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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2204961

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2204961

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2204961
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSEMINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre et 27 octobre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Semino, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour, à titre principal, dans un délai de sept jours, et à titre subsidiaire, dans un délai qui ne saurait excéder un mois, en toute hypothèse sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui remettre un récépissé de demande de titre de séjour à l'occasion de ce rendez-vous ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocat contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite ; elle a réalisé toutes les démarches requises pour déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant, lorsqu'il était valide, et sa demande n'a jamais été enregistrée, du fait des dysfonctionnements des services préfectoraux ;

- les démarches relatives aux demandes de titre de séjour " étudiant " sont dématérialisées et ne peuvent aboutir dès lors que son titre de séjour est expiré depuis plus de neuf mois ; elle a envoyé un dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour le 13 juillet 2022, qui n'a pas été enregistré ; elle ne peut régulariser sa situation, ce qui caractérise en soi une situation d'urgence ;

- elle ne peut terminer ses études : elle doit réaliser un stage d'une durée minimale de trois mois, avant la fin de l'année 2022 ; son état de santé requiert des soins, auxquels elle n'a pas accès ;

- la mesure sollicitée est utile, dès lors que l'enregistrement de sa demande constitue le préalable obligatoire et nécessaire à l'examen et la régularisation de sa situation ;

- un récépissé de demande de titre de séjour doit lui être remis ; l'attestation de dépôt ne vaut pas autorisation de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- dès lors que l'impossibilité à laquelle elle a été confrontée pour déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour ne lui est pas imputable, sa situation doit être examinée comme un renouvellement de titre de séjour ;

- elle tente vainement de déposer une demande de titre de séjour étudiant ;

- elle remettra sans difficulté les documents demandés lors du rendez-vous qui lui sera donné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite et la mesure sollicitée n'est pas utile : le dossier d'admission exceptionnelle au séjour de Mme A a été enregistré et des pièces complémentaires lui ont été demandées, par courrier du 19 octobre 2022, auquel il lui appartient de donner suite pour que sa demande soit instruite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

2. Mme A justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme A s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiant, valable du 11 juin au 31 décembre 2018, qu'elle a obtenu un rendez-vous à la sous-préfecture du Raincy le 27 mars 2019 puis à la sous-préfecture de Boulogne le 4 novembre 2021. À cet égard, l'intéressée ne donne aucune explication sur les raisons pour lesquelles son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour n'aurait pas été enregistré à l'issue de ces deux rendez-vous, n'établissant pas même avoir honoré ses rendez-vous en transmettant un dossier de demande complet.

5. Il résulte en tout état de cause de l'instruction que la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'elle a envoyée à la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 13 juillet 2022 a fait l'objet d'un enregistrement et a été mise à l'instruction, et que lui a été transmise une attestation de dépôt datée du 19 octobre 2022. Dans ces circonstances, la mesure sollicitée tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfecture d'Ille-et-Vilaine de lui fixer un rendez-vous aux fins d'enregistrement de sa demande de titre de séjour ne présente plus ni urgence ni utilité. Il appartient à cet égard à l'intéressée de transmettre en temps utiles les pièces complémentaires demandées par le service instructeur pour l'examen de sa situation, et le cas échéant de compléter son dossier par tous les éléments d'information qu'elle estimerait utile de faire valoir à l'autorité compétente.

6. Aux termes, par ailleurs, de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

7. Il résulte en l'espèce de l'instruction qu'a été transmise à Mme A, le 19 octobre 2022, une attestation de dépôt d'un dossier de demande de titre de séjour fondé sur les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui spécifie expressément qu'elle ne vaut pas autorisation provisoire de séjour. En délivrant ladite attestation, le préfet d'Ille-et-Vilaine doit être regardé comme ayant manifesté, d'une part, son intention de mettre à l'instruction la demande de titre de séjour ainsi enregistrée, dont le dossier a nécessairement été considéré comme complet au regard des exigences du code précité, d'autre part, son refus de délivrer le récépissé prévu par les dispositions précitées de l'article R. 431-12 du même code. Il s'ensuit qu'il existe une décision administrative de refus à l'exécution de laquelle la mesure sollicitée par la requérante, tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un récépissé, ferait obstacle. Ceci ne préjuge toutefois pas de la suite qui sera donnée par le service instructeur à sa demande de délivrance d'un récépissé, une fois réceptionnés les éléments et documents nécessaires à l'examen complet de son dossier et de sa situation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, tendant à ce qu'il soit enjoint sous astreinte au préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, de lui fixer un rendez-vous pour l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et, d'autre part, de lui remettre un récépissé à l'issue de ce rendez-vous, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 28 octobre 2022.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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