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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2202977

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2202977

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2202977
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMSS 2ème chambre M. ALBOUY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de la SCI Saint-Marc, qui contestait son assujettissement à la taxe foncière pour les années 2019 à 2021 concernant un local à Lannion. La juridiction a jugé la requête irrecevable, car la réclamation préalable n'avait pas été présentée par un mandataire régulièrement habilité, en méconnaissance de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales. Sur le fond, le tribunal a également écarté les moyens de la SCI, estimant que le classement du local en catégorie MAG 5 (magasin de grande surface) était justifié, l'activité de stockage et de vente de matériaux relevant de cette catégorie. La solution retenue est le rejet de la demande, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres fins de non-recevoir.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 10 juin 2022 et 27 août 2023, la société civile immobilière (SCI) Saint-Marc, représentée par la société par actions simplifiée (SAS) Bretagne matériaux, elle-même représentée par Me Louinet Tref, demande au tribunal :

1°) de réduire les cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 à 2021 à raison de l'immeuble dont elle est propriétaire à Lannion (Côtes-d'Armor) et qu'elle a donné à bail à la SAS Bretagne Matériaux ;

2°) de mettre à la charge de l'État les intérêts moratoires sur les sommes à restituer ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'introduction de la requête par un avocat en utilisant l'application Télérecours dispense de l'apposition d'une signature manuscrite sur la requête ou les mémoires produits à sa suite ;

- son gérant a donné mandat à la société Bretagne matériaux et à sa représentante dûment habilitée, Mme A B, contrôleur financier, puis la société Bretagne matériaux a missionné la société Impôts Locaux Expertise, représentée par son gérant pour la représenter auprès de l'administration fiscale ; l'administration a, dans la décision rejetant la réclamation préalable, regardé celle-ci comme recevable ; par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance de l'article R. 197-4 du livre des procédures fiscales doit être écartée ;

- le classement du local en cause dans le sous-groupe I (magasins et lieux de vente) et dans la catégorie 5 de ce sous-groupe (magasin de grande surface dont la surface principale est supérieure à 2 500 mètres carrés) MAG 5 est erroné ; il aurait dû être classé en catégorie DEP 1 compte tenu de l'importance de la surface de stockage extérieure destinée exclusivement à l'entreposage des matériaux, qui n'est pas accessible au public ; son activité principale dans cet établissement est le stockage des matériaux de construction commandés à distance ou sur place par les clients ; la surface de vente ne représente que 1 163 mètres carrés ; la clientèle professionnelle représente 75 % des clients et la moitié des matériaux vendus est livrée sur les chantiers ;

- le loyer mis à sa charge par la SCI Saint-Marc est sans rapport avec les loyers retenus pour déterminer le tarif des catégories MAG 4 et MAG 5 sur la commune de Lannion ; les loyers de dépôts de matériaux n'ont pas été retenus pour déterminer le tarif applicable aux locaux des catégories MAG 4 et MAG 5 ; le local en litige ne bénéficiant pas du dispositif de planchonnement et de lissage en raison de sa date de construction (2018), l'assimilation des dépôts de matériaux et de leur surface extérieure aux surfaces de vente des grands magasins se traduit par une distorsion d'évaluation, entre les locaux existant en 2017 et ceux créées ou modifiées après cette date, de nature à constituer une rupture d'égalité devant les charges publiques ;

- les zones de dépôt de matériaux qu'elles soient couvertes ou non ne sont pas accessibles au public et il n'était pas prévu lors de la détermination des catégories que ce type de dépôt principalement non couvert et surtout non accessibles au public soit assimilé pour son évaluation à de la surface de vente telle que celle existant à l'intérieur d'un hypermarché ; l'administration n'a pas pondéré la surface de stockage extérieure alors que les réserves couvertes des magasins et les zones de stockage à l'air libre font l'objet d'une pondération.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 26 octobre 2022 et 20 septembre 2023, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête de la SCI Saint-Marc est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été signée, que le signataire de la réclamation préalable n'avait pas qualité pour la présenter, le mandat dont il disposait étant irrégulier à défaut d'avoir été donné par une personne ayant qualité pour donner mandat au nom de la société Bretagne Matériaux et que la requête a été présentée par la société Bretagne Matériaux qui est une personne morale ; il soutient à titre subsidiaire qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy, magistrat désigné

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête visée ci-dessus, la SCI Saint-Marc, représentée par la SAS Bretagne Matériaux, elle-même représentée par Me Louinet Tref, demande au tribunal de réduire les cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 à 2021 à raison de l'immeuble dont elle est propriétaire à Lannion (Côtes-d'Armor) et qui est pris à bail par la SAS Bretagne Matériaux.

Sur la recevabilité de la requête :

2. L'administration fait valoir que la réclamation préalable formée le 27 décembre 2021 a été présentée par la SASU Impôt Locaux Expertise qui ne détenait pas un mandat régulier pour représenter la SCI Saint-Marc.

3. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. / () ".

4. Aux termes de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales : "'Toute réclamation doit à peine d'irrecevabilité : / () / c) Porter la signature manuscrite de son auteur'; à défaut l'administration invite par lettre recommandée avec accusé de réception le contribuable à signer la réclamation dans un délai de trente jours'; / () ". Aux termes de l'article R. 197-4 du même livre : "'Toute personne qui introduit ou soutient une réclamation pour autrui doit justifier d'un mandat régulier. Le mandat doit, à peine de nullité, être produit en même temps que l'acte qui l'autorise ou enregistré avant l'exécution de cet acte. / Toutefois, il n'est pas exigé de mandat des avocats inscrits au barreau ni des personnes qui, en raison de leurs fonctions ou de leur qualité, ont le droit d'agir au nom du contribuable. Il en est de même si le signataire de la réclamation a été mis personnellement en demeure d'acquitter les impositions mentionnées dans cette réclamation. / ()'". Aux termes de l'article R. 200-2 du même livre : "'() Les vices de forme prévus aux a, b, et d de l'article R. 197-3 peuvent, lorsqu'ils ont motivé le rejet d'une réclamation par l'administration, être utilement couverts dans la demande adressée au tribunal administratif. / Il en est de même pour le défaut de signature de la réclamation lorsque l'administration a omis d'en demander la régularisation dans les conditions prévues au c du même article'".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que si une réclamation présentée par une personne qui n'a ni qualité ni mandat pour le faire est irrecevable, ce vice de forme peut, en l'absence de demande de régularisation adressée par l'administration dans les conditions prévues au c de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales, être régularisé par le contribuable dans sa demande devant le tribunal administratif. Cette régularisation est donc possible jusqu'à l'expiration du délai imparti au contribuable pour présenter cette demande. En revanche, après l'expiration de ce délai, l'irrecevabilité de la réclamation préalable présentée à l'administration et, par conséquent, celle de la demande contentieuse, ne peuvent plus être régularisées, quand bien même l'administration n'aurait pas invité le contribuable à le faire. Une telle irrecevabilité doit être relevée d'office par le juge, y compris pour la première fois en appel si elle n'a pas été relevée en première instance.

6. Par ailleurs, l'article R. 194-7 du livre des procédures fiscales n'a pas pour objet, lorsque la partie pour le compte de laquelle l'avocat présente l'action est une personne morale, de dispenser le juge de s'assurer, le cas échéant, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour engager cette action ; que tel est également le cas pour les recours administratifs préalables obligatoires présentés devant l'administration. Lorsque la personne morale pour le compte de laquelle l'avocat agit est une société commerciale dont les dispositions législatives qui la régissent désignent elles-mêmes le représentant, comme c'est le cas pour les sociétés par actions simplifiées de l'article L. 227-6 du code du commerce, cette circonstance dispense le juge ou l'autorité administrative, en l'absence de circonstance particulière, de s'assurer de la qualité pour agir du représentant de cette personne morale.

7. Il résulte de l'instruction que, le 26 janvier 2021, la gérante de la SCI Saint-Marc a donné mandat à la SAS Bretagne Matériaux " afin d'entreprendre les démarches de demande de dégrèvement aux impôts concernant la taxe foncière du bâtiment de négoce, situé rue Saint-Marc à Lannion, loué par Bretagne Matériaux ". La réclamation du 27 décembre 2021 a été présentée pour le compte de la SAS Bretagne Matériaux représentant la SCI Saint-Marc, par la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Impôts Locaux Expertise, laquelle a joint à cette réclamation, un mandat qui lui a été donné le 23 décembre 2021 au nom de la SAS Bretagne Matériaux, pour représenter cette dernière société auprès de l'administration fiscale et effectuer toutes démarches administratives, notamment consultation ou retrait de documents cadastraux nécessaires à l'analyse de la valeur locative foncière, " en ce qui concerne l'immeuble sis, 35 rue Saint-Marc à Lannion ". Toutefois, ce mandat n'a pas été signé par un dirigeant de la SAS Bretagne Matériaux, mais, ainsi que le souligne l'administration, par une salariée, Mme A B, contrôleur financier. Si la SAS Bretagne Matériaux produit la délégation de pouvoirs et de responsabilité accordée le 1er janvier 2020 par son président, M. C à Mme B, cette délégation de pouvoirs ne confère pas à Mme B le pouvoir de déléguer à un tiers, personne physique ou morale, la représentation de la SAS Bretagne Matériaux, représentant elle-même un tiers désirant contester sa propre imposition. Elle ne prévoit ainsi la possibilité pour Mme B de choisir et de mandater un tiers à la SAS Bretagne Matériaux que pour le recouvrement des créances de cette société. Par suite l'administration est fondée à soutenir que la réclamation du 27 décembre 2021, formée par la SASU Impôts Locaux Expertise, qui n'avait ni qualité ni mandat régulier pour contester les impositions en litige, était entachée d'un vice de forme. L'introduction de la requête, enregistrée le 10 juin 2022, dans le délai de recours contentieux, n'a pas eu pour effet de régulariser l'irrecevabilité de la réclamation préalable, dès lors, d'une part, qu'elle n'identifie pas, ainsi que le souligne par ailleurs l'administration, la personne physique représentant la SAS Bretagne Matériaux dans le cadre de la présente instance et qu'il n'est pas possible dans les circonstances particulières de l'espèce, malgré la circonstance que la requête a été présentée par un avocat, de présumer qu'il s'agit d'une personne ayant qualité pour agir au nom de cette société et, d'autre part, que le mandat délivré le 26 janvier 2021, confère à la SAS Bretagne Matériaux uniquement le pouvoir d'entreprendre des démarches auprès de l'administration fiscale et ainsi notamment le pouvoir de former au nom de la société civile immobilière une réclamation préalable et non d'agir en justice. La réclamation du 27 décembre 2021 étant irrecevable, la requête visée ci-dessus, enregistrée le 10 juin 2022 est, par voie de conséquence, également irrecevable et ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais d'instance :

8. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de la requête présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Saint-Marc est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Saint-Marc et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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