mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2206026 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS EFFICIA |
Vu la procédure suivante :
E une requête, enregistrée le 30 novembre 2022, Mme D C, agissant en son nom propre et en tant que représentante légale de son fils mineur, A C, représentée E Me Blanquet, demande au juge des référés :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Rennes à lui verser une provision de 88 242,65 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices et une provision de 750 euros à valoir sur l'indemnisation du préjudice moral d'Islem C ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Rennes le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier universitaire de Rennes a commis une faute de nature à engager sa responsabilité au sens des dispositions du I de l'article 1142-1 du code de la santé publique lors de sa prise en charge ;
- la faute commise E le centre hospitalier universitaire de Rennes a entraîné une perte de chance d'éviter le dommage, laquelle a été évaluée à 15 % E le rapport d'expertise ;
- au fond, le centre hospitalier universitaire de Rennes ne conteste E l'engagement de sa responsabilité et propose de lui accorder une indemnité de 88 242,65 euros en réparation de ses préjudices et une indemnité de 750 euros au titre du préjudice moral d'Islem.
E un mémoire, enregistré le 7 décembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine demande au juge des référés de condamner le centre hospitalier universitaire de Rennes à lui verser une provision de 5 512,54 euros.
Elle fait valoir qu'en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, elle est fondée à intervenir, E subrogation dans les droits F C, en remboursement des débours exposés, en rapport avec sa prise en charge E le centre hospitalier universitaire de Rennes.
E un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le centre hospitalier universitaire de Rennes, représenté E la SELARL Efficia, demande au juge des référés de statuer ce que de droit sur l'opportunité du versement d'une provision à Mme C et de rejeter la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'il ne conteste pas l'engagement de sa responsabilité et s'en rapporte à la justice quant à la pertinence d'allouer une provision à Mme C dès lors qu'une procédure au fond est pendante devant le tribunal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 octobre 2018, en raison de céphalées et d'un engourdissement de la joue et de la main droite, Mme C s'est rendue aux urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) de Rennes. Un scanner ayant été réalisé et interprété comme normal, Mme C a pu regagner son domicile avec la recommandation de réaliser l'imagerie E résonnance magnétique, prescrite E son médecin traitant quelques jours plus tôt. Le 26 octobre, elle a contacté le service d'aide médicale urgente qui lui conseillé de se rendre aux urgences du CHU de Rennes. L'imagerie E résonnance magnétique alors effectuée a mis en évidence une ischémie récente. S'interrogeant sur sa prise en charge, Mme C a obtenu du juge des référés du tribunal administratif de Rennes, E ordonnance du 13 février 2020, la réalisation d'une expertise médicale confiée au professeur B, qui a établi son rapport le 1er février 2021. E courrier du 7 septembre 2021, Mme C a sollicité du CHU de Rennes l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de sa prise en charge ainsi que du préjudice moral de son fils mineur, A C. Sa demande ayant été implicitement rejetée, Mme C demande au juge des référés de condamner le CHU de Rennes à lui verser une provision à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices et de celui de son fils.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis E les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Rennes :
3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
4. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise établi le 1er février 2021 E le professeur B que Mme C a été victime d'un accident vasculaire cérébral. Ce diagnostic a été posé le 26 octobre 2018 E la réalisation d'une imagerie E résonnance magnétique alors que Mme C s'était déjà rendue aux urgences du CHU de Rennes le 21 octobre 2018 où seul un scanner a été réalisé alors qu'elle présentait les signes d'un accident vasculaire cérébral. Le CHU aurait dû dès le 21 octobre consulter le service de neurologie afin d'organiser le bilan de cet accident vasculaire cérébral récent soit en interne soit en externe sous couvert d'antiagrégants plaquettaires. Dès lors, la responsabilité du CHU de Rennes, qui n'est au demeurant pas contestée en défense, doit être retenue et l'obligation à réparation des préjudices imputables à cette faute n'est pas sérieusement contestable.
5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise E l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
6. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que le manquement du CHU de Rennes dans la prise en charge F C lui a fait perdre une chance de se soustraire aux séquelles dont elle est atteinte dans une proportion qui peut être évaluée à 15 % de ces conséquences.
En ce qui concerne les préjudices :
7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, qu'entre le 26 octobre 2018 et le 4 septembre 2020, Mme C a subi des périodes de déficit fonctionnel total et partiel de 80 % et de 70 %, a enduré des souffrances, évaluées à 5 sur une échelle de 7, subi un préjudice esthétique temporaire, évalué à 3 sur une échelle de 7 et subi un préjudice esthétique permanent évalué à 2 sur une échelle de 7, un préjudice d'agrément et un préjudice sexuel. Mme C reste affectée d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 60 %. Elle justifie également avoir exposé des frais pour se faire assister E un médecin conseil. En outre, il résulte de l'instruction que l'état de santé F C a nécessité qu'elle soit assistée E une tierce personne à raison de trois heures E jour, cinq jours sur sept du 16 novembre 2018 au 14 juin 2019 puis de deux heures E jour, cinq jours sur sept du 15 juin 2019 au 4 septembre 2020. Depuis le 4 septembre 2020, son état de santé nécessite qu'elle soit assistée E une tierce personne à raison de deux heures E jour, cinq jours sur sept. Eu égard à l'application d'un taux de horaire de 13 euros, et de 14 euros à partir de la consolidation, en tenant compte des charges patronales, des majorations de rémunération pour travail le dimanche, et sur une base de 142 jours E an eu égard aux congés et jours fériés, au coefficient de capitalisation applicable en l'espèce du barème de capitalisation de la Gazette du Palais pour l'année 2022, et de l'ensemble de ces éléments, qui ne sont pas utilement contredits E le CHU de Rennes, le montant non sérieusement contestable de l'estimation des préjudices F C peut, en l'état de l'instruction, être évalué, à la somme de 88 200 euros, après application du taux de perte de chance.
8. En revanche, l'obligation dont se prévaut Mme C au titre de son incidence professionnelle ne peut pas être regardée comme non sérieusement contestable dès lors qu'il résulte du rapport d'expertise établi E le professeur B qu'il est peu probable qu'elle reprenne une activité professionnelle.
9. Le montant non sérieusement contestable de l'estimation du préjudice moral subi E M. A C, fils mineur F C, peut être évalué à la somme de 750 euros, après application du taux de perte de chance.
10. Il résulte de tout de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le CHU de Rennes à verser à Mme C une provision de 88 950 euros.
Sur les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine :
11. La caisse primaire d'assurance maladie sollicite une provision au titre des débours exposés correspondant à des frais d'hospitalisation et médicaux et à la pension d'invalidité versée à Mme C. Le lien des frais d'hospitalisation exposés pour la période du 5 novembre 2018 au 13 avril 2019 et des frais médicaux exposés pour la période du 22 novembre 2018 au 10 août 2020 avec la prise en charge F C E le CHU de Rennes est suffisamment établi E l'attestation de son médecin conseil. En revanche, en l'état de l'instruction, alors que la requérante sollicite, dans l'instance au fond, la réparation de ses pertes de gains professionnels et au regard du principe de priorité de la victime prévu E l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, l'obligation dont se prévaut la caisse primaire d'assurance maladie au titre de la pension d'invalidité versée à la requérante ne peut pas être regardée comme non sérieusement contestable. Dès lors, le montant de la provision à laquelle la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine peut prétendre doit être fixé à la somme de 2 512,54 euros, après application du taux de perte de chance.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Rennes, partie perdante, le versement à Mme C d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Le CHU de Rennes est condamné à verser à Mme C, une provision de 88 200 euros en son nom propre et une provision de 750 euros en qualité d'administratrice légale de son fils mineur, A C.
Article 2 : Le CHU de Rennes versera à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine une provision de 2 512,54 euros.
Article 3 : Le CHU de Rennes versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, au centre hospitalier universitaire de Rennes et à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 11 avril 2023.
Le président,
signé
E. Kolbert
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026