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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205079

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205079

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205079
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D' AVOCATS ARTOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 octobre 2022 et 23 février 2023, M. D E, représenté par Me Padovani, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2019 et 2020, à raison des revenus tirés de son activité professionnelle salariée, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il remplissait au cours des deux années en litige l'ensemble des conditions pour bénéficier de l'exonération prévue à l'article 81A du code général des impôts ; il a signé un contrat avec la société TechnipFMC, basée à Singapour, mais ses relations avec cette société sont limitées à l'émission du contrat de travail et des fiches de paie, cette société ayant pour unique objet de domicilier les contrats de ses employés ; la société TOMS (Technip Offshore Manning Services) basée en Ecosse est son interlocutrice directe, dont il reçoit des ordres ; l'administration a admis qu'il remplit les conditions tenant au secteur d'activité et à la durée d'exercice de l'activité salariée à l'étranger ;

- la notion d'employeur a été définie par la réponse ministérielle " B ", JO AN 26 novembre 2019, la réponse ministérielle " C ", JO Sénat 9 janvier 2020, et par le point 110 du BOI-RSA-GEO-10-10 ; pour déterminer le lieu d'établissement de l'employeur, il convient de privilégier l'existence d'un lien de subordination ;

- en l'espèce, il n'existe aucun lien de subordination entre la société TechnipFMC et lui ; il n'a d'échanges concernant l'organisation de son travail et notamment la planification de ses journées et déplacements et l'envoi en mission qu'avec la société TOMS, à laquelle il doit rendre des comptes et demander ses congés ; seule la société TOMS peut prendre la décision de rompre son contrat de travail ; son donneur d'ordre direct est un coordonnateur de navire situé dans la succursale basée en Ecosse et toutes les questions relatives à sa paie sont gérées par la société TOMS en Ecosse ; le contrat de travail ne pose qu'un cadre général de travail, le poste devant être occupé étant décrit par les lettres de mission ; les différents contrats sont signés électroniquement ; les modalités de rémunération et le temps de travail ne sont pas négociés, la rémunération étant fixée par des barèmes en fonction du poste et une fois en mission ; le temps de travail suit le schéma classique à ce milieu ; la société TOMS exerce un pouvoir de contrôle sur ses salariés.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 décembre 2022 et 26 septembre 2024, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il oppose aux conclusions présentées au titre de l'année 2019 une fin de non-recevoir tirée de ce que la réclamation préalable présentée par M. E ne visait pas l'impôt sur le revenu de l'année 2019 et soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, qui réside fiscalement en France, a souscrit au titre des années 2019 et 2020 des déclarations de revenus sur lesquelles il a mentionné avoir perçu durant ces deux années des salaires tirés d'une activité professionnelle de superviseur de construction offshore exercée à l'étranger sur des sites de gisement d'hydrocarbures pour le compte d'une société singapourienne. Ces revenus ont donc été soumis à l'impôt sur le revenu. Il a toutefois présenté, le 14 janvier 2022, une réclamation contestant l'imposition de ces sommes au motif qu'il remplissait les conditions d'application du régime d'exonération prévu à l'article 81 A du code général des impôts. L'administration ayant rejeté cette réclamation par une décision du 9 août 2022, M. E a introduit la requête visée ci-dessus dans laquelle il réaffirme être en droit de bénéficier de cette exonération.

Sur les conclusions tendant à la décharge des impositions en litige :

2. Aux termes de l'article 81 A du code général des impôts : " I. - Les personnes domiciliées en France au sens de l'article 4 B qui exercent une activité salariée et sont envoyées par un employeur dans un Etat autre que la France et que celui du lieu d'établissement de cet employeur peuvent bénéficier d'une exonération d'impôt sur le revenu à raison des salaires perçus en rémunération de l'activité exercée dans l'État où elles sont envoyées. / L'employeur doit être établi en France ou dans un autre État membre de l'Union européenne, ou dans un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative en vue de lutter contre la fraude et l'évasion fiscales. / L'exonération d'impôt sur le revenu mentionnée au premier alinéa est accordée si les personnes justifient remplir l'une des conditions suivantes : / 1° Avoir été effectivement soumises, sur les rémunérations en cause, à un impôt sur le revenu dans l'État où s'exerce leur activité et sous réserve que cet impôt soit au moins égal aux deux tiers de celui qu'elles auraient à supporter en France sur la même base d'imposition ; / 2° Avoir exercé l'activité salariée dans les conditions mentionnées aux premier et deuxième alinéas : / - soit pendant une durée supérieure à cent quatre-vingt-trois jours au cours d'une période de douze mois consécutifs lorsqu'elle se rapporte aux domaines suivants : / a) Chantiers de construction ou de montage, installation d'ensembles industriels, leur mise en route, leur exploitation et l'ingénierie y afférente ; / b) Recherche ou extraction de ressources naturelles ; / c) Navigation à bord de navires armés au commerce et immatriculés au registre international français, / - soit pendant une durée supérieure à cent vingt jours au cours d'une période de douze mois consécutifs lorsqu'elle se rapporte à des activités de prospection commerciale. / Les dispositions du 2° ne s'appliquent ni aux travailleurs frontaliers ni aux agents de la fonction publique. / () ".

3. Pour l'application de ces dispositions, la circonstance qu'une personne ayant son domicile fiscal en France soit formellement liée par un contrat de travail avec une société établie, tout à la fois, hors de France, d'un autre État membre de l'Union européenne et d'un autre État membre de l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative ne suffit pas, à elle seule, à exclure que cette personne puisse se trouver dans une relation de subordination à l'égard d'un employeur établi en France, dans un autre État membre de l'Union européenne ou dans un autre État membre de l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative. Dans une telle hypothèse, il appartient au juge de l'impôt, saisi d'une argumentation en ce sens, de rechercher si, compte tenu des circonstances particulières de l'espèce et des justifications produites par le salarié, celui-ci peut être regardé comme ayant été envoyé, pour l'exercice de son activité salariée, par un employeur établi en France, au sein d'un État membre de l'Union européenne ou d'un autre État membre de l'Espace économique européen ayant conclu avec la France une convention d'assistance administrative, dans un État autre que la France et que celui du lieu d'établissement de cet employeur et, par suite, comme relevant du champ d'application de l'exonération prévue au I de l'article 81 A du code général des impôts.

4. Pour l'application des dispositions de l'article 81 A du code général des impôts, la durée totale d'activité à l'étranger comprend notamment les congés payés et les congés de récupération auxquels donne droit la réalisation de la mission confiée au salarié par son employeur, quel que soit le lieu dans lequel ces congés sont effectivement pris.

5. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédure fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ". Les impositions en litige étant des impositions primitives établies conformément aux déclarations de M. E, celui-ci supporte la charge de la preuve dans le cadre de la présente instance.

En ce qui concerne la cotisation d'impôt sur le revenu mise à la charge de M. E au titre de l'année 2019 :

6. Si la décision du 9 août 2022 rejetant la réclamation préalable de M. E vise les années 2019 et 2020 et indique que pour ces deux années la condition tenant au champ d'activité et celle tenant à la durée supérieure à cent quatre-vingt-trois jours au cours d'une période de douze mois consécutifs sont remplies, l'administration qui peut, à tout moment de la procédure, invoquer un moyen nouveau justifiant l'imposition en litige, souligne que dans sa réclamation du 14 janvier 2022, M. E a précisé remplir la condition relative à la durée uniquement au titre des années 2017 et 2020, et non s'agissant de l'année 2019. Or, M. E, qui conteste la portée ainsi conférée par l'administration aux termes de sa réclamation, qui apparaît pourtant conforme à sa lettre, ne produit aucun élément justifiant de ce qu'il aurait rempli cette condition au titre de l'année 2019, alors que, pour sa part, l'administration produit une attestation, apparemment jointe à la réclamation du contribuable, établie le 27 février 2022 à entête de la société TechnipFMC retraçant notamment les périodes durant lesquelles M. E a travaillé à l'étranger et indiquant pour l'année 2019 des périodes dont la durée totale est inférieure à cent quatre-vingt-quatre jours, notamment en raison d'une longue période du 28 janvier 2019 au 17 juillet 2019, soit cent-quatre-vingt-treize jours, durant laquelle M. E a été en congé maladie non rémunéré, alors que sa précédente mission s'était achevée le 8 janvier 2019. Par suite, M. E, qui n'établit ni même soutient que ce congé serait dû à un accident du travail survenu lors d'une mission à l'étranger ou à une maladie consécutive à une telle mission, ne démontre pas qu'il remplissait au titre de l'année 2019, l'ensemble des conditions d'éligibilité au régime d'exonération prévu à l'article 81 A du code général des impôts et les conclusions tendant à la décharge de l'imposition primitive établie conformément à la déclaration de revenus souscrite par lui au titre de l'année 2019, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir qui est opposée par l'administration.

En ce qui concerne la cotisation d'impôt sur le revenu mise à la charge de M. E au titre de l'année 2020 :

S'agissant de la loi fiscale :

7. M. E soutient que la société TechnipFMC, avec laquelle il a signé un contrat de travail, n'est qu'un bureau ou une boîte aux lettres, ayant pour unique objet de domicilier à Singapour les contrats de travail des personnels offshore du groupe auquel elle appartient et qu'il était dans un lien de subordination à l'égard de la société Technip Offshore Manning Services (TOMS) basée en Ecosse qui était son interlocutrice et doit être regardée comme sa donneuse d'ordre. Toutefois il produit uniquement un contrat de services fixant les conditions générales pour les entrepreneurs de construction à tarif journalier conclu le 14 septembre 2018, avec une entreprise singapourienne dont la dénomination sociale est, non pas TechnipFMC, mais Technip Singapore PTE Ltd. Ce contrat parvenait à son terme le 31 octobre 2019 et ne peut donc justifier des modalités selon lesquelles M. E a travaillé en 2020. Aucun bulletin de paie relatif à l'année 2020 n'a été produit et les deux courriels joints au mémoire complémentaire du requérant, l'un du 5 décembre 2018, relatif à une réorganisation du département des services du personnel offshore de la société TOMS, l'autre du 24 novembre 2021, annonçant une téléconférence sur Microsoft teams au sujet de problèmes de qualité rencontrés par la société TechnipFMC, ne permettent pas d'établir l'existence d'un quelconque lien de subordination entre M. E et la société TOMS ou une autre société établie dans la zone géographique définie par l'article 81 A du code général des impôts. Par suite, les conclusions tendant à la décharge de l'imposition primitive établie conformément à la déclaration de revenus souscrite par le requérant au titre de l'année 2020, doivent également être rejetées sur le terrain de la loi.

S'agissant de l'interprétation de la loi fiscale par l'administration :

8. La réponse ministérielle au député M. A B (question n° 20309, publiée au JO AN du 26 novembre 2019 p. 10290), la réponse ministérielle à la sénatrice Mme F C (question n° 10699, publiée au JO Sénat du 9 janvier 2020 p. 128) ainsi que les points 90 et suivants de l'extrait du Bulletin officiel des Finances Publiques-Impôts publié le 10 juin 2013 sous l'identifiant juridique BOI-RSA-GEO-10-10, ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale dérogeant à l'application qui en est faite au point précédent. Par suite, ces textes ne peuvent, en tout état de cause, être valablement opposés à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée.

Sur les frais d'instance :

10. L'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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