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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205847

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205847

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205847
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantOUESLATI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. B contestant un avis de sommes à payer émis par le département d'Ille-et-Vilaine pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 2 414,35 euros. Le tribunal a jugé irrecevable la contestation du bien-fondé de la créance, car M. B n'avait pas contesté dans les délais la décision initiale de rejet de son recours administratif préalable. Il a également écarté les moyens relatifs à l'incompétence de l'auteur de l'acte, au défaut de motivation et à la prescription, en application des articles L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles et R. 421-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 17 novembre 2022, le tribunal administratif de Nîmes a, en application des articles R. 351-3, R. 312-1 et R. 221-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Rennes la requête de M. C B enregistrée le 1er novembre 2022.

Par cette requête, et un mémoire enregistré le 4 décembre 2023, M. B, représenté par Me Oueslati, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 27 septembre 2022 par le président du conseil départemental d'Ille-et-Vilaine pour le recouvrement du solde, d'un montant de 2 414,35 euros, d'une créance de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant initial de 3 190,35 euros pour la période comprise entre les mois de novembre 2019 et juin 2020 inclus ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge du département d'Ille-et-Vilaine la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est recevable à contester le bien-fondé de cette créance dès lors que :

* le département d'Ille-et-Vilaine ne justifie nullement de la date de notification de la décision du 15 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Vaucluse a rejeté le recours administratif préalable introduit à son encontre et n'établit pas davantage la date à laquelle il aurait pris connaissance de cette décision ;

* il a en tout état de cause introduit un tel recours préalable pour contester le principe même de cette créance et peut, par suite, en contester le bien-fondé devant la juridiction à l'appui d'un recours valablement introduit, dans les deux mois de recours contentieux, à l'encontre d'un avis des sommes à payer valant titre exécutoire ;

- cette créance n'est pas fondée dès lors qu'il s'est marié avec son épouse au Maroc le 4 septembre 2019, que celle-ci ne l'a rejoint en France qu'à compter du 18 décembre 2020 et qu'elle ne pouvait en conséquence être prise en compte dans la détermination de ses droits au RSA en application des dispositions des articles L. 262-4 et L. 262-5 du code de l'action sociale et des familles ;

- l'avis des sommes à payer en litige est par ailleurs entaché d'incompétence dès lors qu'il ne précise ni le nom, ni le prénom, ni la qualité de la personne l'ayant émis été signé ;

- il est de surcroît insuffisamment motivé dès lors que :

* les bases de liquidation de cette créance sont imprécises et de surcroît erronées ;

* il ne renvoie à aucun évènement de fait ou de droit, ne précise ni le texte ou la décision fondant cette prétendue créance, ni son fait générateur ;

- enfin, le recouvrement de cette créance est en tout état de cause prescrit.

Par deux mémoires en défense, enregistré les 12 décembre 2022 et 4 janvier 2024, le président du conseil départemental d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. B n'a pas contesté dans le délai de recours contentieux de deux mois, ou le délai raisonnable d'un an, la décision du 15 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Vaucluse a rejeté le recours administratif préalable qu'il a introduit à l'encontre de l'indu en litige ;

- le requérant ne saurait en tout état de cause contester le bien-fondé d'une créance à l'occasion d'un recours formé contre un titre exécutoire ;

- les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de son défaut de motivation et de la prescription de l'action en recouvrement ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités locales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- et les observations de Me Oueslati, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 27 septembre 2022 par le président du conseil départemental d'Ille-et-Vilaine pour le recouvrement du solde, d'un montant de 2 414,35 euros, d'une créance de RSA d'un montant initial de 3 190,35 euros pour la période comprise entre les mois de novembre 2019 et juin 2020 inclus.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. / À défaut, l'organisme mentionné au premier alinéa peut également, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues au titre [d'autres] prestations (). / () / Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l'article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil départemental. () Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement () ". Aux termes de l'article L. 262-47 du même code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du départemental () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales () ".

4. Il résulte des dispositions citées au point 5 qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas, en vertu des dispositions citées au point 6, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental. D'autre part, alors même que la décision du président du conseil départemental confirmant l'indu de revenu de solidarité active réclamé à l'intéressé serait, à la date de l'introduction de la requête devant le tribunal administratif, devenue définitive, l'intéressé reste recevable, dans le délai prévu par le 2° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, à contester le bien-fondé de la créance du département à l'appui de ses demandes tendant à l'annulation des titres exécutoires émis pour son recouvrement.

5. En l'espèce, le département d'Ille-et-Vilaine soutient que M. B serait irrecevable à contester le bien-fondé de la créance en litige à l'occasion du recours introduit contre un titre exécutoire émis pour son recouvrement. Il est toutefois constant que l'intéressé a, par une lettre du 4 août 2020 que le département produit lui-même en défense, contesté auprès du président du conseil départemental du Vaucluse la créance de RSA que la CAF de ce département lui a notifiée par une décision du 27 juillet 2020 pour un montant initial de 3 455,37 euros. Il est tout aussi constant que cette autorité a, par une décision du 19 août 2022 que le département

d'Ille-et-Vilaine verse également aux débats, rejeté le recours de l'intéressé. Par suite, sans que le département d'Ille-et-Vilaine puisse en conséquence utilement soutenir, sans toutefois l'établir par le moindre élément, que le requérant serait forclos à contester cette dernière décision et donc le bien-fondé de la créance en litige, que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée, M. B ayant bien introduit sa requête dans le délai de deux mois prévu par les dispositions de l'article L. 1617-5 précité.

Sur le bien-fondé de la créance de RSA en litige :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

6. Aux termes de l'article L ; 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active a pour objet d'assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence de lutter contre la pauvreté et de favoriser l'insertion sociale et professionnelle ". Aux termes de l'article L. 262-2 du même code : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-4 du même code : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / 1° Être âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; / 2° Être français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. () ". Aux termes de l'article L. 262-5 du même code : " Pour être pris en compte au titre des droits du bénéficiaire, le conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité du bénéficiaire doit remplir les conditions mentionnées aux 2° et 4° de l'article L. 262-4. () ".

7. En l'espèce, il n'est pas contesté par le département d'Ille-et-Vilaine que M. B, domicilié en France, s'est marié au Maroc le 4 septembre 2019 et que Mme A, son épouse, originaire de ce pays et qui y résidait alors, et dont il n'est par ailleurs pas contesté qu'elle ne détenait alors aucun titre de séjour, ne l'a rejoint sur le territoire national que le 18 décembre 2020. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait, sur cette période, versé des sommes à M. B ou lui aurait fourni des prestations en nature. Par suite, en tenant compte de Mme A au titre du RSA du requérant, le président du conseil départemental d'Ille-et-Vilaine, qui ne soutient d'ailleurs pas dans ses mémoires en défense que la créance en litige serait fondée, a commis une erreur de droit. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation de l'avis de sommes à payer du 27 septembre 2022.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'avis des sommes à payer du 27 septembre 2022 doit être annulé et que M. B doit être déchargé du paiement de la somme de 2 414,35 euros.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département d'Ille-et-Vilaine la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer du 27 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : M. B est déchargé du paiement de la somme de 2 414,35 euros.

Article 3 : Le département d'Ille-et-Vilaine versera la somme de 1 500 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au président du conseil départemental d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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