lundi 13 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2205529 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
| Avocat requérant | GOVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 10 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Goven, demande au tribunal :
1°) d'enjoindre à Rennes Métropole d'exécuter la décision de la commission locale de l'habitat de Rennes Métropole du 15 mars 2022 la reconnaissant prioritaire et devant recevoir un logement d'urgence, sous astreinte, après ce délai, de 300 euros par mois de retard ;
2°) de mettre à la charge de Rennes Métropole le versement d'une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme B soutient que :
- par une décision du 15 mars 2022, la commission locale de l'habitat de Rennes Métropole l'a reconnu comme prioritaire et devant se voir attribuer un logement d'urgence ;
- se trouver dans l'incapacité de produire son avis d'imposition 2021 en raison de la perte par le centre des impôts de sa déclaration d'imposition effectuée le 13 mars 2022, Rennes Métropole en ayant été avisé par courrier le 13 octobre 2022 ;
- concernant les démarches pour convenir d'un entretien, le premier a été annulé par les services de Rennes Métropole, le second ayant été annulé par Mme B pour des raisons d'horaires, aucun autre entretien n'a été proposé depuis ;
- son départ du centre de réadaptation du Patis Fraux, le 9 juin 2022 fait suite à l'expiration de ses droits à la complémentaire, ne couvrant plus les frais d'hébergement ;
- son refus, de la proposition de logement effectuée en janvier 2022, par l'association pour l'insertion sociale 35 est justifié du fait que le logement proposé n'était pas adapté à sa situation de handicap, Mme B ne pouvant se déplacer qu'en fauteuil roulant à cette date et n'ayant retrouvé l'usage complet de ses jambes qu'au mois de mai 2022.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2022, Rennes Métropole conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le non relogement de Mme B lui est imputable car elle n'a pas transmis l'ensemble des documents nécessaires à l'examen de sa demande. Par la suite, plusieurs sollicitations des services de Rennes Métropole pour convenir d'un entretien avec Mme B ont été entreprises, aucune de ces démarches n'a abouti. Une proposition de logement a été faite à Mme B par l'Association pour l'Insertion Sociale 35 qui l'a refusé.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative, en particulier ses articles L. 778-1 et R. 778-1 à R. 778-7 ;
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Goven, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- et celles de Mme C, représentant Rennes Métropole.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " I.- Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / Le demandeur peut être assisté par les services sociaux, par un organisme bénéficiant de l'agrément relatif à l'ingénierie sociale, financière et technique prévu à l'article L. 365-3 ou par une association agréée de défense des personnes en situation d'exclusion. / Ce recours est ouvert à compter du 1er décembre 2008 aux personnes mentionnées au deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 et, à compter du 1er janvier 2012, aux demandeurs mentionnés au premier alinéa du même II. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du Gouvernement. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. Pour les seuls jugements prononcés après le 1er janvier 2016, le jugement prononçant l'astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive. / Le produit de l'astreinte est versé au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement, institué en application de l'article L. 300-2. / Pour les seules astreintes prononcées après le 1er janvier 2016, tant que l'astreinte n'est pas liquidée définitivement par le juge, le versement de l'astreinte au fonds est effectué deux fois par an, le premier versement devant intervenir à la fin du sixième mois qui suit le mois à compter duquel l'astreinte est due en application du jugement qui l'a prononcée. Toute astreinte versée en application du jugement la prononçant reste acquise au fonds. Lorsque l'astreinte a été liquidée définitivement, le versement du solde restant dû, le cas échéant, est effectué dans le mois qui suit la notification de la décision de liquidation définitive. ".
2. Les dispositions précitées, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable reconnu par le législateur. Il en résulte que l'administration est tenue de proposer à un demandeur reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable une offre de logement. Ces dispositions font obligation au juge d'adresser au préfet l'injonction qu'elles prévoient dès lors qu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation, que cette demande doit être satisfaite d'urgence et qu'un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités n'a pas été offert au demandeur.
3. Par une décision du 15 mars 2022, la commission locale de l'habitat a reconnu Mme B prioritaire pour recevoir un logement. Elle sollicite Archipel Habitat pour qu'un logement lui soit proposé, sous réserves de l'élargissement des communes par Mme B.
4. Si Mme B soutient qu'aucun logement ne lui a été attribué malgré le fait qu'elle ait élargi au maximum le champ des communes où elle pourrait être relogée, Rennes Métropole fait valoir que l'intéressée a refusé une proposition de logement faite en janvier 2022 émise par l'association pour l'insertion sociale 35. Toutefois, Mme B explique que son refus était justifié du fait que le logement proposé n'était pas adapté à cette date à sa situation de handicap, dès lors qu'elle ne pouvait se déplacer qu'en fauteuil roulant et qu'elle n'a retrouvé l'usage complet de ses jambes qu'au mois de mai 2022. Par ailleurs, si Rennes Métropole fait valoir que le retard pour reloger Mme B est dû principalement au comportement de l'intéressée qui n'a pas transmis au service Archipel Habitat l'ensemble des documents réclamés, Mme B conteste cette faute de comportement et déclare avoir informé Rennes Métropole par courrier du 13 octobre 2022 de son impossibilité de produire son avis d'imposition de 2021 en raison de la perte par le centre des impôts de sa déclaration d'imposition effectuée le 13 mars 2022. Si Rennes Métropole fait également valoir qu'Archipel Habitat a effectué des démarches en vain auprès de Mme B pour convenir d'un entretien pour évaluer au mieux ses besoins, la requérante explique toutefois que le premier entretien planifié le 28 octobre 2022 a été annulé par Archipel Habitat et que si effectivement elle a dû décliner le nouvel entretien qui lui a été proposé par Archipel Habitat le 4 novembre 2022, du fait qu'il était prévu trop tôt le matin compte tenu de sa situation de précarité où il lui fallait attendre pour aller se laver dans un gymnase, aucune démarche pour planifier un nouvel entretien n'a été entreprise depuis. Par suite, alors que le comportement de la requérante ne peut être regardé comme de nature à faire obstacle à son relogement et que Rennes Métropole ne contestant pas que l'urgence à reloger la requérante perdure, il y a lieu d'enjoindre à Rennes Métropole d'attribuer à Mme B un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, conformément à ce qui a été décidé par la commission locale de l'habitat, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances particulières de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Goven renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État de mettre à la charge de Rennes Métropole le versement à Me Goven de la somme de 800 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Il est enjoint à Rennes Métropole d'attribuer à Mme B un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, avant le 1er avril 2023.
Article 2 : Rennes Métropole fera connaître au Tribunal les suites données au présent jugement d'ici le 1er juin 2023.
Article 3 : Rennes Métropole versera à Me Goven une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que
Me Goven renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Rennes Métropole et au ministre délégué au Logement et à la Ville, auprès du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
G. DLa greffière,
Signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au ministre délégué au Logement et à la Ville, auprès du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026