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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204310

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204310

mercredi 24 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204310
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL DE LEGEM CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2022, M. D A et Mme B C, épouse A, représentés par la Selarl De Legem, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de prendre toute mesure permettant de faire cesser l'atteinte grave et manifestement illégale portée par le directeur du centre national d'enseignement à distance (CNED) au droit à l'éducation de leur fils et notamment de lui enjoindre de leur délivrer l'autorisation à inscription réglementée, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge du CNED la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- la décision du directeur du CNED portant refus d'inscription de leur fils en classe complète de première générale réglementée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'éducation et à leur droit de choisir l'instruction donnée à leurs enfants ;

- cette décision méconnaît également gravement le droit à la santé de leur enfant ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la rentrée scolaire 2022/2023 a lieu début septembre.

Vu :

- la Constitution et notamment son préambule ;

- le premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée, n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d'apprécier objectivement, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.

3. D'autre part, l'égal accès à l'instruction, garanti par le treizième alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère celui de la Constitution du 4 octobre 1958, ainsi que par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est également rappelé à l'article L. 111-1 du code de l'éducation, aux termes duquel : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun () ", ainsi qu'à son article L. 111-2, aux termes duquel : " Tout enfant a droit à une formation scolaire qui, complétant l'action de sa famille, concourt à son éducation. / () / Pour favoriser l'égalité des chances, des dispositions appropriées rendent possible l'accès de chacun, en fonction de ses aptitudes et de ses besoins particuliers, aux différents types ou niveaux de la formation scolaire. / () ".

4. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, de la possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En outre, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte, d'une part de l'âge de l'enfant, d'autre part des diligences accomplies par l'autorité administrative compétente, au regard des moyens dont elle dispose.

5. En l'espèce, il résulte des écritures des époux A que leur fils est inscrit en classe de première générale au lycée français " Beit Yehouda ", en qualité d'interne, et qu'ils ont eux-mêmes fait le choix de résider en Israël durant l'année 2022-2023, pour permettre à leurs enfants d'être scolarisés. Si les intéressés exposent par ailleurs que la scolarisation de leur fils au sein d'un établissement scolaire classique affecte considérablement sa santé physique et psychique, altération qui aurait précédemment justifié qu'il soit scolarisé à domicile et qui sera en outre aggravée par la différence d'âge avec les autres élèves, leur fils n'étant âgé que de treize ans, ils ne produisent aucune pièce ni bilan médical susceptible de corroborer leurs allégations.

6. Dans ces circonstances, quand bien même la décision du directeur du CNED ne répond pas favorablement à leur demande d'adaptation des modalités de scolarisation de leur enfant sans précision des motifs de droit fondant ce refus, elle ne peut être regardée comme ayant pour objet ou effet de porter une atteinte grave et manifestement illégale au droit de leur fils à l'éducation et la scolarisation dans des conditions et selon des modalités adaptées à ses besoins et à sa situation, physique ou psychique. Au surplus, en se bornant à évoquer l'imminence de la rentrée scolaire et alors même qu'ils ont attendu le 23 août 2022 pour saisir le tribunal de la décision du directeur du CNED datant du 5 juillet 2022, les époux A ne se prévalent ni n'établissent l'existence d'aucune circonstance justifiant que la condition tenant à l'urgence particulière prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative puisse être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède qu'aucune des deux conditions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est remplie et que les conclusions présentées par les époux A, tendant à ce qu'il soit enjoint au directeur du CNED de leur délivrer l'autorisation à inscription réglementée pour leur fils, ne peuvent, par suite, qu'être rejetées, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CNED qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée par les époux A, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par les époux A au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et Mme B C, épouse A.

Fait à Rennes, le 24 août 2022.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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