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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205329

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205329

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205329
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantDESHORMEAUX-DANIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 19 octobre 2022, 3 janvier 2023, 9 juin 2023, 11 février 2024 et 14 août 2024, M. A B, représenté par Me Voisin, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler la décision du 28 février 2022 par laquelle le président du conseil départemental du Finistère a confirmé la créance de revenu de solidarité active (RSA) mise à sa charge pour un montant de 11 897,54 euros pour la période comprise entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2021 ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 26 septembre 2022 par laquelle cette autorité a rejeté sa demande tendant à la remise gracieuse de cette créance ;

4°) d'enjoindre au conseil départemental du Finistère de lui accorder une remise gracieuse totale de sa dette, sous un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge du conseil départemental du Finistère la somme de 1 200 euros, à verser à Me Voisin à la condition que celui-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a bien informé la CAF de son projet de suivre une formation de pilote de ligne dont il a obtenu le diplôme le 20 février 2021 et ses séjours réguliers à l'étranger ont été effectués dans le cadre de cette formation ;

- il ne s'est pas absenté de France, durant cette période de deux ans et demi, plus de 225 jours au total ;

- le département n'établit pas son absence de France sur l'ensemble des périodes évoquées dans le rapport d'enquête de la CAF et qu'il se serait installé de manière stable et permanente en Lituanie ou en Espagne ;

- il ne saurait être regardé comme n'ayant pas eu sa résidence stable et effective en France au sens des dispositions du code de l'action sociale et des familles ;

- les sommes qu'il a reçues de sa mère, pour un montant qui ne dépasse pas 45 000 euros au titre d'une avance sur héritage, ainsi que les autres sommes constatées par la CAF, qui ne sont pas des salaires mais des dommages et intérêts et des arriérés de solde dus à la suite du contentieux l'opposant à son ancien employeur, ne sauraient être considérées comme des revenus professionnels ni comme des revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ; ces ressources lui ont servi à financer sa formation ;

- son recours étant suspensif, la mise en demeure et l'avis de saisie à tiers détenteur en litige ne sont pas réguliers ;

- il n'a jamais renseigné de fausses déclarations, a toujours été de bonne foi, et n'est pas en mesure de renseigner sa dette.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 26 mai 2023, 28 juin 2023 et

2 juillet 2024, le président du conseil départemental du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- si les services du département ont bien informé ceux de la paierie départementale du recours contentieux de M. B, force est de constater que les formalités requises n'ont par été appliquées en conséquence et que les actes de poursuite en litige ont été établis et adressés au requérant, lesquels sont toutefois restés sans conséquence puisque l'intéressé n'a à ce jour versé aucune somme en remboursement de sa créance.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2022.

Les parties ont été régulièrement informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la mise en demeure du 8 juin 2022 et contre la notification de saisie administrative à tiers détenteur du 8 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n'étant présente.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Allocataire du RSA à la suite d'une demande du 8 mai 2019, M. B a fait l'objet d'un contrôle de sa situation à l'issue duquel la CAF du Finistère a estimé qu'il n'avait pas sa résidence stable et effective en France. Par suite, la CAF a modifié ses droits en conséquence et lui a notifié, par une décision du 10 janvier 2022, une créance de RSA d'un montant de 11 897,54 euros pour la période comprise entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2021 que le président du conseil départemental du Finistère a confirmé par une décision du 28 février 2022, lequel a par ailleurs refusé d'en accorder la remise gracieuse à M. B par une décision du 26 septembre 2022. Le requérant demande, à titre principal, l'annulation de la décision du 28 février 2022 et, à titre subsidiaire, l'annulation de la décision du 26 septembre 2022.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 décembre 2022, il n'y a plus lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 28 février 2022 :

3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et de familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-4-2 du même code : " Les conditions mentionnées aux articles L. 262-2 et L. 262-4 doivent être remplies par le bénéficiaire () le mois du droit ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

5. En l'espèce, il ressort du rapport d'enquête de la CAF établi le 29 octobre 2021 à la suite du contrôle de sa situation que M. B a été absent de France 569 jours, soit 19 mois, durant la période comprise entre le 1er août 2018 et le 26 avril 2021, soit 839 jours représentant 28 mois. Si le requérant justifie son absence par la formation de pilote de ligne suivie essentiellement en Lituanie et en Espagne, outre l'Estonie, la Hongrie, la Pologne, l'Autriche, l'Italie, et l'Allemagne, et dont le diplôme lui a été délivré le 20 février 2021, et qu'il justifie par ailleurs avoir informé la CAF de cette formation lors de son " entretien d'orientation RSA " du 5 septembre 2019, il n'établit cependant pas avoir avisé son organisme gestionnaire que cette formation se déroulait à l'étranger et que la CAF lui aurait alors, dans le cadre du dispositif RSA, donné son accord. Si M. B soutient par ailleurs qu'il serait fiscalement domicilié en France, l'intéressé se borne toutefois à produire des documents fiscaux en dates des 14 avril 2022, 8 juillet 2022, et 20 avril 2023 indiquant tous une adresse d'imposition en France " au 01/01/2022 ". Par suite, ces éléments, qui portent sur une période ultérieure à celle de l'indu en litige, sont dépourvus de toute valeur probante. Par ailleurs, M. B soutient que son compte bancaire serait également domicilié en France. Toutefois, les seuls documents qu'il verse au débat ont été édités les 13 et 15 juillet 2022, les 5 et 11 août 2022 et le 10 novembre 2022, et portent également sur une période ultérieure à celle de l'indu contesté. Par suite, ces documents sont eux aussi, dépourvus de toute valeur probante s'agissant de la période litigieuse. Enfin, si l'intéressé soutient que ces deux enfants résideraient en France et qu'il aurait souscrit son abonnement Internet et de téléphonie en France, il ne l'établit là non plus par aucun élément.

6. Par suite, si le requérant soutient que le département n'apporterait pas la preuve de séjours continus, et ce en dépit des constations de l'agent assermenté de la CAF dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire en application des dispositions de l'article

L. 114-10 du code de la sécurité sociale, M. B n'apporte pour sa part aucun élément tendant à établir que la durée totale de ses séjours à l'étranger ainsi constatée aurait été surévaluée. Dès lors, l'intéressé doit être regardé comme n'ayant plus eu sa résidence stable et effective en France à compter du 1er août 2018 et comme ne disposant alors plus d'aucun droit au RSA en application des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à contester l'indu résultant de la régularisation de sa situation et à demander l'annulation de la décision du 28 février 2022, sans que les ressources perçues par lui en 2019 et 2020 et non déclarées au titre de son RSA ne puissent avoir une quelconque incidence sur cet indu qui trouve son origine exclusive dans l'absence de tout droit au RSA. En tout état de cause, et au surplus, il résulte de l'instruction que ces ressources ne sont pas de celles prévues par l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles qui dresse la liste des ressources exclues du calcul du RSA.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 septembre 2022 :

7. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ()

8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une telle remise.

9. En l'espèce, sans même qu'il soit besoin d'examiner si le requérant aurait de bonne foi omis d'informer la CAF de tous ses déplacements à l'étranger, M. B ne verse aucun élément susceptible d'établir qu'il ne serait pas en mesure, à la date du présent jugement, d'acquitter sa dette. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 septembre 2022.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au président du conseil départemental du Finistère et à Me Voisin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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