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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2203801

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2203801

lundi 12 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2203801
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS BOQUET DAGORN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête n°2203801 et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2022 et le

15 mai 2023, la société Rennaise de Restauration, dite S2R, représentée par le cabinet d'avocats SCP Boquet-Dagorn, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de recette émis le 8 juin 2022 par lequel Rennes Métropole a mis à sa charge le paiement d'une somme de 6 560,36 euros au titre du contrat de concession de service relatif à l'exploitation de l'espace café-restaurant de l'équipement culturel Les Champs Libres ;

2°) de mettre à la charge de Rennes Métropole le paiement d'une somme de

1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conditions d'exécution du contrat de concession relatif à l'exploitation de l'espace café-restaurant de l'équipement culturel Les Champs Libres, conclu par la société " Salons LeCoq-Gadby SARL ", aux droits desquelles elle est venue, avec Rennes Métropole, ont été marquées par des difficultés récurrentes ;

- il appartient aux Champs Libres de produire la délibération de l'organe délibérant de Rennes Métropole fixant ou validant les redevances diverses dues par le concessionnaire, faute de quoi, elles ne sont pas exigibles ;

- le niveau de la redevance doit tenir compte de l'usage fait de la dépendance du domaine public, de la nature des commerces exercés et des conditions d'exploitation et rentabilité de la concession occupée ;

- les redevances qui lui sont réclamées sont contestables, dès lors que Rennes Métropole n'apporte pas les justificatifs qui s'imposent, notamment s'agissant de la contrepartie trouvée dans les avantages que le concessionnaire retire du contrat ;

- les parties avaient convenu qu'elle ne s'acquitterait pas des redevances commerciales pour l'année 2019, dans l'attente de parvenir à un accord tenant compte de tous les paramètres nécessaires ; cet accord n'ayant pas été trouvé, les dispositions légales s'appliquent ;

- la redevance commerciale et la redevance d'occupation domaniale, prévues aux articles 24 et 25 du contrat de concession, sont fixées de manière arbitraire, sans la moindre justification concernant leur mode de calcul, et sont donc dépourvues de fondement juridique.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 avril 2023 et le 17 mai 2023, Rennes Métropole, représentée par Me Catherine Logéat, de la SELARL Valadou-Josselin et Associés, conclut au rejet de la requête et demande de mettre à la charge de la société Rennaise de Restauration le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la société Rennaise de Restauration est tenue de s'acquitter, en exécution du contrat de concession de service qui les lie, de certaines contributions ;

- la contestation de la société requérante est infondée, dès lors qu'elle ne conteste ni le caractère contractuel des redevances dues, ni le calcul de celles-ci au regard des modalités de liquidation prévues par le contrat ;

- la société Rennaise de Restauration ne saurait sérieusement soutenir, sans apporter le moindre élément de justification alors que la charge de la preuve lui incombe, que le montant des redevances n'est pas justifié, d'autant que ce montant résulte de l'offre faite par la société dans le cadre de la procédure de consultation et de mise en concurrence ;

- les redevances réclamées sont bien fondées, en ce qu'elles résultent du contrat de concession signé par le représentant du pouvoir adjudicateur dûment habilité et qu'elles ont été fixées par les candidats à l'attribution du contrat de concession de service au regard du dossier de consultation des entreprises ;

- l'annulation du titre exécutoire émis à l'encontre de la société Rennaise de Restauration serait contraire au principe de loyauté des relations contractuelles, dès lors que le contrat de concession litigieux n'est pas illicite et n'est pas entaché d'un vice d'une particulière gravité quant au consentement des parties.

II - Par une requête n°2204889 et des mémoires, enregistrés le 27 septembre 2022,

le 10 mai 2023 et le 15 mai 2023, la société Rennaise de Restauration, dite S2R, représentée par le cabinet d'avocats SCP Boquet-Dagorn, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de saisie administrative à tiers détenteur du 12 septembre 2022 portant sur des créances d'un montant total de 6 560,36 euros dont elle reste redevable à l'égard de Rennes Métropole ;

2°) d'annuler l'avis des sommes à payer n°500004 du 27 avril 2022 portant sur la somme de 6 560,36 euros au titre 1er trimestre de l'année 2022 ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner Rennes Métropole à lui verser la somme de

6 560,36 euros à titre de dommages et intérêts résultant du préjudice causé par l'émission fautive de la redevance de concession ;

4°) de mettre à la charge de Rennes Métropole le paiement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle se prévaut de moyens identiques à ceux développés dans sa requête n°2203801 pour contester le bien-fondé de la créance de 6 560,36 euros réclamée par Rennes Métropole, à l'origine de la décision de saisie administrative à tiers détenteur contestée. Elle soutient, en outre, avoir saisi compétemment le tribunal administratif, sa contestation portant sur le bien-fondé de la créance et non sur la régularité de son recouvrement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 mai 2023 et le 16 mai 2023, Rennes Métropole, représentée par Me Catherine Logéat, de la SELARL Valadou-Josselin et Associés, conclut au rejet de la requête. Elle demande également de mettre à la charge de la société Rennaise de Restauration le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, en ce qu'elle a été portée devant une juridiction incompétente pour connaître des décisions de saisie administrative à tiers détenteur ;

- la décision contestée porte sur des charges et redevances dues au titre d'une facture émise en janvier 2022 ;

- la demande principale de la société requérante n'a porté, dans ses premières écritures, comme dans son dernier mémoire, que sur l'annulation de la décision de saisie administrative à tiers détenteur et ne relève donc que du contentieux du recouvrement ;

- les conclusions nouvelles présentées par la société Rennaise de Restauration sont irrecevables, en vertu du principe de l'immutabilité des conclusions ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute d'avoir été précédées d'une réclamation préalable ;

- aucun des moyens développés par la société Rennaise de Restauration ne permet de contester le bien-fondé de la somme qui lui est réclamée.

La procédure a été communiquée, le 7 octobre 2022, à la Direction départementale des Finances Publiques d'Ille-et-Vilaine qui n'a fait valoir aucune observation.

Le 3 mai 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du juge administratif pour statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de saisie administrative à tiers détenteur émise le 12 septembre 2022 à l'égard de la Société Rennaise de Restauration.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thalabard,

- les conclusions de M. Rémy, rapporteur public,

- et les observations de Me Boquet, représentant la société Rennaise de Restauration et de Me Logéat, représentant Rennes Métropole.

Considérant ce qui suit :

1. En exécution du contrat de concession de service relatif à l'exploitation de l'espace café-restaurant de l'équipement culturel " Les Champs Libres " situé à Rennes, Rennes Métropole a émis le 8 juin 2022 un titre exécutoire d'un montant de 6 560,36 euros à l'encontre de la société Rennaise de Restauration, concessionnaire dudit service. Par une requête enregistrée sous le n°2203801, la société Rennaise de Restauration demande l'annulation de ce titre de recettes. Par une requête enregistrée sous le n°2204889, cette même société demande l'annulation de la décision de saisie administrative à tiers détenteur du 12 septembre 2022 par laquelle le comptable public de Rennes Métropole a entendu obtenir le recouvrement forcé de la somme de 6 560,36 euros TTC restant due, ainsi que, par des conclusions complémentaires, l'annulation du titre exécutoire d'un montant de 6 560,36 euros et la condamnation de Rennes Métropole à l'indemniser d'une somme de 6 560,36 euros en réparation de l'émission fautive de ce titre exécutoire. Ces deux requêtes portant sur l'exécution financière d'un même contrat de concession de service et sur une même créance, il y a lieu de statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de saisie administrative à tiers détenteur :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. La revendication par une tierce personne d'objets saisis s'effectue selon les modalités prévues à l'article L. 283 du même livre. () ". Selon l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : : () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la contestation par le débiteur d'un acte de poursuite délivré en vue du recouvrement d'une créance, lorsque cette contestation porte sur la régularité en la forme de l'acte litigieux ou bien sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués ou sur l'exigibilité de la somme réclamée, relève de la compétence du juge de l'exécution quand il s'agit d'une créance non fiscale d'un établissement public local.

4. Il ressort des pièces du dossier que la somme sur laquelle porte la saisie administrative à tiers détenteur correspond à une créance non fiscale de Rennes Métropole. En vertu des dispositions précitées de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, seule la juridiction judiciaire est compétente pour connaître d'un recours dirigé contre un tel acte de recouvrement. La notification de saisie administrative à tiers détenteur émise le 12 septembre 2022 par le comptable public de Rennes Métropole à l'égard de la société Rennaise de Restauration ne constitue pas un acte administratif relevant de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, les conclusions de la requête n°2204889 tendant à l'annulation de cette notification de saisie administrative à tiers détenteur ont été portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire :

5. La société Rennaise de Restauration conteste le bien-fondé du titre exécutoire émis le 8 juin 2022 par Rennes Métropole à son encontre, portant sur un montant de 6 560,36 euros TTC. Elle doit être regardée comme sollicitant la décharge de l'obligation de payer la créance ainsi mise à sa charge par Rennes Métropole. Toutefois, alors que Rennes Métropole soutient que la somme de 6 560,36 euros TTC correspond à la facturation due au titre du second trimestre de l'année 2022 par le concessionnaire du café des Champs Libres, la société requérante ne développe aucune argumentation opérante de nature à établir qu'en tout ou partie, la somme qui lui est réclamée ne serait pas due. Ses écritures, auxquelles elle n'a pas joint le courrier de la directrice des Champs Libres mentionnant les bases de liquidation du titre exécutoire litigieux, ne comportent aucune critique de celles-ci. Si la société Rennaise de Restauration fait valoir que la convention de délégation de service public " se borne à exposer le mode de calcul de la redevance, sans la moindre justification du mode de calcul ni du montant de la redevance ", elle n'établit ni ne soutient, par cette argumentation générale, que les clauses financières de la convention n'auraient pas été correctement appliquées, ni ne démontre que ce contrat, par lequel elle s'est librement engagée, serait entaché d'une irrégularité tenant à son caractère illite ou à un vice d'une particulière gravité de sorte qu'il ne devrait pas en être fait application. Ainsi, les conclusions de la société requérante relatives au titre exécutoire litigieux ne comportent que des moyens inopérants ou dépourvus de précision et ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

7. Si, dans l'instance n°2204889, la société Rennaise de Restauration demande au tribunal, par un mémoire enregistré le 10 mai 2023, de condamner Rennes Métropole à lui verser une somme de 6 560,36 euros en réparation du préjudice résultant de l'émission fautive de l'avis de somme à payer en litige, il n'est pas justifié que de telles prétentions indemnitaires, à supposer qu'elles soient maintenues, dès lors qu'elles n'ont pas été reprises dans les dernières écritures de la société requérante, auraient été précédées d'une demande préalable indemnitaire adressée à Rennes Métropole. Ainsi, et en tout état de cause, en l'absence à la date du présent jugement de décision de l'administration rejetant une demande préalable indemnitaire formée devant elle, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie et les conclusions présentées à fin d'indemnisation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées par les parties sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la société Rennaise de Restauration sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par Rennes Métropole au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Rennaise de Restauration et à Rennes Métropole.

Une copie en sera adressée à la direction régionale des finances publiques d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.

La rapporteure,

signé

M. Thalabard

Le président,

signé

G.-V. VergneLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2203801,2204889

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