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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205039

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205039

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205039
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantLAVILLE COLLOMB

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2205039 les 4 octobre 2022 et 8 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Laville Collomb, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Finistère a refusé de lui délivrer une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement " ;

2°) de lui reconnaître le droit au bénéfice d'une telle carte pour une durée de deux ans, et d'enjoindre au président du conseil départemental du Finistère de la lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département du Finistère, au profit de Me Laville, la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) à défaut, de mettre à la charge du département du Finistère cette même somme, à son profit, sur le fondement de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Il soutient que :

- il demande à être accompagné par des membres de sa famille pour aller faire ses courses ;

- il ne peut rester debout plus de deux heures consécutives ;

- hospitalisé d'urgence au mois de juin 2023 en raison d'une embolie pulmonaire et placé en unité de réanimation, son état de santé s'est notablement dégradé : il demeure sous traitement antalgique, ne peut rester debout sans aide et se déplace hors de chez lui systématiquement avec un déambulateur et accompagné d'un tiers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le président du conseil départemental du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le tribunal n'est pas compétent pour connaître de conclusions dirigées contre une décision relative à la prestation de compensation du handicap de la compétence exclusive du juge judiciaire ;

- M. A ne remplit aucune des conditions requises pour la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement ".

II. Par une ordonnance du 5 décembre 2022, enregistrée le 21 janvier 2023, le tribunal judiciaire de Quimper transmet au tribunal la requête par laquelle M. B A demande l'annulation de la décision du président du conseil départemental du Finistère en date du 4 août 2022 portant refus de délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement ".

Il soulève les mêmes moyens, fait valoir les mêmes arguments, et produits les mêmes éléments que dans sa requête enregistrée sous le n° 2205039 le 4 octobre 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2023 le président du conseil départemental du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient les mêmes moyens, fait valoir les mêmes arguments, et produit les mêmes éléments que dans son mémoire enregistré le 15 décembre 2022 dans l'instance n° 2205039.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 30 mars 2023.

Vu les autres pièces des deux dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- l'arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- les explications de Me Laville Collomb représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les éléments produits par M. A et enregistrés sous le n° 2300403 constituent en réalité un double de la requête enregistrée sous le n° 2205039. Par suite, ces documents doivent être rayés du registre du greffe du tribunal et joints à l'instance n° 2205039.

2. Le requérant demande au tribunal d'annuler la décision du 4 août 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Finistère a refusé de lui délivrer une carte " mobilité inclusion " portant la mention " stationnement ".

3. D'une part, aux termes de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " La carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3° du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée () / 3° La mention "stationnement pour personnes handicapées" est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements () ". Aux termes du IV de l'article R. 241-12-1 du même code : " Pour l'attribution de la mention "stationnement pour personnes handicapées", un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur ".

4. D'autre part, l'annexe à l'arrêté du 3 janvier 2017 prévoit que : " 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied : / La capacité et l'autonomie de déplacement à pied s'apprécient à partir de l'activité relative aux déplacements à l'extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : / - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou / - la personne a systématiquement recours à l'une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : / - une aide humaine ; / - une prothèse de membre inférieur ; / - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l'aide d'un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; / - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d'attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu'elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou / - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l'accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : / Ce critère concerne les personnes atteintes d'une altération d'une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu'elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. / Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. / La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. / Concernant les enfants, il convient de faire référence à un enfant du même âge sans déficience. / S'agissant des personnes présentant une déficience sensorielle, l'accompagnement doit être nécessaire pour effectuer le déplacement lui-même et s'imposer par le risque d'une mise en danger. Cette condition n'est habituellement pas remplie pour une personne qui présente une déficience auditive isolée. / 3. Dispositions communes : La réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied ou le besoin d'accompagnement doit être définitif ou d'une durée prévisible d'au moins un an pour attribuer la mention " stationnement pour personnes handicapées " de la carte mobilité inclusion ou la carte de stationnement pour personnes handicapées. Il n'est cependant pas nécessaire que l'état de la personne soit stabilisé. / Lorsque les troubles à l'origine des difficultés de déplacement ont un caractère évolutif, la durée d'attribution de cette carte tient compte de l'évolutivité potentielle de ceux-ci ".

5. En l'espèce, le département du Finistère produit le certificat médical établi le 11 octobre 2021 par le médecin généraliste ayant ausculté M. A préalablement à sa demande de carte " mobilité inclusion " mention " stationnement ", lequel indique que, s'il souffre de douleurs chroniques aux membres supérieurs et qu'il est notamment " sous morphine au long cours ", le requérant marche cependant sans difficulté et sans aucune aide, n'est équipé d'aucun appareillage, ne souffre d'aucun ralentissement, n'a pas besoin de pauses, ne précise en conséquence aucun périmètre de marche, et considère stable la " perspective d'évolution globale " de l'état de santé de l'intéressé. Si celui-ci verse toutefois une prescription médicale pour un déambulateur en date du 23 mars 2023, ainsi que trois attestations, la première datée du 12 juin 2023, la deuxième étant non datée et incomplète, la troisième en date du 26 août 2023, par lesquelles leur rédacteur témoigne notamment de l'utilisation par le requérant d'un déambulateur et de ses difficultés à marcher, à la suite de son hospitalisation au centre hospitalier de Quimper au mois de mars 2023, ces éléments ne sauraient toutefois établir, au sens des dispositions précitées, que la réduction de la capacité et de l'autonomie de déplacement à pied de M. A serait " définiti [ve] ou d'une durée prévisible d'au moins un an ". Enfin, si

M. A soutient qu'il ne peut rester debout sans aide et qu'il se déplace hors de chez lui systématiquement accompagné d'un tiers, il ne l'établit par aucun élément probant. Par suite, sans méconnaître les difficultés propres à son état de santé, l'intéressé ne saurait être regardé comme remplissant, à ce jour, l'une des conditions requises pour la délivrance d'une carte " mobilité inclusion " portant la mention stationnement. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 août 2022.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titres des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Les productions enregistrées sous le n° 2300403 seront rayées du registre du greffe du tribunal pour être jointes à l'instance n° 2205039.

Article 2 : La requête n° 2205039 de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au président du conseil départemental du Finistère et à Me Laville Collomb.

Copie en sera adressée, pour information, à la maison départementale des personnes handicapées du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2205039

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