mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204693 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ARSENE TAXAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2022, la société en participation (SEP) Métro de Rennes, représentée par Me Rocchi, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des droits de cotisation foncière des entreprises auxquels elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018 à raison des six bases de vie dont elle disposait durant le chantier de construction de la seconde ligne de métro de la ville de Rennes ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- les ensembles modulaires composant les bases de vie ne constituent pas de véritables constructions entrant dans le champ de la taxe foncière et donc de la cotisation foncière des entreprises ; ils ne sont pas fixés au sol à perpétuelle demeure et ne présentent pas le caractère de véritables bâtiments ; il ressort tant de la jurisprudence que de la doctrine administrative que le critère de fixation à perpétuelle demeure s'apprécie compte tenu de la possibilité ou non de déplacer la construction et également au regard de la destination de cette dernière ; les bases de vie, installées pour les besoins d'un chantier de travaux publics, sont, par nature, temporaires dès lors qu'elles ont vocation à être déplacées à l'issue du chantier ; le caractère temporaire est renforcé par le fait que certaines des installations modulaires sont prises en location à des tiers et doivent être restituées au loueur afin que celui-ci puisse les réutiliser ;
- un chantier de travaux publics ne constitue pas une propriété imposable en matière de taxe foncière, il n'entre pas dans le champ d'application du 5° de l'article 1381 du code général des impôts ; la doctrine administrative (BOI-IF-TFP-10-10-40 point 60) précise que pour conférer à un terrain un caractère industriel ou commercial, l'affectation à cet usage doit être suffisamment prolongée, alors que les chantiers de travaux publics sont par définition temporaires ; dans les cas visés par la doctrine, les terrains font l'objet, en tant que tels, d'une exploitation, alors qu'en l'espèce ils servent uniquement à établir les bases de vie ;
- elle ne dispose pas des terrains au sens de l'article 1467 du code général des impôts dès lors qu'il ne s'agit pas de biens placés sous son contrôle ; les terrains en cause ont été mis à sa disposition à titre gratuit par la SEMTCAR, " maître d'œuvre ", uniquement pour les besoins de la réalisation des travaux ; elle intervient en tant que prestataires de services et est soumise à des contraintes particulières définies par les accords contractuels conclus avec la SEMTCAR qui démontrent que le " maître d'œuvre " a conservé le véritable contrôle sur les terrains mis à disposition.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la SEP Métro de Rennes n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Bastien, substituant Me Rocchi, représentant la SEP Métro de Rennes.
Une note en délibéré, présentée pour la SEP Métro de Rennes, a été enregistrée le 21 novembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La SEP Métro de Rennes a été créée en janvier 2014 par ses deux associées, la société Dodin Campenon Bernard et la société Spie Batignolles Génie civil afin de participer à la réalisation de la ligne B du métro de la ville de Rennes. Pour la réalisation de ce chantier, elle a installé six " bases-vie " sur des terrains, mis à sa disposition à titre gratuit par le maître de l'ouvrage, la société d'économie mixte des transports collectifs de l'agglomération rennaise (SEMTCAR), correspondant à l'implantation de six futures stations. Ces bases de vie qui devaient au terme du chantier être laissées à la disposition du maître de l'ouvrage étaient constituées de modules, raccordés aux différents réseaux, abritant des bureaux, des sanitaires, des vestiaires, des réfectoires et hangars. À l'issue d'une vérification de comptabilité de la SEP Métro de Rennes, l'administration l'a informée de son intention de soumettre ces bases de vie et leurs terrains d'assiette à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2016 à 2018 et a déterminé la valeur locative de ces biens en faisant application des dispositions de l'article 1498 du code général des impôts prévues pour les locaux commerciaux. La SEP Métro de Rennes a présenté des observations auxquelles l'administration a répondu le 21 octobre 2019 en maintenant son analyse. Après un recours hiérarchique, une interlocution départementale infructueuse et la mise en recouvrement des impositions contestées, la SEP Métro de Rennes a formé une réclamation que l'administration a rejetée par six décisions du 12 juillet 2022, correspondant chacune à l'une des six bases de vie. Dans le cadre de la présente instance, la SEP Métro de Rennes conteste le caractère imposable des bases de vie et de leurs terrains d'assiette.
Sur l'intégration aux bases de la cotisation foncière des entreprises des six bases de vie :
En ce qui concerne la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 1467 du code général des impôts : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478, à l'exception de ceux qui ont été détruits ou cédés au cours de la même période. / () / La valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière est calculée suivant les règles fixées pour l'établissement de cette taxe. / () ".
3. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes de l'article 1381 du code général des impôts : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / () ".
4. Il résulte de l'instruction que les six bases de vie en litige, dont les surfaces en mètres carrés ont, pour certaines, varié selon les années, la plus grande ayant eu une surface constante de 2 708 m², alors que la plus petite sur les trois années en litige avait une surface de 132 m², étaient constitués de modules comparables à des bungalows, posés sur des fondations composées de longrines en béton permettant une répartition des charges sur des points d'appui et parfois empilés afin de constituer un ensemble présentant deux niveaux. Ces bases de vie étaient raccordées aux différents réseaux d'électricité, d'eau potable, d'eaux usées et de téléphone, selon l'usage auquel elles étaient affectées, permettant ainsi aux intervenants sur le chantier de disposer de bureaux, de sanitaires, de vestiaires, de réfectoires et de hangars. De telles installations étaient destinées à abriter des personnes ou des biens au sens du 1° de l'article 1381 du code général des impôts. Bien que démontables et réutilisables, il est constant que ces éléments nécessitaient, pour être déplacés, des moyens de levage exceptionnels. Si la SEP Métro de Rennes souligne que ces bungalows ou modules n'ont vocation à rester en place, au plus, que le temps du chantier, ce qui en l'espèce n'est d'ailleurs pas pleinement établi, dès lors que le maître de l'ouvrage a demandé qu'ils soient laissés à sa disposition, les bases de vie, constituées par l'assemblage de ces modules ne peuvent, compte tenu de leurs caractéristiques, et notamment de leur importance, être regardées comme ayant vocation à être déplacées. Par suite, la SEP Métro de Rennes n'est pas fondée à soutenir que les six bases de vie en litige n'étaient pas au nombre des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties et ne pouvaient pas pour ce motif entrer dans les bases soumises à la cotisation foncière des entreprises.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale par l'administration :
5. Si la SEP Métro de Rennes cite différents extraits du bulletin officiel des finances publiques-Impôts et des réponses ministérielles à l'appui de son argumentation, elle ne fait état d'aucune interprétation de la loi fiscale que ces textes comporteraient mais relève leur conformité à la jurisprudence faisant application de la loi. Par suite, elle ne peut être regardée comme les opposant, même implicitement, à l'administration fiscale sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
Sur l'intégration aux bases de la cotisation foncière des entreprises des terrains mis à disposition de la SEP Métro de Rennes par la SEMTCAR :
En ce qui concerne la loi fiscale :
6. Aux termes de l'article 1381 du code général des impôts : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : () / 4° Les sols des bâtiments de toute nature et les terrains formant une dépendance indispensable et immédiate de ces constructions à l'exception des terrains occupés par les serres affectées à une exploitation agricole ; / 5° À l'exception de ceux mentionnés au dernier alinéa de l'article 1393, les terrains non cultivés employés à un usage commercial ou industriel, tels que chantiers, lieux de dépôt de marchandises et autres emplacements de même nature, soit que le propriétaire les occupe, soit qu'il les fasse occuper par d'autres à titre gratuit ou onéreux () ".
7. Aux termes de l'article 1415 du code général des impôts : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sur les résidences secondaires et autres locaux meublés non affectés à l'habitation principale sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. ".
8. Aux termes de l'article 1467 A du code général des impôts : " Sous réserve des II, III IV et VI de l'article 1478, la période de référence retenue pour déterminer les bases de cotisation foncière des entreprises est l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition ou le dernier exercice de douze mois clos au cours de cette même année lorsque cet exercice ne coïncide pas avec l'année civile. ".
9. Les chantiers, notamment de travaux publics, qui constituent des terrains non cultivés, employés à un usage, selon l'importance des moyens techniques qui y sont mis en œuvre, commercial ou industriel, sont au nombre des propriétés soumises à la taxe foncière sur les propriétés bâties sur le fondement du 5° de l'article 1381 du code général des impôts. Il est constant que les travaux sur le chantier en cause se sont déroulés de 2014 à 2018. Une telle durée permet de constater l'exercice sur les terrains concernés d'une activité commerciale ou industrielle. Les terrains en litige ont été mis à la disposition de la SEP Métro de Rennes, à titre gratuit, afin de lui permettre d'y installer des bases de vie, ainsi que les équipements et matériels nécessaires à l'exercice de son activité sur ces sites et d'y travailler à la réalisation de la seconde ligne de métro de Rennes. Ainsi, ils ont été, durant les périodes de référence correspondant aux années en litige, à la disposition de la SEP Métro de Rennes pour les besoins de son activité professionnelle, nonobstant la circonstance que cette activité a dû y être exercée dans le respect des stipulations contractuelles liant la société requérante au maître de l'ouvrage et notamment dans le respect des stipulations du cahier des contraintes fonctionnelles de chantier, du cahier des clauses administratives particulières et du cahier des clauses techniques particulières, qui encadraient l'exécution et le déroulement des travaux et constituaient ainsi des modalités de l'exercice par la société requérante de son activité professionnelle. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a estimé que ces terrains devaient entrer dans les bases d'imposition à la cotisation foncière des entreprises, énoncées à l'article 1467 du code général des impôts.
En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale par l'administration :
10. Le point 60 de l'extrait du bulletin officiel des finances publiques-impôts publié sous l'identifiant juridique BOI-IF-TFB-10-10-40, lequel prévoit notamment que " pour conférer à un terrain un caractère industriel ou commercial, il est en outre nécessaire que l'affectation à cet usage soit suffisamment prolongée ", ainsi que le point 30 de l'extrait de ce même bulletin publié sous l'identifiant juridique BOI-IF-CFE-20-20-10-10, comprenant la citation d'un extrait d'une décision du Conseil d'État rendue sur le terrain de la loi fiscale, ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale dérogeant à l'application qui en est faite au point précédent et ne peuvent, par suite, être valablement invoqués sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de requête de la SEP Métro de Rennes, y compris les demandes présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SEP Métro de Rennes est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SEP Métro de Rennes et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026