mme B a cédé son véhicule Opel Corsa immatriculé

DZ-822-LQ au garage Auto concept qui, le 13 septembre 2020, l'a cédé à la société HM Auto Négoce, dont le gérant est M. A C. Le 3 mars 2021, ce véhicule a été enlevé et mis en fourrière au garage ADPL-Maigne Eric pour des faits de stationnement abusif sur la voie publique excédant sept jours. Le 6 mars 2021, ce garage a constaté l'impossibilité de notifier à

M. C la mise en fourrière de son véhicule. Le 10 mars suivant, un avis de contravention a été émis à l'encontre de M. C. Le 16 mars 2021, le véhicule a été classé dans la catégorie des véhicules abandonnés en application de l'article L. 325-7 du code de la route et cédé à un centre de traitement de véhicules hors d'usage, la société FN Fornes. Estimant ne pas avoir été informé de la mise en fourrière de son véhicule et de son classement comme véhicule abandonné, M. C, par un courrier du 28 février 2022, dont il a été accusé réception le 30 mars suivant, a adressé une demande indemnitaire préalable au préfet du Finistère, afin d'obtenir la réparation des préjudices subis résultant de la destruction de son véhicule. Par une décision du 18 mars 2022, le préfet du Finistère a rejeté sa demande au motif que l'impossibilité de notification de mise en fourrière constatée le 6 mars 2021 a fait courir le délai d'abandon du véhicule de dix jours. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 1 900 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis résultant de la destruction de son véhicule.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute de l'Etat :

2. Aux termes de l'article L. 325-7 du code de la route dans sa rédaction alors en vigueur : " Sont réputés abandonnés les véhicules laissés en fourrière à l'expiration d'un délai de quinze jours à compter de la mise en demeure faite au propriétaire d'avoir à retirer son véhicule. / La notification est valablement faite à l'adresse indiquée par le traitement automatisé mis en œuvre pour l'immatriculation des véhicules. (). / Si le propriétaire ne peut être identifié, le délai précité court du jour où cette impossibilité a été constatée. / Le délai prévu au premier alinéa est réduit à dix jours en ce qui concerne les véhicules estimés d'une valeur marchande insuffisante, compte tenu de leurs caractéristiques techniques, de leur date de première mise en circulation (), dans les conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de la sécurité routière et du ministre chargé du domaine. /Les véhicules visés à l'alinéa précédent sont, à l'expiration du délai de dix jours, livrés à la destruction. ". Aux termes de l'article R. 325-12-1 du même code : " Il est institué, sous l'autorité et le contrôle du ministre chargé de la sécurité routière, un système d'information permettant l'enregistrement, la gestion et le suivi par les autorités compétentes des procédures relatives aux véhicules mis en fourrière. () Celui-ci centralise notamment les données enregistrées par les gardiens de fourrière en application de l'article R. 325-25. Il permet l'échange d'informations entre les différentes autorités concernées par la procédure de mise en fourrière des véhicules et leur gestion et les gardiens de fourrière. ". Aux termes de l'article R. 325-25 du même code : " Le gardien de fourrière enregistre, au fur et à mesure de leurs arrivées, les entrées des véhicules mis en fourrière, leurs sorties, les décisions de mainlevée de la mise en fourrière et, le cas échéant, les décisions de remise à l'administration chargée des domaines ou à une entreprise de destruction. / L'autorité dont relève la fourrière peut prescrire au gardien de fourrière d'enregistrer dans le système d'information prévu à l'article R. 325-12-1, outre les données mentionnées à l'alinéa précédent, celles relatives à l'enlèvement, la garde, la vente ou la destruction des véhicules. Ces données sont précisées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. ". Aux termes de l'article R. 325-31 du même code : " La mise en fourrière est notifiée par l'auteur de la mesure ou, pour son compte, par le ministre chargé de la sécurité routière lorsque les données sont enregistrées dans le système d'information prévu à l'article R. 325-12-1 à l'adresse relevée, soit sur le traitement automatisé mis en œuvre pour l'immatriculation des véhicules, soit sur le procès-verbal d'infraction ou le rapport de mise en fourrière. / Lorsque le véhicule n'est pas identifiable, il n'est pas procédé à cette formalité. Mention en est faite dans le procès-verbal ou dans le rapport de mise en fourrière. ". Aux termes de l'article R. 325-32 du même code : " I.- Cette notification s'effectue par lettre recommandée avec demande d'accusé de réception, dans le délai maximal de cinq jours ouvrables suivant la mise en fourrière du véhicule. / II.- Cette notification comporte les mentions obligatoires suivantes : () 5° Mise en demeure au propriétaire de retirer son véhicule avant l'expiration d'un délai : / a) De dix jours à compter de la date de notification pour un véhicule à livrer à la destruction ; / b) De quinze jours à compter de la date de notification pour un véhicule à remettre à l'administration chargée des domaines en vue de son aliénation ; / 6° Avertissement au propriétaire que son absence de réponse dans les délais impartis vaudra abandon de son véhicule et que ledit véhicule sera, dans les conditions prévues par décret, soit remis à l'administration chargée des domaines en vue de son aliénation, soit livré à la destruction ; (). ".

3. Ainsi qu'il a été dit au point 1, le véhicule en litige a été mis en fourrière au garage ADPL-Maigne Eric le 3 mars 2021 et le 10 mars suivant, un avis de contravention a été émis à l'encontre du requérant. Selon les dispositions de l'article R. 325-31 du code de la route citées au point précédent, l'adresse de notification de la mise en fourrière est celle indiquée dans le système d'immatriculation des véhicules ou sur le procès-verbal d'infraction. Il résulte de l'instruction, et notamment des écritures du préfet du Finistère en défense et de la lettre du 18 mars 2022 par laquelle ce dernier a rejeté le recours indemnitaire préalable du requérant, que l'impossibilité de notification résulte " d'une absence de données complètes " dont la déclaration d'achat du véhicule par le requérant enregistrée dans le système d'immatriculation d'un véhicule (SIV), ce qui laisse supposer que l'adresse de la société dont le requérant est le gérant n'était pas renseignée. Il est pourtant constant que l'avis de contravention précité a été établi au nom de cette société et envoyé à l'adresse de son siège social. Or, le préfet n'allègue ni n'établit avoir tenté de notifier la mise en fourrière du véhicule à l'adresse mentionnée sur l'avis de contravention précité. Dans ces conditions, en procédant à la destruction du véhicule du requérant sans l'avoir régulièrement avisé, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne la faute du requérant :

4. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'adresse de notification de la mise en fourrière du véhicule du requérant figurait sur l'avis de contravention émis le 10 mars 2021. Ainsi, contrairement à ce que soutient le préfet, la circonstance que le requérant n'ait pas procédé à l'enregistrement de l'acte d'acquisition du véhicule en litige dans le système d'immatriculation des véhicules n'a pas participé à l'impossibilité de lui notifier la mise en fourrière de son véhicule. Par suite, le préfet n'établit pas que M. C aurait commis une faute de nature à exonérer partiellement l'Etat de sa responsabilité.

En ce qui concerne la réparation des préjudices subis :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le véhicule en litige, cédé pour destruction le 16 mars 2021, était dans un état dégradé et n'était pas en situation régulière au regard des exigences du contrôle technique. En outre, le requérant n'établit par aucune pièce du dossier avoir effectué des travaux de réfection de ce véhicule, travaux dont la réalité est d'ailleurs contestée en défense. Il sera fait une juste appréciation du préjudice matériel subi par le requérant en fixant à 400 euros la somme due par l'Etat en réparation de ce préjudice.

6. En deuxième lieu, la destruction illégale du véhicule du requérant a nécessairement causé un préjudice moral à M. C. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 100 euros.

7. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la société, dont il est le gérant depuis mars 2021, a été privée de l'usage du véhicule en litige acquis quelques mois plus tôt, le requérant n'apporte aucune précision permettant d'établir la réalité de ce préjudice, alors au demeurant qu'il est constant qu'il n'a effectué aucune démarche pour récupérer son véhicule auprès de la fourrière après avoir été informé de la demande d'enlèvement de celui-ci par l'avis de contravention du 10 mars 2021. Par suite, la demande du requérant présentée au titre de la réparation du préjudice des troubles de jouissance doit être rejetée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme totale de 500 euros en réparation du préjudice subi du fait de la destruction de son véhicule et du préjudice moral qui en a résulté.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C la somme totale de 500 euros.

Article 2 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Berthon, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

Mme Pellerin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

Le président,

signé

E. BerthonLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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