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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205409

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205409

mercredi 5 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205409
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS JURISDOMUS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de l'EURL Editheo, qui contestait un redressement fiscal au titre de l'impôt sur les sociétés pour 2018. La société demandait la décharge d'une cotisation supplémentaire et des pénalités, mais le tribunal a validé la position de l'administration fiscale. Il a considéré que la provision pour créance douteuse sur sa société mère était injustifiée, faute de justifier d'un risque de non-recouvrement réel à la clôture de l'exercice. Le tribunal a également confirmé la minoration d'actif pour des apports non justifiés et l'application de la majoration pour manquement délibéré, en se fondant sur les dispositions du code général des impôts.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 octobre 2022, 2 mars 2023, 4 et 13 décembre 2024 et 15 janvier 2025, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Editheo, représentée par Me Plumerault, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa créance sur sa société mère, la Holding de Guibourg, qui exerce au sein du groupe de sociétés dont elle fait partie un rôle de centrale de trésorerie, et avec laquelle elle a signé une convention de trésorerie, n'est pas fictive, alors même qu'une partie des fonds prêtés a transité par le compte bancaire de M. et Mme A ; elle pouvait ainsi comptabiliser une provision en raison du risque de non-recouvrement de cette créance, le bilan de la société Beep Saint Germain à laquelle les fonds prêtés à la Holding de Guibourg ont été prêtés par celle-ci présentant des capitaux propres négatifs lors de l'arrêté des comptes de l'exercice clos en 2018 ; la trésorerie prélevée sur l'EURL Editheo, qui a bénéficié à la société Beep Saint Germain pour financer son activité, a été clairement comptabilisée par la SC Holding de Guibourg et par la SARL Beep Saint Germain comme provenant d'un prêt de la SC Holding de Guibourg au profit de la SARL Beep Saint Germain ; si la position de l'administration devait être confirmée, l'inexistence de la créance provisionnée devra être constatée ce qui implique que l'actif net de la " SC Holding de Guibourd " doit être diminué à due concurrence et qui neutralise le rappel d'impôt constaté ;

- c'est à tort que l'administration estime qu'elle a minoré son actif ; les apports non-identifiés et non justifiés d'un montant de 33 533 euros constatés au compte ouvert au nom de la Holding de Guibourg au sein de l'EURL Editheo correspondent à des dépenses payées pour son compte et dans son intérêt par M. A qui est donc l'apporteur de ces sommes ;

- il n'y a pas eu d'appréhension irrégulière de bénéfice, ni d'enrichissement, les sommes prélevées au sein de l'EURL Editheo ayant été reversées à la société Beep Saint Germain ; M. et Mme A ont utilisé leur compte bancaire pour le compte de la Holding de Guibourg et les premiers résultats déficitaires de la société Beep Saint Germain justifiaient la provision constatée dans les comptes ; dès lors, les conditions d'application de la majoration pour manquement délibéré ne sont pas réunies.

Par quatre mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier 2023, 18 novembre 2024, 11 décembre 2024 et 14 janvier 2025, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par l'EURL Editheo n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,

- et les observations de Me Plumerault, représentant l'EURL Editheo.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Editheo a pour activité l'édition de livres et de calendriers. Son capital est totalement détenu par la société civile (SC) Holding de Guibourg, dont le capital est détenu à hauteur de 70 % par Mme C A, de 10 % par son époux M. B A, et de 10 % par chacun de leurs deux fils. La SC Holding de Guibourg détient également la totalité du capital de la société à responsabilité limitée (SARL) Beep Saint Germain qui exerce une activité de restauration rapide. En fin d'année 2020 et au début de l'année 2021, l'EURL Editheo a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 3 mai 2017 au 31 octobre 2019. À l'issue de ce contrôle, l'administration lui a notifié le 22 avril 2021 une proposition de rectification au titre de l'exercice clos le 31 octobre 2018, l'informant de son intention de remettre en cause la comptabilisation d'une provision d'un montant de 180 000 euros motivée par un risque de non-recouvrement d'une créance de 217 155 euros sur la SC Holding de Guibourg, de constater une minoration de l'actif net de 87 256 euros consécutivement à l'absence de justification de sommes comptabilisées comme des apports effectués par la SC Holding de Guibourg et de faire application de la majoration pour manquement délibéré. L'EURL Editheo a présenté des observations et, par la suite, a sollicité une entrevue avec le supérieur hiérarchique, puis avec l'interlocuteur départemental. Seule l'entrevue avec le supérieur hiérarchique lui a permis d'obtenir une modification des rectifications notifiées, l'administration ayant ramené à ce stade le chef de rectification relatif à la minoration de l'actif net à 33 533 euros après avoir pris en compte des justifications produites par la société. Une fois la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés de l'année 2018 ainsi que les pénalités, mises en recouvrement, l'EURL Editheo a présenté une réclamation le 6 juillet 2022, qui a été rejetée le 6 septembre 2022. Dans le cadre de la présente instance, la société conteste le bien-fondé des deux chefs de rectification qui viennent d'être évoqués, ainsi que l'application de la majoration pour manquement délibéré.

Sur les conclusions tendant à la décharge de l'imposition en litige :

2. L'administration fiscale a été informée par un juge d'instruction de l'existence d'une procédure pénale en cours mettant en cause M. et Mme A pour abus de biens sociaux au détriment de l'EURL Editheo et a obtenu de l'autorité judiciaire des éléments de cette procédure. Elle a également exercé le droit de communication qu'elle détient en vertu des articles L. 81 et suivants du livre des procédures fiscales auprès du Crédit Mutuel Arkéa de Rennes afin d'obtenir les copies des virements et chèques d'un montant supérieurs à 1 000 euros émis par l'EURL Editheo. Dans le cadre de la vérification de comptabilité de cette société, elle a constaté que le compte 451 - Groupe au nom de la SC Holding de Guibourg faisait apparaître un solde débiteur de 217 155 euros, alors que l'ensemble des écritures comptables à l'origine de ce solde résultait de mouvements (203 149 euros d'apports et 420 303 euros de prélèvements) étrangers à la SC Holding de Guibourg, mais provenant ou à destination des époux A. La vérificatrice a également constaté qu'aucun flux financier n'avait été réalisé entre l'EURL Editheo et la SC Holding de Guibourg sur la période du 3 mai 2017 au 31 octobre 2018. Elle a ainsi estimé que la comptabilisation de ces mouvements au compte 451- Groupe avait pour objet de masquer un compte courant débiteur au nom des époux A contrevenant aux dispositions de l'article L. 223-21 du code de commerce. L'administration a également constaté que les comptes de l'exercice clos en 2018 n'avaient pas été approuvés par le gérant nouvellement en fonction, lors de l'assemblée générale du 31 juillet 2019. La vérificatrice a, pour ces motifs, rejeté la comptabilité présentée et procédé à une reconstitution des comptes courants pour les exercices clos le 31 octobre 2018 et le 31 octobre 2019, à partir des apports et prélèvements effectivement réalisés par les sociétés du groupe et les associés. Elle a ainsi constaté qu'à la clôture de l'exercice 2018 le compte courant de la SC Holding de Guibourg aurait dû être, non pas débiteur de 217 155 euros, mais créditeur de 3 900 euros et qu'au titre de cet exercice, les époux A avaient effectué des prélèvements nets d'un montant de 295 554 euros. Au terme de la procédure d'imposition, l'origine de certains apports, d'un montant total de 33 533 euros, est restée injustifiée. Cette reconstitution a conduit l'administration à estimer, d'une part, que la provision pour créance douteuse d'un montant de 180 000 euros relative au solde débiteur du compte courant au nom de la SC Holding de Guilbourg était privée d'objet, ce compte courant présentant un solde positif matérialisant une dette de l'EURL Editheo au bénéficie de la société holding, et, d'autre part, que l'actif net de la société avait été minoré du montant des apports non justifiés.

En ce qui concerne la remise en cause de la provision :

3. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ".

4. Afin de justifier du bien-fondé de la provision litigieuse et donc de l'existence d'une créance de 217 155 euros détenue sur la SC Holding de Guibourg, l'EURL Editheo fait valoir que cette créance trouve son origine dans la convention de trésorerie, du 3 mai 2017, la liant à la SC Holding de Guibourg, laquelle exerce la fonction de centrale de trésorerie et a ainsi prêté les sommes prélevées sur sa trésorerie à une autre société du groupe, la société Beep Saint Germain, laquelle a une activité de restauration rapide. Elle indique que la provision a été constituée en raison du risque de non-recouvrement de cette créance, la société Beep Saint Germain présentant des capitaux propres négatifs, et soutient que si les comptes bancaires de M. et Mme A ont été utilisés pour réaliser ces opérations de trésorerie, M. et Mme A doivent être regardés comme de simples intermédiaires et ne se sont pas appropriés ces sommes pour un usage personnel. Toutefois, elle ne fait état, à l'appui de cette argumentation, d'aucun intérêt ou d'aucune raison au choix qui aurait ainsi été fait de faire transiter les sommes en cause par les comptes bancaires de M. et Mme A. Par ailleurs, alors que l'administration relève que le versement du montant de la créance provisionnée à la société Beep Saint Germain n'est pas établi, la société requérante se borne à faire valoir que les bilans des sociétés SC Holding de Guibourg et Beep Saint Germain retracent des apports effectués par la première de ces deux sociétés au bénéfice de la seconde, sans démontrer que ces apports proviennent des prélèvements effectués dans sa propre trésorerie. Par suite, l'administration a pu valablement regarder les prélèvements effectués par M. et Mme A comme des opérations réalisées pour leur propre compte et ainsi remettre en cause la créance sur la SC Holding de Guibourg comptabilisée à son compte courant et, par voie de conséquence, la provision inscrite en comptabilité en raison du risque de non-recouvrement de cette créance.

5. Si l'EURL Editheo fait valoir, à titre subsidiaire, qu'à la supposer établie, l'absence de créance sur la SC Holding de Guibourg devrait conduire à réduire de son montant son actif et que cette correction a pour effet de neutraliser ceux de la réintégration de la provision litigieuse, la rectification opérée ne remet pas en cause l'existence des prélèvements à l'origine de la créance détenue par cette EURL, mais uniquement l'identité de leur auteur et par suite du débiteur. Dès lors, l'EURL Editheo n'est pas fondée à soutenir que la rectification en litige aurait dû s'accompagner d'une rectification concomitante en neutralisant les effets.

En ce qui concerne les apports non justifiés :

6. La vérificatrice a constaté, à l'occasion de l'analyse du compte 451 " Holding de Guibourg ", qu'à hauteur de 87 256 euros, les apports attribués à la SC Holding de Guibourg, au titre de l'exercice clos en 2018, n'étaient pas justifiés et a, pour ce motif, remis en cause la déductibilité de la dette correspondante. Au stade du recours hiérarchique, l'EURL Editheo a produit des éléments justifiant de ces apports à hauteur de 53 723 euros. La société requérante soutient que le solde correspond à des charges afférentes à son activité, tels que des frais postaux, l'achat de fournitures de bureau ou l'acquisition de droits d'auteur, dont la déductibilité n'a pas été remise en cause par l'administration, et qui ont dû être effectivement payées par M. A. Toutefois, alors même qu'il s'agirait effectivement de charges exposées par elle dans le cadre de son activité, elle ne produit aucun élément justifiant de leur paiement par M. A et par suite de la cause juridique de la créance qui serait née au bénéfice de celui-ci. Elle n'apporte pas davantage d'explication à la comptabilisation de ces apports au compte courant de la SCI Holding de Guibourg. Par suite, elle ne conteste pas valablement cette rectification.

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

7. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ".

8. L'administration, à laquelle il incombe d'établir le bien-fondé des majorations d'imposition qu'elle applique, souligne, d'une part, la coïncidence entre le montant de la provision (180 000 euros) et le montant du résultat de l'exercice clos en 2018 avant la déduction de cette provision (172 383 euros) et fait valoir, d'autre part, que Mme A ne pouvait pas ignorer que la comptabilisation de la provision litigieuse masquait l'appréhension irrégulière des bénéfices de la société par son foyer fiscal. Elle relève également que le montant de la provision représente 41 % du chiffre d'affaires réalisé et qu'une provision comparable, d'un montant inférieur, mais représentant 70 % de son chiffre d'affaires a été comptabilisée au titre de l'exercice suivant, ce qui révèle une volonté d'éluder l'impôt. Le service fait également valoir que de nombreux apports, d'un montant en dernier lieu de 33 533 euros, ont été comptabilisés au nom de la SC Holding de Guibourg, alors même qu'il n'existait pas de flux financier entre l'EURL Editheo et sa société mère et que ces apports n'ont pas été justifiés. Pour contester ces arguments, qui démontrent que la société requérante a eu recours à une comptabilisation délibérément erronée de certaines opérations ayant pour effet de réduire son résultat imposable et qui sont ainsi de nature à justifier l'application de la majoration pour manquement délibéré, l'EURL Editheo fait valoir que M. et Mme A ne se sont pas enrichis personnellement, mais ont reversé les sommes prélevées à la société Beep Saint Germain et que l'unique objectif poursuivi était d'organiser une gestion centralisée de la trésorerie du groupe afin de permettre le début d'activité de cette dernière société. Toutefois, ainsi que cela a été relevé précédemment, le reversement des sommes prélevées par M. et Mme A à la société Beep Saint Germain n'est pas établi. Par ailleurs, la circonstance que M. et Mme A ne se seraient pas enrichis est sans influence sur l'appréciation qu'il convient de porter sur l'intention de l'EURL Editheo d'éluder son imposition. Par suite, l'administration doit être regardée comme justifiant l'application de la majoration de 40 % appliquée sur le fondement du a de l'article 1729 du code général des impôts.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de l'EURL Editheo tendant à la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018, ainsi que des pénalités correspondantes, doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'État n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Editheo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Editheo et au directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.

Le rapporteur,

signé

E. AlbouyLe président,

signé

T. Jouno

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique

en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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