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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204170

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204170

mercredi 18 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204170
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE DELSOL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, et un mémoire enregistré le 19 juin 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Sanden Manufacturing Europe, représentée par la Selarl Delsol Avocats, demande au tribunal :

1°) de lui rembourser le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) à hauteur de 102 414 euros au titre de l'année 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'assimilation, pour le calcul du plafond d'éligibilité au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, des salariés relevant d'une convention de forfait annuel en jours à la situation des salariés soumis à la durée légale de travail de 35 heures méconnaît les dispositions de l'article 244 quater C du code général des impôts dès lors que le dispositif de décompte du temps de travail sous la forme du forfait annuel en jours a été mis en place pour offrir davantage de souplesse dans l'organisation du travail à des salariés ayant des horaires de travail notoirement supérieurs à ceux pratiqués habituellement dans les entreprises ;

- le dispositif du forfait annuel en jours a été mis en place à titre dérogatoire sur le fondement de l'article 17 de la directive n° 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail et la durée maximale hebdomadaire de travail prévue par l'article 6 de cette directive n'est ainsi pas applicable aux salariés relevant de ce dispositif ;

- la rémunération des salariés relevant du dispositif du forfait annuel en jours est sensiblement supérieure aux salariés soumis à la durée légale de travail de 35 heures et s'explique en raison du volume horaire réalisé plus important et de la nature des postes occupés ;

- la situation d'un salarié relevant d'un forfait de 218 jours de travail par an n'est pas équivalente à celle d'un salarié à temps plein de 35 heures dès lors que son temps de travail effectif quotidien est de 8,35 heures et que le nombre d'heures effectué annuellement est de 2 179,35 heures, calculé sur la base de 261 jours travaillés ;

- les salariés relevant d'une convention de forfait annuel en jours dont le nombre de jours est inférieur à 218 ne sauraient être assimilés à des salariés à temps partiel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, et un mémoire enregistré le 21 août 2024, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SAS Sanden Manufacturing Europe ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code du travail ;

- l'accord national du 28 juillet 1998 sur l'organisation du travail dans la métallurgie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ambert,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Sanden Manufacturing Europe est spécialisée dans la fabrication de pompes et compresseurs et est soumise à l'impôt sur les sociétés au régime réel d'imposition. Par une réclamation du 23 décembre 2021, elle a demandé à l'administration de recalculer l'assiette du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi au titre de l'année 2018. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet le 12 juillet 2022. Par la présente requête, la SAS Sanden Manufacturing Europe demande le remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) à hauteur de 102 414 euros au titre de l'année 2018.

Sur le remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 244 quater C du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Les entreprises imposées d'après leur bénéfice réel ou exonérées en application des articles 44 sexies, 44 sexies A, 44 septies, 44 octies, 44 octies A et 44 duodecies à 44 quindecies peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt ayant pour objet le financement de l'amélioration de leur compétitivité à travers notamment des efforts en matière d'investissement, de recherche, d'innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. () / II. - Le crédit d'impôt mentionné au I est assis sur les rémunérations que les entreprises versent à leurs salariés au cours de l'année civile. Sont prises en compte les rémunérations, telles qu'elles sont définies pour le calcul des cotisations de sécurité sociale à l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale, n'excédant pas deux fois et demie le salaire minimum de croissance calculé pour un an sur la base de la durée légale du travail augmentée, le cas échéant, du nombre d'heures complémentaires ou supplémentaires, sans prise en compte des majorations auxquelles elles donnent lieu. Pour les salariés qui ne sont pas employés à temps plein ou qui ne sont pas employés sur toute l'année, le salaire minimum de croissance pris en compte est celui qui correspond à la durée de travail prévue au contrat au titre de la période où ils sont présents dans l'entreprise. / Pour être éligibles au crédit d'impôt, les rémunérations versées aux salariés doivent être retenues pour la détermination du résultat imposable à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés dans les conditions de droit commun et avoir été régulièrement déclarées aux organismes de sécurité sociale. () ".

3. Aux termes de l'article L. 3121-27 du code du travail : " La durée légale de travail effectif des salariés à temps complet est fixée à trente-cinq heures par semaine ". Aux termes de l'article L. 3121-53 du même code : " La durée du travail peut être forfaitisée en heures ou en jours dans les conditions prévues aux sous-sections 2 et 3 de la présente section. ". Aux termes de l'article L. 3121-61 du même code : " Lorsqu'un salarié ayant conclu une convention de forfait en jours perçoit une rémunération manifestement sans rapport avec les sujétions qui lui sont imposées, il peut, nonobstant toute clause conventionnelle ou contractuelle contraire, saisir le juge judiciaire afin que lui soit allouée une indemnité calculée en fonction du préjudice subi, eu égard notamment au niveau du salaire pratiqué dans l'entreprise, et correspondant à sa qualification. ". Aux termes de l'article L. 3121-62 du même code : " Les salariés ayant conclu une convention de forfait en jours ne sont pas soumis aux dispositions relatives : 1° A la durée quotidienne maximale de travail effectif prévue à l'article L. 3121-18 ; 2° Aux durées hebdomadaires maximales de travail prévues aux articles L. 3121-20 et L. 3121-22 ; 3° A la durée légale hebdomadaire prévue à l'article L. 3121-27. ". Aux termes de l'article L. 3121-64 du même code : " I.- L'accord prévoyant la conclusion de conventions individuelles de forfait en heures ou en jours sur l'année détermine : () 3° Le nombre d'heures ou de jours compris dans le forfait, dans la limite de deux cent dix-huit jours s'agissant du forfait en jours () ".

4. Si la société requérante estime que le plafond d'éligibilité du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi doit être calculé, s'agissant des salariés relevant d'un forfait annuel de 218 jours par an, en retenant un temps de travail effectif quotidien de 8,35 heures et un nombre d'heures effectué annuellement de 2 179,35 heures calculé sur la base de 261 jours travaillés, ce mode de calcul ne peut s'appliquer dès lors que le nombre de jours compris dans le forfait en jours de décompte du temps de travail est limité légalement à 218 jours par an par l'article L. 3121-64 du code du travail.

5. L'article 14 de l'accord national du 28 juillet 1998 sur l'organisation du travail dans la métallurgie, alors applicable et appliqué à la société requérante, prévoit que la rémunération versée aux salariés ayant conclu une convention de forfait en jours doit tenir compte des responsabilités confiées au salarié dans le cadre de ses fonctions, ne peut être inférieure au salaire minimum conventionnel correspondant au classement de l'intéressé pour la durée légale du travail et est indépendante du nombre d'heures de travail effectif accomplies durant la période de paie considérée. Ainsi, la rémunération des salariés de la société requérante ayant conclu une convention de forfait en jours est encadrée, d'une part, par le salaire minimum conventionnel correspondant au classement du salarié concerné pour une durée de travail de 35 heures par semaine, d'autre part, par les dispositions de l'article L. 3121-61 du code du travail.

6. Il ressort également de l'accord national du 28 juillet 1998 que la durée hebdomadaire de travail des salariés ayant conclu une convention de forfait en jours n'est limitée que par l'obligation qu'ils bénéficient d'un temps de repos quotidien d'au moins 11 heures consécutives ainsi que d'un temps de repos hebdomadaire d'au moins 24 heures et éventuellement par le nombre de jours de travail restant à effectuer sur l'année.

7. Il résulte ainsi clairement des stipulations de l'article 14 de l'accord national du 28 juillet 1998 sur l'organisation du travail dans la métallurgie, rapprochées des dispositions pertinentes du code du travail, que pour les salariés de la SAS Sanden Manufacturing Europe ayant conclu une convention de forfait en jours, il n'existe pas de lien entre les rémunérations versées et un temps de travail effectif en heures. L'administration a pu ainsi, à bon droit et sans méconnaître les dispositions de l'article 244 quater C du code général des impôts, se référer à la durée légale de travail effectif des salariés à temps complet, prévue à l'article L. 3121-27 du code du travail, afin de calculer le plafond d'éligibilité du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi s'appliquant aux salariés ayant conclu une convention de forfait en jours.

8. En second lieu, si la société requérante estime que les salariés relevant d'une convention de forfait annuel en jours dont le nombre de jours est inférieur à 218 ne sauraient être assimilés à des salariés à temps partiel dans le cadre du calcul du plafond d'éligibilité au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, elle ne précise pas lesquels de ses salariés seraient concernés par une convention de forfait annuel en jours d'un nombre inférieur à 218 et n'apporte aucune précision relative aux incidences sur le montant du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi de la méthode alternative de calcul qu'elle revendique pour ces salariés. Le moyen n'est ainsi pas assorti des précisions nécessaires à l'examen de son bien-fondé.

9. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander le remboursement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) à hauteur de 102 414 euros au titre de l'année 2018.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat à leur titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Sanden Manufacturing Europe est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Sanden Manufacturing Europe et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. AmbertLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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