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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202688

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202688

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202688
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROUMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 23 mai et 24 octobre 2022, Mme A B, représentée par Me Roumier, demande au tribunal :

1°) la restitution du reliquat de sa créance sur l'État née du plafonnement des impôts directs afférents à ses revenus n'ayant pu être imputé sur la cotisation d'impôt de solidarité sur la fortune à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2012, d'un montant de 37 506 euros ;

2°) la mise à charge de l'État du versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est titulaire d'une créance dite de " bouclier fiscal " prévue par les articles 1 et 1649 0 A du code général des impôts dans sa rédaction applicable aux années 2012 et antérieures, d'un montant de 37 506 euros ; la décision du 2 mars 2021 par laquelle l'administration a rejeté sa demande de remboursement de cette créance formulée le 30 décembre 2020 indiquait que la contestation de cette décision relevait du tribunal judiciaire ; par une ordonnance du 5 mai 2022 le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Rennes a déclaré ce tribunal incompétent " ratione materia " pour connaître de la contestation de cette décision ;

- sa requête n'est pas tardive, le délai raisonnable de recours n'est pas opposable au requérant auquel l'administration a communiqué des voies et délais de recours erronées ; la requête a été déposée dans un délai conforme aux prévisions du point n° 90 du BOI-CTX-ADM-10-20-10 du 12 septembre 2012 ; l'indication de voies et délais de recours erronés constituent un circonstance exceptionnelle faisant obstacle à ce qu'un délai raisonnable limité à un an lui soit opposé ; dans l'hypothèse la plus défavorable, le point de départ du délai raisonnable correspond à la date de la prise de connaissance de l'ordonnance du 5 mai 2022 retenant l'incompétence du tribunal judiciaire de Rennes ;

- sa demande de remboursement n'était pas tardive ; l'article 31 de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 ne concerne pas la créance de bouclier fiscal et ne prévoit pas que la demande de remboursement devait être formulée au plus tard le 30 décembre 2018 ;

- il ressort de l'article 5 et du II de l'article 30 de la loi n° 2011-900 du 29 juillet 2011 que le redevable peut demander la restitution de la créance de bouclier fiscal avant le 31 décembre de l'année au titre de laquelle il n'est plus redevable de l'impôt de solidarité sur la fortune ; ces dispositions instaurent une simple possibilité de faire cette demande dans ce délai et ne fixe pas un délai de forclusion ; par suite, il y a lieu d'appliquer le délai de prescription quadriennale prévu par la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ; or, la créance de bouclier fiscal qui n'a pas pu être imputée sur l'impôt de solidarité sur la fortune est devenue exigible le lendemain de la date de publication de la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017, soit le 31 décembre 2018 ; elle pouvait donc demander la restitution de sa créance de bouclier fiscal jusqu'au 31 décembre 2021 ;

- l'administration ne peut pas se prévaloir de la réponse ministérielle au sénateur Darnaud (JO Sénat du 8 novembre 2018 p. 5705).

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 septembre et 12 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il oppose à la requérante la tardiveté de sa requête en faisant valoir que :

- alors même que les voies et délais de recours figurant dans la décision du 2 mars 2021 était erronés, cette requête aurait dû être déposée dans un délai raisonnable d'un an, soit au plus tard le 3 mai 2022 ;

- Mme B avait connaissance de l'incompétence de la juridiction judiciaire dès le 1er février 2022, date à laquelle elle a demandé au juge de la mise en état de dire que sa demande était portée devant une juridiction incompétente pour un connaître ; elle aurait donc dû saisir le juge administratif, à titre conservatoire, dès cette date.

Il soutient en outre que la demande de remboursement de la créance en cause était tardive en vertu des dispositions des articles 5 et 30 II de la loi du 29 juillet 2011 de finances rectificative pour 2011.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 2011-900 du 29 juillet 2011 et notamment ses articles 5 et 30 ;

- la loi n° 2017-1837 du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 et notamment son article 31 ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Estimant être détentrice d'une créance sur l'État d'un montant de 40 673 euros après imputation de la cotisation d'impôt de solidarité sur la fortune de l'année 2012, laquelle était née l'application des articles 1er et 1649-0 A du code général des impôts, Mme B en a sollicité la restitution par une première réclamation du 30 décembre 2020. L'administration l'a rejetée en opposant son caractère tardif et en relevant que le montant du reliquat dont Mme B aurait pu se prévaloir n'était que de 12 616 euros en raison de rectification ayant porté sur les revenus de son activité d'hébergement touristique. Mme B a déposé une seconde réclamation ayant le même objet que la précédente, le 15 février 2021. Par une décision du 2 mars 2021, l'administration l'a rejetée en réaffirmant son caractère tardif et en portant le montant du reliquat dont Mme B aurait pu se prévaloir à 37 505 euros. Cette décision de rejet désignait à tort le tribunal judiciaire pour connaître de sa contestation. Mme B a alors assigné l'administration devant le tribunal judiciaire de Rennes, qui s'est déclaré incompétent " ratione materiae " pour connaître de ce litige, par une ordonnance du 5 mai 2022. Par la présente requête, Mme B conteste le caractère tardif de sa demande et demande la restitution de la somme de 37 505 euros.

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. ".

3. Aux termes de l'article 1er du code général des impôts, en vigueur jusqu'au 7 juin 2013 : " Les impôts directs payés par un contribuable ne peuvent être supérieurs à 50 % de ses revenus. Les conditions d'application de ce droit sont définies à l'article 1649-0 A. ".

4. Aux termes de l'article 1649-0 A du même code, alors applicable : " 1. Le droit à restitution de la fraction des impositions qui excède le seuil mentionné à l'article 1er est acquis par le contribuable au 1er janvier de la deuxième année suivant celle de la réalisation des revenus mentionnés au 4. / () / 8. Les demandes de restitution doivent être déposées avant le 31 décembre de la deuxième année suivant celle de la réalisation des revenus mentionnés au 4. Les dispositions de l'article 1965 L sont applicables. / Le reversement des sommes indûment restituées est demandé selon les mêmes règles de procédure et sous les mêmes sanctions qu'en matière d'impôt sur le revenu même lorsque les revenus pris en compte pour la détermination du droit à restitution sont issus d'une période prescrite. Les réclamations sont présentées, instruites et jugées selon les règles de procédure applicables en matière d'impôt sur le revenu. / 9. Par dérogation aux dispositions du 8, le contribuable peut, sous sa responsabilité, utiliser la créance qu'il détient sur l'État à raison du droit à restitution acquis au titre d'une année, pour le paiement des impositions mentionnées aux b à e du 2 exigibles au cours de cette même année. / Cette créance, acquise à la même date que le droit à restitution mentionné au 1, est égale au montant de ce droit. / La possibilité d'imputer cette créance est subordonnée au dépôt d'une déclaration faisant état du montant total des revenus mentionnés au 4, de celui des impositions mentionnées au 2 et de celui de la créance mentionnée au premier alinéa, ainsi que de l'imposition ou de l'acompte provisionnel sur lequel la créance est imputée. / () ".

5. Aux termes de l'article 5 de la loi du 29 juillet 2011 de finances rectificative pour 2011 : " Les contribuables qui sont redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune au titre de l'année 2011 et qui n'exercent pas le droit à restitution acquis au 1er janvier de la même année en déposant une demande de restitution selon les modalités prévues au 8 de l'article 1649-0 A du code général des impôts avant le 30 septembre 2011 exercent ce droit à restitution, selon les modalités prévues au 9 du même article, en imputant le montant correspondant à ce droit exclusivement sur celui de la cotisation d'impôt de solidarité sur la fortune due au titre de 2011. / La part du droit à restitution non imputée sur la cotisation d'impôt de solidarité sur la fortune due par les contribuables, en application du premier alinéa du présent article, constitue une créance sur l'État imputable exclusivement sur les cotisations d'impôt de solidarité sur la fortune dues au titre des années suivantes. / Par exception au deuxième alinéa, la restitution du reliquat de la créance née du droit à restitution acquis en 2011 peut être demandée par le contribuable ou ses ayants droit avant le 31 décembre de l'année au titre de laquelle : / - le contribuable titulaire de la créance n'est plus redevable de l'impôt de solidarité sur la fortune ;/ - les membres du foyer fiscal titulaire de la créance font l'objet d'une imposition distincte à l'impôt de solidarité sur la fortune ; / - l'un des membres du foyer fiscal titulaire de la créance décède. ".

6. Aux termes de l'article 30 de la même loi : " I.-Les articles 1er et 1649-0 A du code général des impôts s'appliquent pour la dernière fois pour la détermination du plafonnement des impositions afférentes aux revenus réalisés en 2010. / II.-Les contribuables qui sont redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune au titre de l'année 2012 exercent le droit à restitution acquis au 1er janvier de la même année en application de l'article 1649-0 A du code général des impôts, selon les modalités prévues au 9 du même article, en imputant le montant correspondant à ce droit exclusivement sur celui de la cotisation d'impôt de solidarité sur la fortune due au titre de la même année. / La part du droit à restitution non imputée sur la cotisation d'impôt de solidarité sur la fortune due par les contribuables, en application du premier alinéa du présent II, constitue une créance sur l'État imputable exclusivement sur les cotisations d'impôt de solidarité sur la fortune dues au titre des années suivantes. / Par exception au deuxième alinéa du présent II, la restitution du reliquat de la créance née du droit à restitution acquis en 2012 peut être demandée par le contribuable ou ses ayants droit avant le 31 décembre de l'année au titre de laquelle : / 1° Le contribuable titulaire de la créance n'est plus redevable de l'impôt de solidarité sur la fortune ; / 2° Les membres du foyer fiscal titulaire de la créance font l'objet d'une imposition distincte à l'impôt de solidarité sur la fortune ; / 3° L'un des membres du foyer fiscal titulaire de la créance décède. ".

7. Il résulte des termes mêmes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics, que la prescription quadriennale instituée par cette loi n'est applicable que sous réserve des dispositions définissant un régime légal de prescription spécial à une catégorie déterminée de créances susceptibles d'être invoquées à l'encontre de l'une de ces personnes morales de droit public. Tel est le cas pour le reliquat de la créance née du droit à restitution visé à l'article 1649-0 A du code général des impôts dont les modalités de restitution sont définies de manière exhaustive, s'agissant du droit à restitution acquis au 1er janvier 2012, par les dispositions précitées de l'article 30 de la loi du 29 juillet 2011 de finances rectificative pour 2011 qui ont instituée, un régime légal de prescription propre à ces créances. Par suite, Mme B ne peut valablement invoquer le bénéfice de la prescription quadriennale prévue par la loi du 31 décembre 1968.

8. Il résulte des dispositions citées aux points 3 à 6 ci-dessus, et plus particulièrement de celles du II de l'article 30 de la loi du 29 juillet 2011 de finances rectificative pour 2011, que le contribuable qui disposait au 1er janvier 2012, à raison du plafonnement de l'imposition des revenus de l'année 2010 d'un reliquat de droit à restitution ne pouvait plus qu'imputer le montant de ce droit sur sa cotisation d'impôt de solidarité sur la fortune due au titre de l'année 2012 et le solde constaté après cette opération sur les cotisations d'impôt de solidarité sur la fortune dues au titre des années suivantes. Le législateur a toutefois prévu trois exceptions à ce principe, permettant au contribuable ou à ses ayants droit de demander la restitution du reliquat de la créance née du droit à restitution acquis en 2012 avant le 31 décembre de l'année au titre de laquelle soit il n'est plus redevable de l'impôt de solidarité sur la fortune soit les membres du foyer fiscal titulaire de la créance font l'objet d'une imposition distincte à l'impôt de solidarité sur la fortune, soit l'un des membres du foyer fiscal titulaire de la créance décède. La suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune par l'article 31 de la loi du 30 décembre 2017 de finances pour 2018 a eu pour effet d'ouvrir droit à l'ensemble des contribuables encore titulaires d'un droit de restitution au 1er janvier 2018, cessant par l'effet des dispositions de cet article d'être redevables de cet impôt, un droit au remboursement de leur créance pouvant être valablement exercé jusqu'au 30 décembre 2018. Mme B, dont il est constant qu'elle n'entre pas dans les prévisions des 2° et 3° du II de l'article 30 de la loi du 29 juillet 2011 de finances rectificative pour 2011, pouvait uniquement se prévaloir de la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune par la loi de finances pour 2018 et, par suite, présenter valablement une demande de remboursement de la créance en litige avant le 31 décembre 2018. Or il est constant qu'elle n'a déposé une telle demande, pour la première fois, que le 30 décembre 2020. Par suite, l'administration a pu légalement lui opposer le caractère tardif de sa demande et pour ce motif refuser d'y faire droit.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par l'administration.

Sur les frais d'instance :

10. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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