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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204113

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204113

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204113
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMSS 5ème chambre GOURMELON Virginie
Avocat requérantJARRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 août et 30 septembre 2022, le président du conseil départemental des Côtes d'Armor défère au tribunal, en tant que prévenu d'une contravention de grande voirie, M. A H, et demande au tribunal, au titre de l'action publique, de condamner M. H au paiement d'une amende de 1 000 euros au titre de l'occupation sans titre d'un ponton réservé aux vedettes à passagers au port d'Erquy.

Il soutient que :

- un procès-verbal a été établi le 11 juillet 2022, évoquant le stationnement non autorisé d'un navire appartenant à M. H au ponton réservé exclusivement aux navires à passagers à trois reprises, les 8, 15 et 29 juin 2022 ; si, après vérifications, le bateau stationné le 15 juin n'appartient pas à M. H, l'infraction est bien caractérisée pour les journées des 8 et 29 juin 2022 ;

- ces faits constituent une infraction au sens des articles R. 5337-2 du code des transports et les articles 3-1-1 et 9 du règlement particulier de police du port d'Erquy ;

- le problème de santé invoqué par M. H pour justifier le stationnement irrégulier de son navire le 29 juin 2022 ne caractérise pas une situation de force majeure ;

- les autres moyens soulevés par M. H pour contester la procédure engagée à son encontre ne sont pas fondés.

Par mémoires en défense, enregistré le 22 août 2022, M. H, représenté par Me Jarry, conclut à la relaxe des poursuites engagées à son encontre, à titre subsidiaire, à la réduction à de plus proportions de l'amende susceptible de lui être infligées et en outre, à ce qu'une somme de 1 680 euros soit mise à la charge du département des Côtes d'Armor au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la notification de ce procès-verbal, et de la transmission de ce procès-verbal au tribunal ;

- il n'est pas justifié de l'agrément du signataire du procès-verbal de contravention ;

- le procès-verbal de contravention de grande voirie lui a été notifié au-delà du délai de dix jours fixé par l'article L. 774-2 du code de justice administrative ;

- ce procès-verbal n'a pas fait l'objet d'une procédure contradictoire préalable ;

- il conteste les faits qui lui sont reprochés pour la journée du 15 juin 2022, le navire se trouvant à cette date en stationnement irrégulier ne lui appartenant pas ;

- il invoque une cause exonératoire pour les faits du 29 juin 2022 ; il a dû stationner en urgence en raison d'un motif médical majeur justifiant une consultation en urgence ;

- la somme demandée par le département méconnaît le principe de proportionnalité des peines.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 11 juillet 2022 ;

- la notification du procès-verbal de contravention de grande voirie datée du 9 août 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des transports ;

- le code pénal ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le département des Côtes d'Armor défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. H, pour avoir laissé un navire lui appartenant stationner sans autorisation à trois reprises à un ponton réservé au stationnement de vedettes à passagers sur le port d'Erquy.

Sur l'action publique :

2. Aux termes de l'article L. 5331-13 du code des transports : " Dans les ports où il est investi du pouvoir de police portuaire, l'exécutif de la collectivité territoriale ou du groupement compétent peut désigner, en qualité de surveillants de port, des agents qui appartiennent à ses services. / Les surveillants de port exercent les pouvoirs attribués aux officiers de port et aux officiers de port adjoints par les dispositions du présent titre et les règlements pris pour leur application. ". Aux termes de l'article L. 5331-15 du même code : " Les surveillants de port et les auxiliaires de surveillance sont agréés par le procureur de la République de leur résidence administrative. Ils prêtent serment devant le tribunal judiciaire. () ".

3. Par arrêté du 29 janvier 2019, le président du conseil départemental des Côtes-d'Armor a commissionné, en application de l'article L. 5331-13 du code des transports, M. C pour rechercher, constater et verbaliser les infractions au code des transports et au code de la route sur le territoire des ports départementaux des Côtes-d'Armor. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur du procès-verbal de contravention de grande voirie doit être écarté.

4. Par arrêté du 11 juillet 2022, affiché le même jour, le président du conseil départemental des Côtes-d'Armor a donné à Mme Baudet, conseillère juridique, délégation à l'effet de signer tous les actes relevant du domaine juridique et du contentieux, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de M. B D et de Mme G E. Il n'est pas établi que M. D et Mme E n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la notification du procès-verbal de contravention de grande voirie et de la saisine du tribunal doit être écarté.

5. Les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui soumettent certaines décisions administratives individuelles au respect d'une procédure contradictoire préalable, ne sont applicables ni à la saisine du juge administratif, ni aux décisions qu'il rend. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. M. H fait valoir que le procès-verbal dressé le 11 juillet 2022 ne lui a pas été communiqué dans le délai de dix jours imparti par les dispositions précitées de l'article L. 774-2 du code de justice administrative. Toutefois, l'observation de ce délai n'est pas prescrite à peine de nullité dès lors qu'il n'est pas porté atteinte aux droits de la défense. En l'espèce, M. H a pu faire valoir ses observations en défense en disposant d'un délai suffisant. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie serait entachée d'irrégularité.

7. Aux termes de l'article L. 5337-1 du code des transports : " Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. ". Aux termes de l'article 3-1-1- du règlement particulier de police du port d'Erquy : " Quai dit " vedettes à passagers " et " de la SNSM " : / Les pontons au quai n°4 sont réservés à l'activité de transport de passagers et de secours (SNSM). En dehors de ces deux affectations prioritaires, l'accostage de tout autre usager est soumis à autorisation de la police portuaire sur demande des exploitants de pêche ou plaisance. ". Aux termes de l'article 9 du même règlement : " () Sauf autorisation expresse de l'exploitant, il est interdit : / aux navires de pêche () d'accoster les pontons installés au quai n°4.() ".

8. Aux termes de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. / Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. / Dans tous les textes qui ne prévoient pas d'amende, il est institué une peine d'amende dont le montant maximum est celui prévu par le 5° de l'article 131-13. ". Selon le 5° de l'article L. 131-13 du code pénal, le montant de l'amende est de " 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit. ".

9. Il résulte de l'instruction que M. H, patron-pêcheur, a, les 8 et 29 juin 2022, amarré son embarcation au port d'Erquy au ponton n° 4 dédié aux vedettes à passagers et à la société nationale de sauvetage en mer, sans avoir sollicité une autorisation de l'exploitant du port. Si le département lui reprochait par ailleurs un stationnement non autorisé au même ponton le 15 juin 2022, le bateau concerné n'appartenait pas à M. H. Les explications d'ordre médical avancées par M. H pour justifier le stationnement de son navire à un emplacement non autorisé le 29 juin 2022 ne sont pas de nature à caractériser un cas de force majeure, dès lors qu'il n'est établi qu'il n'aurait pas pu trouver un autre lieu de stationnement. Le stationnement constaté les 8 et 29 juin 2022 constitue ainsi une infraction aux dispositions précitées du règlement particulier de police du port d'Erquy, qui est constitutive d'une contravention de grande voirie. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner M. H au paiement d'une amende de 1 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. H doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. H est condamné à payer une amende de 1 000 euros.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. H tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera adressé au département des Côtes d'Armor pour notification à M. A H dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Copie du présent jugement sera adressée, pour recouvrement de l'amende, au directeur régional des finances publiques de Bretagne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La magistrate désignée,

Signé

V. F La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet des Côtes d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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