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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203590

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203590

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203590
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a examiné la requête de M. B, un vendeur ambulant, contestant des rehaussements d'impôt sur le revenu (2016-2018) et des rappels de TVA (2017-2018) suite à une vérification de comptabilité. Le tribunal a constaté que l'administration avait partiellement fait droit à la demande en cours d'instance, en prononçant un dégrèvement partiel pour l'année 2017. Sur le fond, le tribunal a rejeté les moyens de M. B relatifs à l'irrégularité de la procédure de contrôle et à la déduction d'une cession de véhicule. Il a également jugé que les conclusions concernant l'impôt sur le revenu de l'année 2016 étaient irrecevables, faute de réclamation préalable. La solution retenue est donc le rejet du surplus des conclusions de la requête, sur la base des articles R. 190-1 et L. 199 du livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Courreau, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 à 2018, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période correspondant aux années 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes ;

3°) la mise à la charge de l'État d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis en recouvrement le 1er mars 2021 ; il n'a pas été destinataire d'un avis détaillé, mais uniquement d'un avis de transfert et d'une mise en demeure ; il n'a reçu aucun avis d'impôt sur le revenu à son adresse à Erdeven ;

- la procédure est irrégulière dès lors que, durant la vérification de comptabilité, il a été privé de débat oral et contradictoire s'agissant des années 2017 et 2018 et qu'il n'a pas été informé des suites du contrôle avant l'envoi de la proposition de rectification et de la date de fin du contrôle avant la réception de la réponse à ses observations ;

- il y a lieu de déduire de son chiffre d'affaires de l'année 2017 la somme de 21 800 euros qui correspond à la cession d'un véhicule ;

- son chiffre d'affaires ne dépasse le seuil de tolérance qu'à compter de 2017 et la taxe sur la valeur ajoutée n'est due qu'à partir du premier jour du mois de dépassement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

-les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Courreau, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui exerce, à titre individuel, une activité de vendeur ambulant d'outillages, dont les résultats sont soumis à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux, a fait l'objet en 2019 d'une vérification de comptabilité au titre des années 2016 à 2018. À l'issue de ce contrôle, le vérificateur a écarté la comptabilité présentée, reconstitué le chiffre d'affaires, remis en cause l'application du régime de la franchise en bases de taxe sur la valeur ajoutée pour les années 2017 et 2019, et rehaussé les chiffres d'affaires et les résultats déclarés. Une première proposition de rectification relative au bénéfice industriel et commercial de l'année 2016, a été adressée à M. B le 27 décembre 2019. Le contribuable n'a pas présenté d'observations en réponse à cet envoi. L'administration lui a adressé le 25 septembre 2020 une seconde proposition de rectification l'informant de rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée, relatives à la période correspond aux années civiles 2017 et 2018, et en matière de bénéfices industriels et commerciaux au titre des exercices clos en 2017 et 2018. Le conseil de M. B a formulé des observations le 28 octobre 2020, auxquelles l'administration a répondu le 30 octobre 2020. Une première réclamation relative aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée, mais comportant également des conclusions concernant l'impôt sur le revenu des années 2017 et 2018, a été présentée le 17 mars 2021. L'administration l'a rejetée par une décision du 26 juillet 2021. M. B a présenté une nouvelle réclamation le 23 août 2021 contestant les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les bénéfices industriels et commerciaux des années 2017 et 2018, laquelle a été rejetée implicitement par l'administration.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 26 octobre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine a prononcé le dégrèvement de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. B a été assujetti au titre de l'année 2017 à concurrence de 1 580 euros en droits et de 698 euros en pénalités, ainsi que du rappel de taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été réclamé au titre de la période correspondant à cette même année, à concurrence de 3 634 euros en droits et 552 euros en pénalités. Les conclusions de la requête de M. B tendant à la décharge de ces impositions sont désormais dépourvues d'objet à hauteur des sommes ainsi dégrevées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions de la requête tendant à la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à la charge de M. B au titre de l'année 2016 :

3. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition. / () ". Aux termes de l'article L. 199 du même livre : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif. / ()".

4. Si M. B présente au tribunal des conclusions tendant à obtenir la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu qui lui a été réclamée au titre de l'année 2016, ni la réclamation du 17 mars 2021 ni celle du 23 août 2021 ne comportent de demande relative l'impôt sur le revenu de l'année 2016. Cette imposition n'a donc pas fait l'objet d'une réclamation préalable. Par suite, l'administration est fondée à soutenir que ces conclusions sont irrecevables et qu'il y a lieu, pour ce motif, de les rejeter.

En ce qui concerne la mise en recouvrement des impositions restant en litige :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration a notifié à M. B, à l'adresse située à Erdeven (Morbihan) où est domiciliée son activité professionnelle, un avis de mise en recouvrement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et majorations en litige, daté du 15 février 2021, qui lui a été remis par un agent de la Poste le 23 février 2021. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a reçu qu'une mise en demeure du 26 février 2021 et une lettre d'information de transfert au pôle de recouvrement spécialisé du Morbihan, sans que les sommes réclamées aient préalablement été mises en recouvrement.

6. En second lieu, si M. B fait valoir qu'il n'a pas été destinataire, à l'adresse où est domiciliée son activité professionnelle, d'avis d'imposition l'informant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu qui lui ont été réclamées au titre des années 2017 et 2018, l'absence de réception d'un avis d'imposition est en elle-même sans influence sur l'existence de la cotisation d'impôt sur le revenu, dont la mise en recouvrement est effectuée par l'émission d'un rôle supplémentaire, dont l'avis d'imposition n'est qu'un mode de notification. Au demeurant, l'administration établit, en l'absence d'éléments précis et concordant la contredisant, que des avis d'imposition relatifs aux cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et pénalités correspondantes, en litige, ont été adressés au requérant, par courrier simple, à une adresse à Oberhausbergen (Bas-Rhin) que le contribuable lui a communiquée, au moyen d'une mention expresse portée sur ses déclarations de revenus. Par suite, M. B ne conteste pas utilement les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mis à sa charge au titre des années 2017 et 2018 par ce moyen.

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

7. Aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " I. - Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables () ". Si ces dispositions ont pour conséquence que toute vérification de comptabilité doit en principe se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée, la vérification n'est toutefois pas nécessairement entachée d'irrégularité du seul fait qu'elle ne s'est pas déroulée dans ces locaux. Lorsque, notamment, la comptabilité ne se trouve pas dans les locaux de l'entreprise ou que la vérification ne peut s'y dérouler dans des conditions matérielles satisfaisantes, les opérations de contrôle peuvent être conduites, d'un commun accord entre le vérificateur et les représentants de l'entreprise, en tout autre lieu, dès lors que cette circonstance ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que la possibilité d'engager avec le vérificateur un débat oral et contradictoire demeure offerte aux représentants de l'entreprise vérifiée et qu'elle ne prive celle-ci d'aucune autre garantie attachée à la procédure de vérification. Par ailleurs aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au vérificateur de donner au contribuable, avant l'envoi de la notification de redressements, une information sur les redressements qu'il pourrait envisager.

8. Il résulte de l'instruction que l'avis de vérification de comptabilité adressé à M. B, le 15 octobre 2019, prévoyait une première intervention dans les locaux de son entreprise le 7 novembre 2019. Par un courrier du 5 novembre 2019, le conseil du contribuable a demandé que la première intervention soit repoussée au 15 novembre 2019 et que le contrôle se déroule dans les locaux de l'administration, M. B ne disposant pas de locaux professionnels ou personnels pouvant accueillir la vérificatrice. La première entrevue entre la vérificatrice et le contribuable, assisté de son conseil, s'est ainsi déroulée dans les locaux de l'administration le 15 novembre 2019. À cette occasion, M. B a indiqué ne pas avoir tenu de livre de recettes et ne pas avoir conservé les doubles des factures clients et ainsi ne pas être à même de justifier les montants de ses recettes déclarés au cours de la période vérifiée, ce qui a conduit la vérificatrice à lui indiquer qu'elle allait devoir procéder à la reconstitution de son chiffre d'affaires et de ses résultats. L'administration fait valoir, sans être valablement contredite, que cette première entrevue a également permis d'aborder la question des modalités et des conditions de fonctionnement de l'entreprise et notamment de porter à sa connaissance que les achats effectués auprès du principal fournisseur de l'entreprise étaient réglés au moyen de chèques remis par ses clients. Des relevés bancaires correspondant aux comptes professionnels détenus auprès du Crédit agricole et du Crédit industriel et commercial, nécessaires à la reconstitution du chiffre d'affaires, ont été adressés à l'administration le 19 novembre 2019. Une nouvelle entrevue s'est déroulée, le 7 décembre 2019, dans les locaux de l'administration. M. B était assisté de son conseil. Cette entrevue a permis à la vérificatrice de rappeler les conditions d'application du régime des micro-entreprises et de la franchise de taxe sur la valeur ajoutée. Lors de cet entretien M. B s'est engagé à rechercher les coordonnées de ses clients des années 2017 et 2018 et à les communiquer à la vérificatrice. Si M. B soutient que les entretiens des 15 novembre et 7 décembre 2019 n'ont concerné que l'année 2016, la seule circonstance que l'administration a, à leur occasion, précisé à M. B que les rectifications relatives à l'année 2016 allaient être établies au regard des seuls éléments déjà en sa possession et que ces rectifications ont été notifiées dès le 27 décembre 2019 en raison de l'expiration imminente du délai de reprise, ne permet pas de l'établir. D'ailleurs, M. B ne démontre ni même ne soutient que les conditions d'exploitation de son activité auraient évoluées entre 2016 et les deux années suivantes. Le 20 janvier 2020, l'administration a reçu du contribuable les relevés bancaires d'un compte détenu auprès du Crédit industriel et commercial Est, qui ont constitué les derniers éléments nécessaires aux rectifications, notifiées au titre 2017 et 2018, demandés et obtenus par la vérificatrice. La proposition de rectification relative à ces deux années n'a été notifiée que le 25 septembre 2020. Toutefois l'administration n'est pas tenue de notifier les rectifications procédant d'une vérification de comptabilité avant l'expiration d'un délai autre que le délai de reprise. M. B fait valoir que l'administration n'a pas répondu à deux courriels qui lui avaient été adressés par son conseil, les 20 février 2020 et 6 juillet 2020. Toutefois, le premier de ces courriels tendait à obtenir rapidement des informations sur l'issue de la vérification de comptabilité et non à porter à la connaissance de la vérificatrice des éléments d'information supplémentaires ou à obtenir des précisions sur des éléments particuliers du contrôle, alors que, dans le second courriel, le conseil de M. B demandait uniquement que tout courrier adressé à M. B lui soit également adressé sous la forme d'une copie. Or, pour regrettable que soit l'absence de réponse au premier courriel, qui a pu résulter de la situation sanitaire qui a caractérisé le premier semestre de l'année 2020, elle ne révèle pas que la vérificatrice aurait refusé de dialoguer utilement avec le contribuable sans lui indiquer que le contrôle était déjà parvenu à son terme. L'existence de contacts téléphoniques qui auraient eu lieu en janvier 2020 entre l'administration et M. B ou son conseil, dont fait état l'administration, ne saurait caractériser un débat oral et contradictoire. Cependant, il n'apparaît pas, au regard de la taille de l'entreprise du contribuable, de son activité et des modalités de son exercice, ainsi que du caractère sommaire de la comptabilité présentée et de la présence de son conseil à chacune de ses entrevues avec la vérificatrice, que M. B a été privé, par le déroulement du contrôle ou l'attitude de l'administration, de la possibilité d'avoir avec la vérificatrice un débat oral et contradictoire ou, au titre des années 2017 et 2018, de la possibilité d'être assisté d'un conseil. Ainsi que cela est rappelé au point précédent, la vérificatrice n'était pas tenue de porter à la connaissance de M. B, autrement que par l'envoi d'une proposition de rectification, les rectifications auxquelles elle entendait procéder. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la procédure d'imposition dont procèdent les impositions en litige est irrégulière.

9. Il résulte des points 3 à 8 que le surplus des conclusions de la requête de M. B doit être rejeté.

Sur les frais d'instance :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a lieu de statuer ni sur les conclusions de la requête de M. B tendant à la décharge de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2017, à concurrence de 1 580 euros en droits et 698 euros en pénalités, ni sur ses conclusions tendant à la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été réclamé au titre de la période correspondant à l'année 2017, à concurrence 3 643 euros en droits et 552 euros en pénalités.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2203580

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