lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2203915 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS EFFICIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 29 juillet 2022, 30 octobre 2023 et 30 avril 2024, Mme C A, représentée par la société Via Avocats, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de désigner avant dire droit un expert pour évaluer ses préjudices en lien avec les fautes commises par le centre hospitalier régional universitaire de Rennes lors de sa prise en charge par le service d'aide médicale urgente (SAMU) en avril 2021 ;
2°) de condamner le centre hospitalier régional universitaire de Rennes à lui verser la somme de 5 000 euros à titre provisionnel, avec intérêt au taux légal à compter de la demande préalable d'indemnisation ou à compter de l'enregistrement de la requête et capitalisation de ses intérêts ;
3°) à titre subsidiaire, de désigner avant dire droit un expert pour déterminer les fautes commises par le centre hospitalier régional universitaire de Rennes lors de sa prise en charge par le SAMU en avril 2021 et, en cas de manquement, évaluer ses préjudices en lien avec ces fautes ;
4°) en tout état de cause, de déclarer commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie le jugement à intervenir ;
5) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Rennes la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Rennes doit être engagée en application de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison du retard et des erreurs lors de sa prise en charge par le SAMU en avril 2021 ;
- il convient d'ordonner avant dire droit une expertise afin de déterminer l'étendue de ses préjudices en lien avec les fautes du centre hospitalier régional universitaire de Rennes et de condamner cet établissement à lui allouer la somme de 5 000 euros à titre provisionnel à valoir sur la réparation des préjudices subis dans l'attente des conclusions expertales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 novembre 2022 et 21 février 2024, le centre hospitalier régional universitaire de Rennes, représenté par la SELARL Efficia, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, en cas de désignation d'un expert, de juger que les opérations seront communes et opposables au docteur D et de mettre à la charge de Mme A les frais d'expertise.
Il fait valoir que :
- à titre principal, il n'a commis aucune faute lors de la prise en charge de Mme A par le SAMU en avril 2021, l'ensemble des complications subies par la requérante n'étant pas lié à un retard de prise en charge mais à la maladie elle-même ;
- à titre subsidiaire, il ne s'oppose pas à la demande d'expertise présentée par la requérante dans les conditions qu'il expose ;
- en tout état de cause, la demande d'allocation provisionnelle présentée par la requérante en l'absence d'une obligation non sérieusement est contestable ;
- la demande d'intervention de la caisse primaire d'assurance maladie doit être rejetée en l'absence de défaut de prise en charge imputable au centre hospitalier régional universitaire de Rennes.
Par deux mémoires, enregistrés les 12 août et 22 novembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine conclut à ce qu'il soit fait droit à la demande de Mme A tendant à la désignation d'un expert.
Elle fait valoir que :
- elle est subrogée dans les droits de Mme A à hauteur des prestations qu'elle a servies ;
- elle ne s'oppose pas à la demande de la requérante tendant à la désignation d'un expert.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les conclusions de M. Met, rapporteur public,
- les observations de Me Leduc, représentant Mme A, ainsi que celles de Me Wittrant, représentant le centre hospitalier régional universitaire de Rennes.
Considérant ce qui suit :
1. En avril 2021, Mme A a contracté la covid-19. Le 16 avril 2021, elle a développé une insuffisance respiratoire conduisant son compagnon a contacté le service d'aide médicale urgente (SAMU) dont il est constant, en l'état de l'instruction, que le médecin régulateur lui a préconisé de consulter son médecin traitant. Le 18 avril 2021, Mme A a été admise aux urgences du centre hospitalier régional universitaire de Rennes du fait de cette détresse respiratoire liée à la covid-19. Elle a ensuite été hospitalisée aux services de réanimation pendant plus d'un mois. Estimant que le centre hospitalier régional universitaire de Rennes avait commis une faute tenant à sa prise en charge tardive, Mme A a présenté une réclamation indemnitaire préalable le 14 janvier 2022. Sa demande a été rejetée par une décision du 3 juin 2022.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte des dispositions des articles R. 6311-1 à R. 6311-13 du code de la santé publique que le SAMU, qui comporte un centre de réception et de régulation des appels, est chargé d'assurer une écoute médicale permanente, de déterminer et de déclencher la réponse la mieux adaptée à la nature des appels, de s'assurer de la disponibilité des moyens d'hospitalisation, publics ou privés, adaptés à l'état du patient, d'organiser le cas échéant le transport dans un établissement public ou privé en faisant appel à un service public ou à une entreprise privée de transports sanitaires et de veiller à l'admission du patient. En outre, le médecin régulateur est chargé d'évaluer la gravité de la situation et de mobiliser l'ensemble des ressources disponibles, en vue d'apporter la réponse la plus appropriée à l'état du patient et de veiller à ce que les soins nécessaires lui soient effectivement délivrés. Il doit pour ce faire se fonder sur une estimation du degré de gravité avérée ou potentielle de l'atteinte à la personne concernée, une appréciation du contexte, de l'état et des délais d'intervention des ressources disponibles. Ces appréciations reposent sur un dialogue entre le médecin régulateur et la personne concernée, ou, le cas échéant, son entourage.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ".
5. Pour invoquer une faute du centre hospitalier régional universitaire de Rennes lors du premier appel téléphonique de son compagnon au SAMU, Mme A soutient que si elle avait été prise en charge au sein du centre hospitalier régional universitaire de Rennes dès le 16 avril 2021 et non seulement le 18 avril suivant alors que son état de santé s'était encore dégradé, elle aurait pu éviter d'être admise au service de réanimation durant un mois et elle aurait subi de moindres préjudices. Le centre hospitalier régional universitaire de Rennes fait quant à lui valoir que si un retard de prise en charge devait être retenu, il résulterait du seul fait de la patiente qui n'a pas consulté son médecin traitant postérieurement à l'appel téléphonique du 16 avril 2021 alors qu'elle présentait déjà de grandes difficultés respiratoires, en dépit de la préconisation en ce sens alors formulée par le médecin régulateur du SAMU. Il ajoute que le SMUR est intervenu au moment de la dégradation de l'état de santé de Mme A, soit le 18 avril 2021, après diagnostic des pompiers et qu'elle présentait de multiples complications liées à la covid-19 pour laquelle aucune thérapeutique active en dehors de la vaccination était connue à la date de son hospitalisation. Il précise que l'ensemble de ces complications n'est pas lié à un retard ou à un défaut de prise en charge mais à la maladie elle-même, soit à un état antérieur. L'état du dossier ne permettant pas au tribunal de statuer sur l'existence de fautes commises par le centre hospitalier régional universitaire de Rennes, il y a lieu d'ordonner, avant dire droit sur les conclusions de la requête, une expertise aux fins de fournir au tribunal tous éléments lui permettant d'apprécier les conditions de la prise en charge de Mme A par le SAMU, l'existence de fautes commises par le centre hospitalier régional universitaire de Rennes et l'étendue du préjudice le cas échéant subi par celle-ci du fait de ces fautes, dans les conditions prévues dans le dispositif du présent jugement.
6. Il résulte de l'instruction que le docteur D, en qualité de médecin généraliste, a pris en charge Mme A au moins les 7 et 12 avril 2021. Si, eu égard à la qualité de médecin libéral du docteur D, des conclusions le mettant en cause pour d'éventuelles fautes commises dans la prise en charge de Mme A sont manifestement insusceptibles de se rattacher à un litige relevant de la compétence des juridictions de l'ordre administratif, les observations de ce praticien sont pour autant susceptibles d'apporter des éléments utiles à l'expert pour la bonne exécution de sa mission. Par suite, il y a lieu d'ordonner que la mission d'expertise se déroule au contradictoire du docteur D.
7. Enfin, le juge du fond peut accorder une provision au créancier qui l'a saisi d'une demande indemnitaire lorsqu'il constate qu'un agissement de l'administration a été à l'origine d'un préjudice et que, dans l'attente des résultats d'une expertise permettant de déterminer l'ampleur de celui-ci, il est en mesure de fixer un montant provisionnel dont il peut anticiper qu'il restera inférieur au montant total qui sera ultérieurement défini.
8. Mme A sollicite l'allocation d'une somme provisionnelle de 5 000 euros. Toutefois, eu égard à ce qui a été dit au point 5, faute de pouvoir apprécier, en l'état de l'instruction, si le centre hospitalier régional universitaire de Rennes a commis des fautes lors de sa prise en charge et si, le cas échéant, ces fautes ont été à l'origine de préjudices, il n'y a pas lieu de condamner ce centre hospitalier à verser à Mme A
une allocation provisionnelle. Les conclusions de la requête présentées à ce titre doivent dès lors être rejetées.
9. Tous droits et moyens sur lesquels il n'a pas été expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'au terme de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A, procédé par un expert spécialisé en pneumologie, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission de :
1°) se faire communiquer et de prendre connaissance de tous documents relatifs à l'état de santé de Mme A lié à son infection par la Covid-19, notamment tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur Mme A lors de sa prise en charge par le docteur D, par le SAMU relevant du centre hospitalier régional universitaire de Rennes et par ce centre hospitalier ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme A ainsi qu'éventuellement à leur examen clinique ;
2°) décrire le suivi de l'état de santé de Mme A en lien avec son infection par la covid-19 depuis ses premiers symptômes, notamment par le docteur D, le SAMU et le centre hospitalier régional universitaire de Rennes, et donner son avis sur le point de savoir si ce suivi était conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale et s'il était adapté à l'état de santé de Mme A ; de décrire en particulier l'état de santé de Mme A lors des appels téléphoniques au centre 15, les 16 et 18 avril 2021, ainsi que l'évolution de son état jusqu'à sa prise en charge par le centre hospitalier régional universitaire de Rennes le 18 avril 2021 ;
3°) de rechercher si le traitement des appels téléphoniques et le diagnostic établis les 16 et 18 avril 2021 par le centre 15 ont été consciencieux, attentifs, diligents, conformes aux règles de l'art et aux données acquises de la science et adaptés à l'état de la patiente et aux symptômes qu'elle présentait ou si, au contraire, des erreurs, fautes, maladresses ou négligences ont été commises, en indiquant notamment si une prise en charge par le SAMU était nécessaire dès le 16 avril 2021 ;
4°) de dire si l'état de santé de Mme A est consolidé et dans l'affirmative préciser la date de cette consolidation, en indiquant si l'intéressée peut être regardée comme guérie ;
5°) d'indiquer si les manquements constatés ont pu être à l'origine d'une aggravation de l'état de Mme A jusqu'à sa prise en charge effective par le centre hospitalier, et en évaluer l'importance, notamment en termes de perte de chance ;
6°) de manière générale, de donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal de se prononcer sur les responsabilités et l'importance de préjudices de toute nature, ainsi que toute information utile à la solution du litige.
Article 2 : Les opérations d'expertise auront lieu contradictoirement entre Mme A, le centre hospitalier régional universitaire de Rennes, le docteur D et la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.
Article 3 : L'expert pourra, en tant que de besoin, se faire assister d'un sapiteur, après y avoir été autorisé par le président du tribunal.
Article 4 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 5 : Les conclusions présentées par Mme A tendant à la condamnation du centre hospitalier régional universitaire de Rennes à lui verser une allocation provisionnelle sont rejetées.
Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au centre hospitalier régional universitaire de Rennes, à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine, ainsi qu'au docteur B D.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme René, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
La rapporteure,
signé
C. René
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
É. Fournet
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026