mercredi 15 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2204842 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAISON ECK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2022, et des mémoires enregistrés les 1er août 2023 et 12 mars 2024, M. A B, représenté par Me Rochmann, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus mises à sa charge au titre de l'année 2020 à concurrence, en base, des indemnités perçues en application d'un protocole transactionnel du 25 mai 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- en estimant que " la réactivation du contrat de travail pour seulement 15 jours apparaît de pure convenance et doit être reliée à la démission de votre mandat social et ne peut vous conférer le statut d'un salarié ordinaire de la société " dans la proposition de rejet du 10 août 2022 de sa réclamation, l'administration s'est placée implicitement sur le terrain de l'abus de droit fiscal prévu à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales sans toutefois lui permettre de disposer des garanties fondamentales bénéficiant au contribuable dans le cadre d'une telle procédure, comme la faculté de saisine du comité de l'abus de droit fiscal ;
- son contrat de travail a été suspendu durant l'exercice de son mandat de directeur général de la société ;
- son licenciement a été prononcé en raison de l'impossibilité pour sa société de lui proposer un poste correspondant à ses responsabilités ;
- la circonstance que les indemnités litigieuses résultent d'une transaction, et non d'un jugement, est sans incidence sur leur caractère non imposable ;
- les indemnités forfaitaires versées dans le cadre du protocole transactionnel du 25 mai 2020 ne sont pas imposables en application du 1° du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts dès lors qu'elles ont trait à son licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse et qu'aucune indemnité ne vise à compenser la cessation de ses fonctions de mandataire social ;
- l'indemnité conventionnelle de licenciement est exonérée d'imposition en application du 3° du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2023, et des mémoires enregistrés les 16 février 2024 et 5 avril 2024, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer à concurrence des sommes dégrevées en cours d'instance et au rejet du surplus de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le code du travail ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Ambert,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Salvator, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été engagé par contrat à durée indéterminée par un établissement bancaire en 1995 puis est devenu directeur général de celui-ci en 2008. Son contrat de travail a été suspendu durant l'exercice de ce mandat social. A la démission de celui-ci, le 12 février 2020, cette suspension du contrat de travail a pris fin. Mais, par une lettre du 28 février 2020, son licenciement " pour motif personnel non disciplinaire " de ses fonctions salariées lui a été notifié. Le préavis de licenciement, d'une durée de trois mois, a commencé à courir à compter du jour suivant la première présentation à son domicile de cette lettre de licenciement. Avant le terme de ce préavis, M. B a conclu, le 25 mai 2020, avec son employeur un protocole transactionnel prévoyant notamment, d'une part, une " indemnité de licenciement calculée conformément aux stipulations conventionnelles " de 679 228 euros brut soit 630 324 euros net, d'autre part, une " indemnité transactionnelle " de 1 900 000 euros brut soit 1 763 200 euros net " visant notamment à compenser les préjudices de toute nature () au titre de la rupture de son contrat de travail " et, enfin, une " indemnité transactionnelle spécifique " de 672 398 euros brut soit 623 985 euros net visant à " compenser le préjudice moral distinct " résultant des " circonstances vexatoires " dans lesquelles aurait eu lieu sa réintégration dans ses fonctions salariées. Les indemnités nettes versées en application de ce protocole ont fait l'objet d'un prélèvement à la source au taux d'imposition personnalisé de 40,8 %. Elles ont ensuite été portées par M. B dans sa déclaration relative aux revenus de l'année 2020, sans que les éléments préremplis de cette déclaration soient modifiés par lui. Par une réclamation du 12 octobre 2021, M. B a contesté le caractère imposable de ces indemnités. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet le 10 août 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus mises à sa charge au titre de l'année 2020 à concurrence, en base, de ces indemnités.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 29 mars 2024, l'administration a dégrevé M. B des cotisations primitives d'impôt en litige à hauteur de 308 859 euros, somme correspondant aux impositions assises sur l'indemnité de licenciement conventionnelle d'un montant de 630 324 euros net. Il n'y a dès lors lieu ni de statuer sur les conclusions en décharge à concurrence de la somme ainsi dégrevée ni d'examiner les moyens présentés à l'appui de ces conclusions.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, compris dans une section de ce livre dédiée aux " procédures de rectification " : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. / En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. () ".
4. Les impositions litigieuses ne résultent pas d'une procédure de rectification. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des garanties inhérentes à la procédure de répression des abus de droit est inopérant.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ".
6. Ainsi qu'il a été rappelé au point 1, les indemnités perçues par M. B dans le cadre du protocole transactionnel du 25 mai 2020 ont fait l'objet d'un prélèvement à la source sur sa paie de mai 2020. M. B n'a pas modifié, lors de sa déclaration de revenus de l'année 2020, les rubriques préremplies y figurant et n'a ainsi pas déclaré les indemnités qu'il avait perçues comme des traitements ou salaires exonérés. Dès lors, les impositions litigieuses ont été établies d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par M. B. Il incombe par conséquent à ce dernier d'établir l'exagération des impositions en litige en vertu des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales.
En ce qui concerne les indemnités transactionnelles :
7. Aux termes de l'article 80 duodecies du code général des impôts dans sa rédaction alors applicable : " 1. Toute indemnité versée à l'occasion de la rupture du contrat de travail constitue une rémunération imposable, sous réserve des dispositions suivantes. / Ne constituent pas une rémunération imposable : / 1° Les indemnités mentionnées aux articles L. 1235-1, L. 1235-2, L. 1235-3, L. 1235-3-1, L. 1235-11 à L. 1235-13, au 7° de l'article L. 1237-18-2 et au 5° de l'article L. 1237-19-1 du code du travail ainsi que celles versées dans le cadre des mesures prévues au 7° du même article L. 1237-19-1 ; / () 3° La fraction des indemnités de licenciement versées en dehors du cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi au sens des articles L. 1233-32 et L. 1233-61 à L. 1233-64 du code du travail, qui n'excède pas : / a) Soit deux fois le montant de la rémunération annuelle brute perçue par le salarié au cours de l'année civile précédant la rupture de son contrat de travail, ou 50 % du montant de l'indemnité si ce seuil est supérieur, dans la limite de six fois le plafond mentionné à l'article L. 241-3 du code de la sécurité sociale en vigueur à la date du versement des indemnités ; / b) Soit le montant de l'indemnité de licenciement prévue par la convention collective de branche, par l'accord professionnel ou interprofessionnel ou, à défaut, par la loi () 2. Constitue également une rémunération imposable toute indemnité versée, à l'occasion de la cessation de leurs fonctions, aux mandataires sociaux, dirigeants et personnes visés à l'article 80 ter. Toutefois, en cas de cessation forcée des fonctions, notamment de révocation, seule la fraction des indemnités qui excède trois fois le plafond mentionné à l'article L. 241-3 du code de la sécurité sociale est imposable. ". Aux termes de l'article L. 1235-3 du code du travail : " Si le licenciement d'un salarié survient pour une cause qui n'est pas réelle et sérieuse, le juge peut proposer la réintégration du salarié dans l'entreprise, avec maintien de ses avantages acquis. / Si l'une ou l'autre des parties refuse cette réintégration, le juge octroie au salarié une indemnité à la charge de l'employeur, dont le montant est compris entre les montants minimaux et maximaux fixés dans le tableau ci-dessous. () ".
8. Pour déterminer si une indemnité versée en exécution d'une transaction conclue à l'occasion de la rupture d'un contrat de travail est imposable, il appartient à l'administration et, lorsqu'il est saisi, au juge de l'impôt, de rechercher la qualification à donner aux sommes qui font l'objet de la transaction. Ces dernières ne sont susceptibles d'être regardées comme une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse mentionnée à l'article L. 1235-3 du code du travail que s'il résulte de l'instruction que la rupture des relations de travail est assimilable à un tel licenciement. Dans ce cas, les indemnités accordées au titre d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse sont exonérées. Il appartient à l'administration et, lorsqu'il est saisi, au juge de l'impôt, au vu de l'instruction, de rechercher la qualification à donner aux sommes objet de la transaction, en recherchant notamment si elles ont entendu couvrir, au-delà des indemnités accordées au titre du licenciement, la réparation de préjudices distincts, afin de déterminer dans quelle proportion ces sommes sont susceptibles d'être exonérées.
9. La lettre de licenciement du 28 février 2020 de même que le protocole transactionnel indiquent que M. B a fait preuve de vives réticences à l'égard de plusieurs orientations stratégiques de l'établissement bancaire dont il était mandataire social puis, après avoir démissionné de son mandat social, a fait état de son refus de participer à la mise en œuvre de ces orientations stratégiques nouvelles dans l'exercice de ses fonctions salariées de cadre dirigeant. Or, M. B, sur lequel pèse le fardeau de la preuve, ne présente devant le tribunal aucun élément de nature à remettre en cause l'exactitude de ces indications précises, lesquelles révèlent un motif réel et sérieux de licenciement d'un cadre dirigeant.
10. Au surplus, l'administration souligne, sans être aucunement contredite, que la presse s'était faite l'écho du grave désaccord entre M. B et l'établissement bancaire dont il avait été directeur général. Or, une telle circonstance, sérieusement attentatoire à l'image de cet établissement, est de nature, à elle-seule, à justifier qu'il ait été mis fin à l'initiative de ce dernier au contrat de travail de M. B, cadre dirigeant doté d'une forte notoriété dans le secteur bancaire.
11. Ainsi, à supposer même que les indemnités transactionnelles mentionnées au point 1, qui avaient notamment pour contrepartie d'après le troisième alinéa de l'article 3 du protocole transactionnel du 25 mai 2020 la renonciation de M. B à toute action dirigée contre l'établissement bancaire dont il avait été alternativement salarié et mandataire social, quelle qu'en soit la cause, puissent être regardées, comme le prétend le requérant, comme résultant exclusivement d'un litige né de la rupture de son contrat de travail, il n'est pas établi que cette rupture présente le caractère d'un licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse. Ces indemnités transactionnelles ne sont donc pas assimilables à des indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse mentionnées à l'article L. 1235-3 du code du travail et ne sauraient donc être exonérées par application du 1° du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts.
12. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions en décharge doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, pour l'essentiel, la partie perdante, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la réduction des cotisations primitives d'impôt sur le revenu et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus mises à la charge de M. B au titre de l'année 2020 à concurrence de la somme, en droits, de 308 859 euros, dégrevée en cours d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 17 avril 2024 à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
A. AmbertLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026