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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2205914

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2205914

mercredi 14 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2205914
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSEMINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Semino, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous pour déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai maximal de cinq jours, ou en tout état de cause dans un délai raisonnable qui ne saurait excéder un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : il justifie qu'il a entrepris de nombreuses démarches depuis le mois de février 2022 sans succès afin de pouvoir obtenir un rendez-vous ; il est père d'un enfant français depuis le 4 février 2022 et doit pouvoir en travaillant contribuer à apporter un revenu au foyer ; il justifie d'une promesse d'embauche à laquelle il n'a pas pu répondre à défaut d'être en possession d'un récépissé ; la situation financière de la famille se dégrade ;

- la mesure sollicitée est utile : le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant sur le site internet de la préfecture et il n'existe plus de plage horaire de libre.

La procédure a été communiquée au préfet des Côtes-d'Armor qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes du 1er alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. M. B justifiant avoir introduit le 25 novembre 2022 une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. M. B, ressortissant tunisien né le 9 avril 1983 est entré en France en juin 2020. Il a épousé le 31 juillet 2021 une ressortissante française et de leur union est née le 4 février 2022 un enfant. Si M. B expose ne pas être parvenu en dépit de nombreuses relances depuis le mois de février 2022 à obtenir un rendez-vous sur le site internet du service des étrangers de la préfecture des Côtes-d'Armor afin de pouvoir déposer une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, il résulte toutefois de l'instruction qu'il a envoyé par voie postale le 14 novembre 2022 sa demande de titre de séjour, dont la préfecture a accusé réception le 17 février suivant. Il résulte également de l'instruction que les services de la préfecture des Côtes-d'Armor lui ont indiqué, en réponse à un courriel, que les dossiers étaient traités par date de dépôt et qu'un courrier l'informant de la suite réservée à sa demande lui serait adressé. M. B, en se bornant à faire état de sa situation familiale sans apporter aucun élément sur les ressources de son foyer, et notamment de son épouse, et à produire une promesse d'embauche datée du 4 février 2022 ne justifie d'aucune circonstance particulière impliquant que sa demande d'admission au séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation ou permettant de caractériser une situation d'urgence. Pour les mêmes motifs et dès lors que son dossier est en cours d'instruction, M. B ne justifie pas davantage de l'utilité de la mesure qu'il sollicite.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet des Côtes-d'Armor.

Fait à Rennes, le 14 décembre 2022.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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