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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203312

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203312

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203312
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSELARL BIROT - MICHAUD - RAVAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 juin 2022, Mme A B, représentée par la SELAS Dante, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser une provision de 624 074,78 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'obligation de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales n'est pas sérieusement contestable dès lors qu'il a lui-même reconnu le lien de causalité entre sa vaccination contre la grippe A (H1N1) par le vaccin Pandemrix et le développement de sa narcolepsie avec cataplexie ;

- l'obligation dont elle se prévaut n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 624 074,78 euros puisqu'il s'agit de la somme proposée par l'office dans sa correspondance du 29 avril 2022 ;

- la constitution d'une garantie n'est pas nécessaire compte tenu de la faiblesse du montant de la provision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par la SELARL Birot-Ravaut et Associés, demande au juge des référés de cantonner la provision susceptible d'être allouée à Mme B à la somme de 28 000 euros et de rejeter la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il ne conteste pas le lien de causalité entre la pathologie présentée par Mme B et la vaccination dont elle a bénéficié le 12 décembre 2009 ;

- en ce qui concerne les frais d'assistance par une tierce personne, contrairement à ce que soutient Mme B, il a parfaitement suivi l'évaluation effectuée par le rapport d'expertise ;

- il n'appartient qu'au juge du fond, déjà saisi, de procéder à la liquidation des préjudices subis par Mme B et le fait de lui allouer une provision correspondant à l'indemnisation maximale qu'il propose reviendrait à faire perdre son objet au contentieux pendant devant le juge du fond ;

- le montant de la provision qui pourrait être allouée à Mme B correspondrait aux préjudices non contestés, à savoir les souffrances endurées, le préjudice esthétique temporaire, le préjudice esthétique permanent, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel et s'élèverait à 28 000 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 13 janvier 2010 relatif à la campagne de vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) 2010 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 décembre 2009, Mme B, alors âgée de 10 ans, a reçu une injection du vaccin Pandemrix dans le cadre de la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1), à la suite de laquelle elle a développé une narcolepsie avec cataplexie, dont les premiers symptômes sont apparus en février 2010 et dont le diagnostic a été posé le 14 janvier 2014. L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), par une décision du 18 janvier 2021, a ordonné la réalisation d'une expertise médicale confiée au professeur D, pharmacologue, et au docteur C, neurologue. Le rapport d'expertise a été déposé le 21 mai 2021 et au vu de ses conclusions, l'ONIAM a présenté, le 29 avril 2022, une offre d'indemnisation définitive à Mme B d'un montant de 624 074,78 euros. Après avoir refusé cette offre, Mme B demande au juge des référés de condamner l'ONIAM à lui verser une provision de 624 074,78 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices.

Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.

En ce qui concerne le droit à la réparation de Mme B au titre de la solidarité nationale :

3. Aux termes de l'article L. 3131-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " En cas de menace sanitaire grave appelant des mesures d'urgence, notamment en cas de menace d'épidémie, le ministre chargé de la santé peut, par arrêté motivé, prescrire dans l'intérêt de la santé publique toute mesure proportionnée aux risques courus et appropriée aux circonstances de temps et de lieu afin de prévenir et de limiter les conséquences des menaces possibles sur la santé de la population. () ". Aux termes de l'article L. 3131-4 du même code : " Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales imputables à des activités de prévention, de diagnostic ou de soins réalisées en application de mesure prises conformément aux articles L. 3131-1 ou L. 3134-1 est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogène et des infections nosocomiales mentionné à l'article L. 1142-22. () ". Enfin, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 13 janvier 2010 relatif à la campagne de vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) : " Toute personne vaccinée contre le virus de la grippe A (H1N1) 2009 par un vaccin appartenant aux stocks constitués par l'Etat bénéficie des dispositions de l'article L. 3131-4 du code de la santé publique. "

4. Par un arrêté du 4 novembre 2009, pris sur le fondement de l'article L. 3131-1 précité du code de la santé publique, le ministre de la santé et des sports a organisé, au titre des mesures d'urgence, une campagne de vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) entre le 20 octobre 2009 et le 1er octobre 2010. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise, établi le 21 mai 2021 par le professeur D et par le docteur C, que Mme B a été vaccinée par le vaccin Pandemrix le 12 décembre 2009 et que les premiers symptômes de la narcolepsie avec cataplexie dont elle souffre sont apparus en février 2010 avec un diagnostic posé le 14 janvier 2014. Les experts ont retenu une relation entre la vaccination par le vaccin Pandemrix de Mme B et la survenue de la narcolepsie. Dès lors, l'obligation à réparation de l'ONIAM, qui n'est au demeurant pas contestée en défense, doit être retenue et l'obligation à réparation des préjudices de Mme B imputables à sa vaccination n'est pas sérieusement contestable.

En ce qui concerne les préjudices subis par Mme B :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise établi le 21 mai 2021 par le professeur D et par le docteur C, que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire total les 13 et 14 janvier 2014 et un déficit fonctionnel temporaire partiel, évalué à 55 %, à partir de février 2010 jusqu'au 10 mai 2019, date de la consolidation de son état de santé. Elle a également enduré des souffrances, évaluées à 4,5 sur une échelle de 7 et subi un préjudice esthétique temporaire, évalué à 3,5 sur une échelle de 7. Mme B reste affectée d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 50 % et subit un préjudice esthétique permanent, un préjudice d'agrément ainsi qu'un préjudice sexuel. Au vu de ces éléments, qui ne sont pas utilement contredits par l'ONIAM, le montant non sérieusement contestable de l'estimation des préjudices de Mme B peut, en l'état de l'instruction, être évalué à la somme de 228 000 euros.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'état de santé de Mme B a, au moins, nécessité qu'elle soit assistée par une tierce personne à raison d'une heure et demie par jour jusqu'à l'obtention de son baccalauréat en juin 2017 puis à raison d'une heure par jour depuis lors. Il résulte du rapport d'expertise établi le 21 mai 2021 que l'état de santé de Mme B est consolidé depuis le 10 octobre 2019. Dans ces conditions, par application d'un taux horaire de 13 euros, et de 14 euros à partir de la consolidation, en tenant compte des charges patronales, des majorations de rémunération pour travail le dimanche, et sur une base de 412 jours par an eu égard aux congés et jours fériés, les besoins en assistance par tierce personne peuvent être évalués, pour la période comprise entre février 2010 et la date de la présente ordonnance, à la somme de 90 000 euros.

7. Pour la période postérieure à la présente ordonnance, il y a lieu, eu égard à l'importance des sommes en jeu et à l'âge de la victime, de décider que la réparation de ce chef de préjudice doit prendre la forme d'une rente qui, compte tenu de ce qui précède, et sur la base d'un besoin estimé à une heure par jour, s'élèvera à 5 700 euros par an. Cette rente sera versée sous déduction, le cas échéant, de la prestation de compensation du handicap et des aides de même nature perçues, qu'il appartiendra à l'intéressée de porter à la connaissance de l'ONIAM, et sera revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'ONIAM à verser à Mme B une provision de 318 000 euros et, à compter de la notification de la présente ordonnance, une rente annuelle de 5 700 euros, revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM, partie perdante, le versement à Mme B d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'ONIAM est condamné à verser à Mme B une provision de 318 000 euros.

Article 2 : L'ONIAM est condamné à verser à Mme B, au titre de l'assistance par une tierce personne à compter de la date de la présente ordonnance, une rente annuelle payable à terme échu dont le montant de 5 700 euros sera revalorisé par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale et sous déduction, le cas échéant, de la prestation de compensation du handicap et des aides de même nature perçues et qu'il appartiendra à l'intéressée de porter à la connaissance de l'ONIAM au plus tard un mois avant chaque échéance.

Article 3 : L'ONIAM versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Fait à Rennes, le 21 mars 2023.

Le président,

signé

E. Kolbert

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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