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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205081

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205081

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205081
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 octobre 2022 et 17 octobre 2024, M. et Mme C et B A, représentés par Me Hery, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les sociétés civiles immobilières au sein desquelles ils ont investi se sont engagées définitivement sur l'affectation du montant des souscriptions à leur capital et ont ainsi respecté les conditions posées par le IV de l'article 199 undecies C du code général des impôts ; les stipulations contractuelles mettent en évidence cet engagement ferme et définitif dès le 2 septembre 2015 ; les articles 8 et 9 de la convention de maîtrise d'ouvrage déléguée comportent un mandat de recherche et d'acquisition de terrain et prévoient le versement immédiat au maître d'ouvrage délégué d'un montant équivalent à 36 % du prix convenu, et celui-ci avait une obligation de résultat de réaliser les villas ; les documents comptables produits confirment ces engagements ; les tribunaux administratifs de Versailles, de Poitiers et de Nancy ont considéré que la signature d'un contrat de maîtrise d'ouvrage déléguée, dont la portée est plus large que la seule maîtrise d'œuvre démontre la réalisation d'un investissement et d'une affectation effective des souscriptions pour la réalisation et la construction de logements ;

- l'administration confond l'investissement et le résultat de l'investissement, l'investissement a bien été réalisé dans le délai de 18 mois à compter de la date de souscription, même si la construction des villas n'est intervenue que postérieurement à l'expiration de ce délai ; la date à laquelle l'investissement a été réalisé doit être appréciée exclusivement au niveau des SCI ;

- la notion d'investissement figurant à l'article 199 undecies C est floue et génère une insécurité juridique et ils ont pu retenir l'interprétation qui leur semblait la plus cohérente et qui est conforme à celle retenue dans le cadre d'autres dispositifs de " défiscalisation immobilière " ; l'interprétation retenue par l'administration est trop restrictive et est purement opportuniste.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 novembre 2022 et le 14 novembre 2024, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. et Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont souscrit, le 31 décembre 2014, à hauteur de 3,03 %, au capital de quatre sociétés civiles immobilières (SCI), la SCI Cannelier LS, la SCI Citronnier LS, la SCI Cananga LS et la SCI Cocotier LS, créées afin d'acquérir des terrains à la Martinique et d'y faire construire des logements sociaux. En raison de cette souscription, ils ont obtenu au titre des revenus de l'année 2014, une réduction d'impôt, en application de l'article 199 undecies C du code général des impôts. À l'issue d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal, l'administration leur a adressé, le 29 novembre 2019, une proposition de rectification les informant, selon la procédure contradictoire, de la remise en cause de cette réduction d'impôt au titre de l'année 2016, au motif que l'investissement envisagé n'avait pas été intégralement réalisé dans les dix-huit mois de la souscription au capital de ces SCI, soit au plus tard le 30 juin 2016. M. et Mme A ont présenté des observations le 14 janvier 2020, auxquelles l'administration a répondu le 5 janvier 2021 en maintenant la rectification notifiée. Après la mise en recouvrement de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, M. et Mme A ont déposé des réclamations les 3 juin 2021 et 9 avril 2022, qui ont été rejetées par l'administration, s'agissant de la seconde par une décision du 24 août 2022. Dans le cadre de la présente instance, les requérants font valoir que l'investissement leur ouvrant droit à la réduction en litige a été réalisé antérieurement au 30 juin 2016, par la conclusion, le 2 septembre 2015, par les quatre SCI dont ils détiennent des parts sociales, d'une convention intitulée " convention de maîtrise d'ouvrage déléguée et mandat de recherche et d'acquisition de terrain " avec la société Procodom.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 199 undecies C du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au titre de l'année 2014 : " I. - Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison de l'acquisition ou de la construction de logements neufs dans les départements d'outre-mer (). / IV. - La réduction d'impôt est également acquise au titre des investissements réalisés par une société civile de placement immobilier régie par les articles L. 214-114 et suivants du code monétaire et financier ou par toute autre société mentionnée à l'article 8 du présent code, à l'exclusion des sociétés en participation, dont les parts ou les actions sont détenues, directement ou par l'intermédiaire d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, par des contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B, dont la quote-part du revenu de la société est soumise en leur nom à l'impôt sur le revenu () . Dans ce cas, la réduction d'impôt est pratiquée par les associés ou membres dans une proportion correspondant à leurs droits dans la société au titre de l'année au cours de laquelle les parts ou actions sont souscrites. Lorsque l'investissement revêt la forme de la construction d'un immeuble ou de l'acquisition d'un immeuble à construire, la réduction d'impôt ne s'applique que si la société qui réalise l'investissement s'engage à achever les fondations de l'immeuble dans les deux ans qui suivent la clôture de la souscription et à achever l'immeuble dans les deux ans qui suivent la date d'achèvement des fondations. / () / (.). Le produit de la souscription doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci. / V. - La réduction d'impôt fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle : / 1° Les conditions mentionnées au I ou, le cas échéant, au IV ne sont pas respectées () ".

3. Il résulte de ces dispositions, lesquelles, compte tenu de leur caractère dérogatoire, doivent recevoir une interprétation stricte, que la réduction d'impôt sur le revenu qu'elles prévoient porte sur l'acquisition ou la construction de logements neufs dans les départements d'outre-mer. Cette réduction d'impôt peut être acquise, en particulier, au titre des investissements réalisés par une société mentionnée à l'article 8 du code général des impôts, dont le contribuable a acquis des titres en pleine propriété. Dans ce cas, le produit de la souscription de ces titres doit être intégralement investi dans les dix-huit mois qui suivent la clôture de celle-ci. Dans tous les cas, l'investissement ne peut que revêtir la forme de la construction ou de l'acquisition d'un immeuble d'habitation.

4. N'est pas assimilable à un tel investissement la conclusion, par la société au capital de laquelle le contribuable a souscrit, agissant en qualité de maître d'ouvrage, d'un contrat de délégation de maîtrise d'ouvrage, lequel a pour objet de donner mandat au maître d'ouvrage délégué en vue de conclure au nom et pour le compte du maître de l'ouvrage les actes juridiques nécessaires à la réalisation d'une opération immobilière ou de travaux de construction nommément définis sans avoir lui-même le caractère de tels actes. Ne constitue, par ailleurs, pas l'investissement mentionné au point précédent le transfert de fonds ferme et définitif au profit du maître d'ouvrage délégué, quand bien même ce transfert de fonds serait la condition matérielle nécessaire à l'exécution des actes précités.

5. L'administration a remis en cause le bénéfice de la réduction d'impôt dont M. et Mme A ont bénéficié et procéder à sa reprise au titre de l'année 2016, au motif que les SCI " Canneliers ", " Citronniers ", " Cananga " et " Cocotier " n'avaient pas investi le produit de la souscription à leur capital dans le logement social dans le délai de dix-huit mois suivant la clôture de celle-ci, soit avant le 30 juin 2016.

6. À l'appui des conclusions de leurs requêtes, M. et Mme A soutiennent que la condition relative à la réalisation d'un investissement dans le délai de dix-huit mois, énoncée au dernier alinéa du IV de l'article 199 undecies C du code général des impôts, a été satisfaite dès lors que les SCI " Canneliers ", " Citronniers ", " Cananga " et " Cocotier " ont, chacune, conclu, le 2 septembre 2015, avec la société Procodom, un contrat intitulé " convention de maîtrise d'ouvrage déléguée et mandat de recherche et d'acquisition de terrain ". Ils soulignent que, par ces contrats, aux stipulations identiques, ces SCI ont donné à la société Procodom, maître d'ouvrage délégué, " mandat ferme et irrévocable () de faire procéder pour le compte du maître de l'ouvrage et aux délais et prix convenus, à la recherche d'un terrain, à son acquisition et à la réalisation sur ce dernier des travaux " consistant en la création d'un logement de type F4 dont les caractéristiques sont définies par les " plans et descriptifs annexés " à ces conventions et qu'en contrepartie, les SCI se sont engagées à verser à la société Procodom un prix " global, forfaitaire, ferme et définitif " de 250 000 euros selon un échéancier défini par l'article VIII des contrats, dont 34 %, soit un montant de 90 0000 euros, représentant plus de 95 % de la souscription au capital de chacune des SCI, a été versé à la signature de chacun de ces contrats. Enfin ils citent également l'article IX des contrats, aux termes duquel " le maître d'ouvrage délégué a pris la décision irrévocable de réaliser la villa de type F4 pour le compte du maître de l'ouvrage et en a défini les caractéristiques conformément aux prescriptions de celui-ci qui s'engage de manière définitive dans le cadre de la présente " et font valoir qu'il est ainsi incontestable que les SCI se sont engagées dès la signature de ces conventions, soit le 2 septembre 2015, de façon définitive sur l'usage des sommes recueillies lors de la souscription à leur capital.

7. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, ni la conclusion de ces contrats de maîtrise d'ouvrage déléguée, ni le versement, en exécution de tels contrats, de la somme de 90 000 euros par chaque SCI au profit de la société Procodom, dont au demeurant la matérialité est valablement contestée par l'administration qui établit qu'il n'en a pas été tenu compte lors de la souscription par cette société de sa déclaration de résultat de l'exercice clos en 2015, ne présentent le caractère d'un investissement revêtant la forme de la construction ou de l'acquisition d'un immeuble d'habitation, au sens de l'article 199 undecies C du code général des impôts. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que la société Procodom, agissant en qualité de mandataire des SCI, ou celles-ci, agissant en leur nom propre, aient conclu, dans le délai de dix-huit mois fixé par le dernier alinéa du IV de l'article 199 undecies C, des actes juridiques ayant pour objet soit la réalisation directe, par leur cocontractant, d'une opération immobilière ou de travaux de construction soit l'acquisition, avec effet immédiat ou à terme, d'un bien immobilier. Enfin, et au surplus, si des contrats de vente à terme ont été conclus, postérieurement au délai de dix-huit mois précité, pour l'acquisition des logements en cause, la société Procodom, n'était pas partie à ces contrats conclus entre les SCI et une société civile de construction vente. Dès lors, c'est à bon droit que, relevant que la condition fixée par le dernier alinéa du IV de l'article 199 undecies C n'était toujours pas remplie au terme du délai de 18 mois qu'elle prévoit, soit en 2016, l'administration a remis en cause, au titre de cette année, le bénéfice de la réduction d'impôt dont avaient bénéficié M. et Mme A.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de M. et Mme A, y compris la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et B A et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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