lundi 8 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203894 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 28 juillet, 6 septembre et 14 septembre 2022 ainsi que le 27 août 2023, M. A B, représenté par Me Beguin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 45 813 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 mars 2022 en réparation des préjudices subis du fait, d'une part, de l'illégalité du refus implicite de la délivrance de son titre de séjour sollicité le 16 octobre 2020 et, d'autre part, de l'absence de mise en fabrication de son titre de séjour avant le 28 mars 2022 ;
3°) de prononcer la capitalisation des intérêts échus ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision implicite de rejet à sa demande de titre de séjour déposée le 16 octobre 2020 et l'abstention de fabriquer son titre de séjour étaient illégales ;
- ces illégalités lui ont causé un préjudice financier à hauteur de 15 813 euros du fait qu'en l'absence de titre de séjour il n'a pas pu percevoir l'allocation aux adultes handicapés entre le 16 octobre 2020 et le 28 mars 2022 ;
- il a subi un préjudice moral du fait de l'absence de ressources financières pendant cette période, de sa désinscription à un stage de reclassement professionnel faisant suite à des problèmes physiques, du fait qu'il ait dû rembourser ses dettes au centre hospitalier régional d'Orléans suite à une hospitalisation que l'assurance maladie refuse de prendre en charge, du fait que ses traitements n'ont plus été pris en charge par l'assurance maladie, du fait qu'il se soit vu suspendre sa mutuelle et son assurance habitation, qu'il s'est vu refuser un logement à Rennes permettant de se rapprocher du lieu de formation de sa femme à cause du défaut de titre de séjour et qu'il n'a pas pu suivre une formation professionnelle pour la même raison, le tout à hauteur de 30 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 juin et 28 septembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2021-527 relatif à la revalorisation de l'allocation aux adultes handicapés ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Etienvre,
- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public,
- et les observations de Me Beguin, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant camerounais né le 19 juin 1979, est entré en France sous couvert d'un visa court séjour le 3 février 2017. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, demande à laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit par décision du 21 août 2019, motif pris de ce que les documents produits pour justifier de son identité et de son état civil n'avaient pas été considérés comme réguliers par le service de la fraude documentaire de la direction zonale de la police aux frontières. M. B a produit, le 16 octobre 2020, de nouveaux actes d'état civil. Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'ayant pas statué sur sa nouvelle demande, M. B a sollicité l'annulation de la décision implicite de rejet née le 16 février 2021 auprès du tribunal administratif de Rennes ainsi que sa suspension auprès du juge des référés de ce même tribunal. Après la suspension de cette décision par ordonnance du 27 avril 2021 et une ordonnance d'exécution, le préfet a décidé, le 13 juillet 2021, de faire droit à la demande de titre de séjour de M. B. Ce dernier a demandé au préfet l'indemnisation de ses préjudices résultant de la décision de refus du 16 février 2021 et du délai anormalement long de la fabrication de son titre de séjour.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
S'agissant du refus implicite de rejet du 16 février 2021 :
2. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants () ".
3. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
4. Il résulte de l'instruction que, si la préfète d'Ille-et-Vilaine a initialement opposé comme motif de refus à la demande de titre de séjour de M. B l'article
R. 311-2-2 alors en vigueur relatif à l'obligation de présentation, par l'étranger, des documents justifiant de son état civil et de sa nationalité, elle a cependant ensuite reconnu, par un courrier du 16 juillet 2020, que l'intéressé remplissait toutes les conditions pour l'obtention du titre de séjour demandé. S'il est vrai que les analyses de la direction zonale de la police aux frontières sont revenues négatives s'agissant des nouveaux documents d'état civil produits par l'intéressé, celles-ci ne font néanmoins état que d'irrégularités de formes qui n'affectent pas la véracité des mentions relatives à l'état civil de l'intéressé. Si, par ailleurs, le jugement produit par l'intéressé serait irrégulier pour avoir été uniquement écrit en langue française, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement aurait un caractère frauduleux, ce que ne soutient pas le préfet d'Ille-et-Vilaine en défense dans la présente instance. Il suit de là que refus implicite opposé à M. B le 16 février 2021 était entaché d'une illégalité interne. Les pièces du dossier ne révélant pas que ce refus aurait pu être justifié pour un autre motif de fond, cette illégalité est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'État. Cependant, contrairement à ce que soutient M. B, la période de responsabilité de l'État au titre de cette illégalité fautive ne saurait courir avant qu'elle n'ait été commise. Elle ne court donc pas à compter de la demande de titre du 16 octobre 2020, mais à compter du refus implicite illégal réputé intervenu le 16 février 2021, jusqu'à la délivrance effective d'un titre, le 29 mars 2022.
S'agissant du délai anormalement long de fabrication du titre de séjour :
5. Il résulte par ailleurs de l'instruction qu'un délai d'un peu plus de huit mois s'est écoulé entre la décision de délivrer un titre de séjour, prise au plus tard le 13 juillet 2021 selon le courrier du préfet adressé au tribunal le 9 août 2021, et la fabrication effective du titre, intervenue seulement le 29 mars 2022. Ce délai anormalement long est également de nature à engager la responsabilité pour faute de l'État.
En ce qui concerne les préjudices :
6 M. B sollicite l'indemnisation du préjudice résultant de la non perception de l'allocation aux adultes handicapés.
7. Il résulte, en effet, des articles L. 821-1 et D. 821-8 du code de la sécurité sociale que seules certaines autorisations de séjour ouvrent droit à cette allocation, parmi lesquelles ne figurent pas, notamment, les récépissés de première demande de carte de séjour temporaire. Or, c'est bien pour défaut de titre de séjour que les prestations sociales concernées ont été refusées à l'intéressé, comme en atteste un courrier de la caisse d'allocations familiales du 30 septembre 2021 répondant à l'une de ses réclamations. Le requérant justifie d'ailleurs, par décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du 6 janvier 2022 qu'il remplit, depuis le 1er février 2021, la condition principale d'attribution de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) consistant en la reconnaissance d'un taux d'invalidité supérieur à 80 %. Par conséquent, tant le refus de titre de séjour que le retard à délivrer de manière effective le titre accordé, sont, de manière directe, et certaine, à l'origine de l'absence de droit du requérant à toucher l'AAH.
8. Néanmoins, les pièces du dossier ne permettent pas de connaître le montant des revenus perçus par M. B et son épouse entre le 16 février 2021 et le 29 mars 2022 et de déterminer, par suite, les droits à l'AAH auxquels M. B aurait pu prétendre au cours de cette même période. À cette fin, il y a lieu, avant dire droit, de procéder à un supplément d'instruction et d'inviter M. B à produire dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement les déclarations de revenus des années 2021 et 2022 transmises à la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine ainsi que les avis d'imposition des revenus établis au titre de ces mêmes années.
D É C I D E :
Article 1er : Avant de statuer sur l'évaluation des préjudices de M. B, il est procédé à un supplément d'instruction afin que celui-ci produise, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, les déclarations de revenus des années 2021 et 2022 transmises à la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine ainsi que les avis d'imposition des revenus des mêmes années.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.
Le président-rapporteur,
signé
F. Etienvre
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Terras
La greffière d'audience,
signé
I. Loury
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026