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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203079

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203079

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203079
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS MAIRE TANGUY SVITOUXHKOFF HUVELIN GOURDIN NIVAULT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2203079 les 16 juin 2022 et 6 octobre 2023, M. A D, représenté par Me Gourdin, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a confirmé, d'une part, la fin de ses droits au revenu de solidarité active (RSA) à compter du 1er juillet 2019 et, d'autre part, la créance en résultant pour un montant de 12 869,96 euros pour la période comprise entre le 1er juillet 2019 et le 31 août 2021 ;

2°) de le décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge du département du Morbihan la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- s'agissant de l'année 2019, il ne s'est absenté de France que du 26 juillet au 11 décembre, exclusivement pour des raisons professionnelles, et ne saurait dès lors être regardé comme n'ayant alors plus eu sa résidence permanente en France ;

- la décision du 9 décembre 2021 portant notification de la fin de ses droits au RSA ne saurait avoir de portée rétroactive et ne peut s'appliquer qu'à compter de cette date ;

- il est par ailleurs retourné à Madagascar le 12 mars 2020 pour une durée initiale de deux semaines en raison de l'état de santé de sa mère mais s'y est retrouvé bloqué jusqu'au 14 novembre 2021 en raison de la fermeture de frontières à compter du 16 mars 2020 suivant et jusqu'au 6 novembre 2021 résultant de la pandémie de Covid 19, en raison donc de circonstances totalement indépendantes de sa volonté et relevant d'un cas de force majeure.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 juin 2023 et 10 octobre 2023, le président du conseil départemental du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

- l'indu en litige est quant à lui fondé dans son principe et dans son montant dès lors que le requérant n'a plus sa résidence stable et effective en France depuis le mois de juillet 2019 ;

- cet indu résultant des fausses déclarations de l'intéressé, aucune remise gracieuse ne saurait lui être accordée, le requérant n'établissant pas, en tout état de cause et au surplus, qu'il ne serait pas en capacité de rembourser sa dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales (CAF) du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête de M. D ne sont pas fondés, contrairement à l'ensemble des créances dont il est redevable et qui résultent de ce que l'intéressé n'a plus eu de résidence stable et effective en France à compter du mois de juillet 2019.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2005282 le 17 octobre 2022, M. A D, représenté par Me Gourdin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 16 mai 2022 par le département du Morbihan pour le recouvrement de la créance de RSA dont il est redevable pour un montant de 12 869,96 euros, ainsi que la décision portant rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du département du Morbihan la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève les mêmes moyens que dans l'instance n° 2203079 et soutient par ailleurs que :

- l'avis des sommes à payer en litige ne mentionne aucunement les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis en méconnaissance des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il appartiendra en outre au conseil départemental d'établir que le bordereau l'accompagnant comporte la signature de l'émetteur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le président du conseil départemental du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- et les observations de Me Gourdin, représentant M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Allocataire du RSA depuis le mois de décembre 2011, M. D a, dans le courant des mois de septembre, octobre et novembre 2021, fait l'objet d'un contrôle de sa situation à l'issue duquel la CAF du Morbihan a considéré que l'intéressé n'avait plus sa résidence effective en France depuis le mois de juillet 2019. Par suite, la CAF a modifié ses droits en conséquence et l'a informé, par deux décisions en dates respectivement des 9 et 13 décembre 2021, qu'il ne pouvait plus percevoir le RSA et qu'il était dès lors redevable d'un trop-perçu d'un montant total de 19 605,31 euros composé notamment d'une créance de RSA d'un montant de 12 869,96 euros correspondant à la totalité des sommes perçues à ce titre des mois de juillet 2019 à août 2021 inclus. Le requérant a contesté ces décisions que le président du conseil départemental du Morbihan a, s'agissant du RSA, confirmées par une décision du 19 juillet 2022 intervenue en cours d'instance. Par suite, M. D doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision portant confirmation, d'une part, de son absence de droit au RSA à compter du mois de juillet 2019 et, d'autre part, de la créance de RSA en découlant, l'intéressé demandant par ailleurs l'annulation de l'avis de sommes à payer émis le 16 mai 2022 par le département du Morbihan pour le recouvrement de cette créance, ainsi que la décision implicite portant rejet du recours gracieux introduit à son encontre.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 juillet 2022 :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et de familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active () ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-35 du même code : " Le revenu de solidarité active cesse d'être dû à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies. () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article R. 262-40 du même code : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : / 1° Dans les délais fixés à l'article R. 262-35 lorsque les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il peut être mis fin au bénéfice du revenu de solidarité active lorsque l'allocataire cesse de remplir les conditions d'ouverture du droit, notamment s'il ne justifie plus résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier cette condition de résidence, il y a lieu de tenir compte du logement de l'intéressé, de ses activités ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée des éventuels séjours à l'étranger qu'il aurait effectués dans un passé récent ainsi que de ses liens personnels et familiaux. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

5. En l'espèce, d'une part, si le requérant soutient que la décision du 9 décembre 2021 pontant notification de la fin de ses droits au RSA ne saurait avoir de portée rétroactive, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a, dans un premier temps, confirmé cette décision ainsi que l'indu en litige, et de la décision du 19 juillet 2022 intervenue en cours d'instance. Par ailleurs, à supposer que M. D entende soulever un tel moyen à l'encontre de cette dernière décision, les dispositions précitées de l'article R. 262-35 du code de l'action sociale et des familles ne font nullement obstacle à ce que les droits au RSA d'un allocataire ouverts par erreurs soient rétroactivement régularisés, et les sommes indûment perçues en conséquence récupérées au titre de l'article L. 262-46 du même code.

6. D'autre part, s'agissant de la résidence stable effective de M. D à compter du mois de juillet 2019, il ressort du rapport d'enquête établi le 26 novembre 2021 par un contrôleur assermenté de la CAF du Morbihan, dont les constations font foi jusqu'à preuve du contraire en application des dispositions de l'article de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, que l'intéressé est parti à Madagascar le 26 juillet 2019 et que sa présence en France ne peut être établie à compter du 11 décembre 2019, date figurant sur le billet électronique de trajet retour en France par avion qu'il produit, sans plus d'éléments, à l'appui de sa requête, les relevés bancaires que verse le département en défense ne faisant apparaître d'opérations que pour la seule période comprise entre le 3 février et le 12 mars 2020. Il est par ailleurs constant que M. D est retourné à Madagascar à compter de cette dernière date pour ne revenir en France que le 14 novembre 2021. À cet égard, si le requérant soutient qu'il serait ainsi parti en raison de l'état de santé de sa mère et qu'il y serait resté jusqu'à cette date en raison de la fermeture des frontières par le gouvernement malgache résultant de la pandémie de Covid 19, l'intéressé n'établit pas, ni même ne soutient d'ailleurs, avoir pris la peine d'informer de sa situation la CAF en tant que bénéficiaire du RSA, entre autres prestations, ainsi qu'il était pourtant tenu de le faire en application des dispositions précitées de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, l'instruction révélant tout au contraire que M. D a systématiquement confirmé vivre à Lorient dans ses déclarations faites depuis son compte Internet CAF en dates des 28 août 2019, 8 octobre 2019, 18 janvier 2020, 3 avril 2020,

11 juin 2020, 3 juillet 2020, 3 octobre 2020, 14 janvier 2021, 9 avril 2021 et 5 juillet 2021. Il ressort en outre du rapport d'enquête précité que le contrôleur de la CAF a " demand[é] à monsieur de fournir des justificatifs précisant qu'il était bloqué à Madagascar ainsi que la copie de son passeport avec les cachets précisant les dates d'entrée et de sortie ", mais que M. D n'a toutefois transmis que " quelques éléments ainsi que la copie partielle de son passeport (seule la date de départ de Paris au 12/03/2020 apparai[ssant]), les différents cachets depuis 07/2019 [n'ayant quant à eux] pas été transmis ". À l'appui de sa requête et en réponse au mémoire du département, le requérant ne produit d'ailleurs pas ces éléments. Par suite, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'intéressé doit être regardé comme n'ayant plus eu de résidence stable et effective en France, au sens des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles, à compter du 27 juillet 2019 qu'il ne pouvait dès lors plus bénéficier du RSA. Il suit de là que c'est par une juste application de ces dispositions que le président du conseil départemental du Morbihan lui a confirmé, par la décision du 19 juillet 2022 en litige, cette absence de droit et la créance en résultant pour un montant total de 12 869,96 euros. Par suite, M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'avis des sommes à payer :

7. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressé aux redevables () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique () ". Aux termes de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales : " () La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 juin 2007 : " La signature électronique de l'ordonnateur est portée, selon les modalités prévues à l'article 4 du présent arrêté, soit sur chaque bordereau de mandats de dépenses et chaque bordereau de titres de recettes, soit sur le fichier contenant de tels bordereaux transmis au comptable public conformément au protocole d'échange standard dans sa version 2 ou dans une version ultérieure. La signature électronique emporte signature de tous les bordereaux de mandats, de tous les bordereaux de titres et les effets mentionnés par les alinéas 2 et 3 de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales () ". L'article 4 de ce même arrêté prévoit enfin que : " - En application de l' article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales , la signature électronique des fichiers de données et de documents électroniques transmis au comptable est effectuée par l'ordonnateur ou son délégataire au moyen : - soit d'un certificat garantissant notamment son identification et appartenant à l'une des catégories de certificats visées par l'arrêté du ministre de l'économie et des finances en date du 15 juin 2012 relatif à la signature électronique dans les marchés publics (NOR : EFIM1222915A) ; - soit du certificat de signature " DGFiP " délivré gratuitement par la direction générale des finances publiques aux ordonnateurs des organismes publics visés à l'article 1er du présent arrêté ou à leurs délégataires qui lui en font la demande. II. - Chaque organisme mentionné à l'article 1er du présent arrêté choisit de recourir à l'un ou l'autre de ces certificats énumérés au I du présent article ".

8. En l'espèce, d'une part, il ressort explicitement de l'avis des sommes à payer du 16 mai 2022 que celui-ci a été émis par M. C B, chef du service gestion financière du conseil départemental du Morbihan, lequel avait reçu délégation de signature par un arrêté du président de cette collectivité en date du 21 décembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département du mois de décembre 2021. Par suite, le requérant ne peut sérieusement soutenir que n'y seraient aucunement mentionnés les nom, prénom et qualité de son auteur. D'autre part, le département du Morbihan produit le bordereau n° 382 de ce titre exécutoire, lequel fait apparaître qu'il a bien été signé par M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature de bordereau doit lui aussi être écarté.

9. Il résulte enfin de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que l'avis des sommes à payer en litige est fondé tant dans son principe que dans son montant ainsi, par voie de conséquence, que la décision implicite du président du conseil départemental du Morbihan portant rejet du recours gracieux introduit à son encontre.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. D doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au président du conseil départemental du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203079

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