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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203545

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203545

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203545
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEBORD

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2203545 le 11 juillet 2022, et un mémoire enregistré le 10 mars 2023, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Artemisia Gestion, représentée par la SELARL DBGL, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des droits de cotisation foncière des entreprises qui lui ont été assignés au titre de l'année 2021 dans les rôles de la commune de Rennes ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les parties communes de l'immeuble (bureaux, laverie, salle de petit-déjeuner, toilettes, accueil, etc.), au sens de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, affectées à l'usage de tous les copropriétaires ou de plusieurs d'entre eux, ne doivent pas être incluses dans la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises en application des dispositions du 2° de l'article 1467 du code général des impôts dès lors qu'elle exerce une activité de sous-location d'immeubles ;

- une partie du parking a été transformée en local à vélos afin de se conformer au plan local d'urbanisme intercommunal ; cette surface de 434 mètres carrés relève dès lors des parties communes qui ne doivent pas être incluses dans la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, et un mémoire, enregistré le 26 avril 2023, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer à concurrence des sommes dégrevées en cours d'instance et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SASU Artemisia Gestion ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2301409 le 14 mars 2023, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Artemisia Gestion, représentée par la SELARL DBGL, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des droits de cotisation foncière des entreprises qui lui ont été assignés au titre de l'année 2020 dans les rôles de la commune de Rennes ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens qu'à l'appui de la requête n° 2203545.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2023, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer à concurrence des sommes dégrevées en cours d'instance et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SASU Artemisia Gestion ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ambert,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Artemisia Gestion est gestionnaire d'une résidence étudiante située rue Raymonde Foreville à Rennes. Elle a été imposée à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2020 et 2021, à raison d'un ensemble immobilier comprenant un parking et des parties communes. Par des réclamations des 15 décembre 2021 et 6 juillet 2022, la SASU Artemisia Gestion a contesté les impositions mises à sa charge, lesquelles ont fait l'objet de décisions implicites de rejet. Par les requêtes n° 2203545 et n° 2301409, la SASU Artemisia Gestion demande la décharge des droits de cotisation foncière des entreprises qui lui ont été assignés au titre des années 2020 et 2021. Ces requêtes présentent à juger des questions analogues. Il y a dès lors lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 26 avril 2023, l'administration a dégrevé la SASU Artemisia Gestion des droits de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 à hauteur de 3 691 euros. Par une décision du 10 novembre 2022, l'administration a dégrevé cette même société des droits de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2021 à hauteur de 3 926 euros. Ce dernier dégrèvement, relatif à l'année 2021, a été porté à 7 302 euros par une décision du 26 avril 2023. Il n'y a dès lors pas lieu de statuer sur les conclusions en décharge à concurrence des sommes ainsi dégrevées.

Sur le bien-fondé des impositions :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. / Pour l'établissement de la cotisation foncière des entreprises, les activités de location ou de sous-location d'immeubles, autres que les activités de location ou sous-location d'immeubles nus à usage d'habitation, sont réputées exercées à titre professionnel () ". Aux termes de l'article 1467 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. / Toutefois, ne sont pas compris dans la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises : / () 2° Les parties communes des immeubles dont dispose l'entreprise qui exerce une activité de location ou de sous-location d'immeubles. / La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe. () ". Aux termes de l'article 3 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : " Sont communes les parties des bâtiments et des terrains affectées à l'usage ou à l'utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d'entre eux. / Dans le silence ou la contradiction des titres, sont réputées parties communes : / () - le gros oeuvre des bâtiments, les éléments d'équipement commun () / - les locaux des services communs () ".

4. Il résulte des dispositions précitées que, pour l'application du quatrième alinéa précité de l'article 1467 du code général des impôts, les parties communes d'un immeuble doivent s'entendre, conformément aux dispositions de loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, comme visant les parties des bâtiments et des terrains qui, n'étant pas la propriété exclusive d'un copropriétaire déterminé et réservées à son usage, sont affectées à l'usage ou l'utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d'entre eux.

5. Il résulte de l'instruction que la SASU Artemisia Gestion a pris à bail les logements meublés de la résidence étudiante située rue Raymonde Foreville à Rennes qu'elle sous-loue à des étudiants. Le règlement de copropriété du 30 novembre 2017 précise au 1° de la section 1 du chapitre III de la première partie : " Les parties communes générales affectées à l'usage ou l'utilité de tous les copropriétaires comprennent : () les éléments, installations, appareils de toute nature et leurs accessoires affectés à l'usage ou à l'utilité de tous les copropriétaires, y compris leurs emplacements ". Ce même règlement indique également à la section 1 du chapitre I de la première partie : " Le bien immobilier qui sera édifié dans le volume deux, sera composé à son achèvement : / - d'un rez-de-chaussée comprenant : / les parties communes générales : hall-accueil, buanderie, bureau, salle de sports, local encombrants () ". Le local à vélos, en tant qu'il n'est pas la propriété exclusive d'un copropriétaire déterminé mais est affecté à l'usage ou l'utilité de tous les copropriétaires, relève ainsi des parties communes au sens du quatrième alinéa de l'article 1467 précité du code général des impôts. Il n'est ainsi, certes, pas compris dans la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises en application des dispositions de cet article. Mais, ainsi qu'il a été dit au point 2, l'administration a dégrevé en cours d'instance une quote-part de la cotisation foncière des entreprises assignée à la SASU Artemisia Gestion au titre des années 2020 et 2021. Or ce dégrèvement a été prononcé à concurrence des droits résultant de l'inclusion dans les bases d'imposition des parties communes de l'immeuble litigieux, en incluant le local à vélo d'une superficie de 42 mètres carrés figurant sur le plan initial de la partie haute du rez-de-chaussée de l'immeuble litigieux.

6. En second lieu, aux termes de l'article 1478 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due pour l'année entière par le redevable qui exerce l'activité le 1er janvier. () ". Aux termes de l'article 1467 A du même code : " Sous réserve des II, III IV et VI de l'article 1478, la période de référence retenue pour déterminer les bases de cotisation foncière des entreprises est l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition ou le dernier exercice de douze mois clos au cours de cette même année lorsque cet exercice ne coïncide pas avec l'année civile. ".

7. Il résulte de l'instruction que la direction de l'aménagement urbain et de l'habitat de la ville de Rennes a constaté en juin 2021 la non-conformité au plan local d'urbanisme intercommunal de la part des surfaces dédiées aux deux roues au sein de l'immeuble litigieux. Par un courrier du 16 juin 2021, un cabinet d'architectes a proposé, afin de respecter les surfaces réglementaires, la transformation de 13 places de stationnement en local à vélos, portant la surface dédiée aux deux roues à 434 mètres carrés sur un total de 1 264 mètres carrés de parking. Si la SASU Artemisia Gestion soutient que cette surface de 434 mètres carrés relève dès lors des parties communes qui ne doivent pas être incluses dans la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises, les travaux visant à transformer cette partie du parking en local supplémentaire dédié aux deux roues n'ont pu être entrepris que postérieurement au courrier du 16 juin 2021 dès lors, notamment, que les plans annexes au permis de construire modificatif sont datés de juin 2021 et que les plans détaillés du rez-de-chaussée à l'" état actuel " et à l'" état projeté " joints au dossier sont datés de 2022. Or, en application des dispositions de l'article 1467 A précité du code général des impôts, la période de référence retenue pour déterminer les bases de cotisation foncière des entreprises est l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition, soit les années 2018 et 2019 s'agissant d'une imposition établie au titre des années 2020 et 2021. La SASU Artemisia Gestion n'est ainsi pas fondée à soutenir que la surface supplémentaire dédiée aux deux roues résultant de la transformation de 13 places de stationnement doit être exclue de la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2020 et 2021.

8. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions des requêtes à fin de décharge doit être rejeté, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la SASU Artemisia Gestion à concurrence de la somme de 3 691 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises de l'année 2020 et de la somme de 7 302 euros au titre de la cotisation foncière des entreprises de l'année 2021, dégrevées en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de la SASU Artemisia Gestion est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Artemisia Gestion et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

A. AmbertLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203545, 2301409

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