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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206253

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206253

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206253
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantDEPASSE-LABED

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2206253 le 12 décembre 2022, Mme C B, représentée par Me Depasse-Labed, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2022 par laquelle la commission " Prime de Noël " de la caisse d'allocations familiales (CAF) d'Ille-et-Vilaine a confirmé la créance d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020 mise à sa charge pour un montant de 152,45 euros ;

2°) de mettre à la charge de la CAF d'Ille-et-Vilaine la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la CAF n'établit pas, à supposer qu'elle aurait été effectivement en situation de concubinage, que ses ressources et celles de son conjoint ne leur auraient pas donné droit à la prime d'activité et donc à l'aide exceptionnelle de fin d'année.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, la CAF d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année est fondé dès lors qu'à la suite de la régularisation de leur dossier, ni la requérante ni son conjoint n'avaient droit au RSA au titre du mois de novembre ou décembre 2020, cette aide n'étant pas conditionnée au bénéfice de la prime d'activité.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2023.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2206254 le 12 décembre 2022, Mme C B, représentée par Me Depasse-Labed, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2022 par laquelle la commission " Aide exceptionnelle de solidarité " de la CAF d'Ille-et-Vilaine a confirmé les deux créances d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant total de 150 euros au titre du mois de mai 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la CAF d'Ille-et-Vilaine la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que cette créance n'est pas fondée dès lors qu'elle bénéficiait alors de l'aide au logement et avait droit à l'aide exceptionnelle de solidarité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, la CAF d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- contrairement à ce que soutient Mme B, elle a bien bénéficié, en application des articles 1 et 2-I du décret 2020-519 du 5 mai 2020, d'une aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 100 euros au titre de l'aide personnelle au logement qu'elle percevait alors ;

- l'indu en litige résulte quant à lui de ce qu'à la suite de la prise en compte des ressources non déclarées par l'intéressée, celle-ci ne disposait plus d'aucun droit au RSA et ne pouvait dès lors se voir attribuer, au titre de cette allocation en application des articles 1 et 2-III du même décret, l'aide exceptionnelle de solidarité.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2023.

III. Par une requête, enregistrée sous le n° 2206255 le 12 décembre 2022, Mme C B, représentée par Me Depasse-Labed, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la CAF d'Ille-et-Vilaine a confirmé la créance de prime d'activité mise à sa charge pour un montant de 4 523,19 euros pour la période comprise entre le 1er mars 2020 et le 31 mars 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la CAF d'Ille-et-Vilaine la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la CAF n'établit pas qu'elle aurait été en situation de concubinage avec M. A ;

- la CAF n'établît pas davantage qu'une telle situation aurait fait obstacle au bénéfice de la prime d'activité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, la CAF d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- l'indu de prime d'activité en litige résulte principalement de ce que la requérante a incorrectement déclaré ses ressources, sa situation de concubinage ayant eu pour effet de minorer le montant de ce trop-perçu, Mme B ayant pu bénéficier d'un montant forfaitaire majoré.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 ;

- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique.

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- et les observations de Mme D, représentant la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2206253, 2206254 et 2206255 ont été introduites par la même requérante, présentent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, d'aide exceptionnelle de solidarité ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

Sur le bien-fondé des créances d'aides exceptionnelles de solidarité et de fin d'année :

3. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 5 mai 2020 : " I.- Une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée, au titre des mois d'avril ou de mai 2020 et dans les conditions fixées à l'article 2 du présent décret, aux bénéficiaires d'au moins l'une des allocations suivantes : 1° Le revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ; 2° Le revenu de solidarité mentionné à l'article L. 522-14 du même code ; 3° L'une des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation susvisé () ; 4° L'allocation de solidarité spécifique mentionnée à l'article L. 5423-1 du code du travail susvisé ; 5° La prime forfaitaire mentionnée à l'article L. 5425-3 du même code dans sa rédaction antérieure à la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 susvisée ; 6° L'allocation équivalent retraite mentionnée au II de l'article 132 de la loi du 24 décembre 2007 de finances pour 2008, à l'article 1er du décret du 29 mai 2009 et à l'article 1er du décret du 6 mai 2010 susvisés. () ". Et aux termes de l'article 2 du même décret : " I. - Les bénéficiaires du revenu de solidarité active mentionné au 1° de l'article 1er du présent décret ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 150 euros sous réserve que le montant de leur allocation dû au titre du mois d'avril ou de mai ne soit pas nul.() III. - Les bénéficiaires de l'une des aides personnelles au logement mentionnées au 3° du même article ont droit, au titre de l'aide exceptionnelle de solidarité, à un versement de 100 euros par enfant à charge. Pour être considérés comme à charge, les enfants doivent être à la charge effective et permanente du bénéficiaire de l'aide et remplir les conditions mentionnées à l'article R. 512-2 du code de la sécurité sociale ou, s'agissant du Département de Mayotte, à l'article 2 du décret du 29 mars 2002 susvisé. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 29 décembre 2020 : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux bénéficiaires de l'une des allocations suivantes qui ont droit à son versement au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, au titre du mois de décembre 2020, sauf lorsque cette aide exceptionnelle leur a été versée au titre du revenu de solidarité active :1° Allocation de solidarité spécifique mentionnée à l'article L. 5423-1 du code du travail ;2° Prime forfaitaire mentionnée à l'article L. 5425-3 du même code dans sa rédaction antérieure à la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 susvisée ; 3° Allocation équivalent retraite mentionnée au II de l'article 132 de la loi du 24 décembre 2007 de finances pour 2008, à l'article 1er du décret du 29 mai 2009 et à l'article 1er du décret du 6 mai 2010 susvisés. " . Et aux termes de l'article 3 du même décret: " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. Une seule aide est due par foyer ".

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'à la suite de la régularisation de la situation de Mme B au titre du RSA, cette dernière, qui ne conteste pas cette régularisation, ne disposait d'aucun droit à cette allocation pour les mois de mai 2020, novembre et décembre 2020 et ne pouvait dès lors bénéficier, en application respectivement des dispositions citées aux points 3 et 4, ni de l'aide exceptionnelle de solidarité ni de l'aide exceptionnelle de fin d'année. En effet, d'une part, la prime forfaitaire mentionnée au 2° de l'article 1er du décret du 29 décembre 2020, ne se confond pas avec la prime d'activité qui lui a succédé et la perception de la prime d'activité n'ouvre donc aucun droit à l'aide exceptionnelle de fin d'année. D'autre part, si Mme B avait droit à une aide au titre de la perception de l'APL, le montant de cette aide est limité dans ce cas à 100 euros en vertu du III de l'article 2 du décret. Ainsi, dès lors qu'elle ne conteste pas qu'elle n'avait pas droit au RSA, elle n'avait pas droit à l'aide de 150 euros supplémentaire mentionnée au I de l'article 2 du décret précité. Par suite les conclusions tendant à l'annulation des décisions en litige portant confirmation des indus correspondant doivent être rejetées.

Sur le bien-fondé de la créance de prime d'activité :

6. Aux termes de l'article L. 841-1 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer (), augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". Aux termes de l'articles L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". Aux termes de l'article L. 842-7 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ".

7. Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin () ". Aux termes de l'article R. 843-1 du même code : " I.- Le montant dû au foyer bénéficiaire de la prime d'activité est égal à la moyenne des primes calculées conformément à l'article L. 842-3 pour chacun des trois mois précédant l'examen ou le réexamen périodique du droit. / II.- Pour chacun des trois mois mentionnés au I, la composition du foyer et la situation d'isolement mentionnée à l'article L. 842-7 retenues pour la détermination du montant forfaitaire sont celles du foyer au dernier jour du mois considéré (). / III.-Pour chacun des trois mois mentionnés au I, les ressources prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont celles perçues au cours du mois considéré. Toutefois, les revenus imposables mentionnés au 5° de l'article L. 842-4 pris en compte sont égaux au douzième de ceux de l'avant-dernière année civile précédant celle du mois étudié ". Aux termes de l'article R. 844-1 du même code : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée () ". L'article R. 844-2 du même code dresse la liste des ressources ayant le caractère de revenus de remplacement en application du 2° de l'article L. 842-4. Aux termes enfin de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".

8. Il résulte des dispositions citées au points 6 et 7 que, pour le bénéfice de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

9. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que la créance de prime d'activité en litige, d'un montant de 4 523,19 euros pour la période comprise entre le 1er mars 2020 et le 31 mars 2022, résulte notamment de ce que la CAF d'Ille-et-Vilaine a tenu compte au titre des ressources de Mme B de la pension d'orphelin perçue pour son fils des mois de décembre 2019 à décembre 2021 inclus. Toutefois, cette pension, qui ne saurait être assimilée à une ressource professionnelle, ne saurait davantage appartenir à la catégorie des revenus de remplacement prévue à l'article L. 842-4 du code de la sécurité sociale dont la liste est fixée par l'article R. 844-2 du même code, et doit être regardée comme faisant partie des autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu, lesquels sont égaux au douzième de ceux de l'avant-dernière année civile précédant celle du mois étudié, en l'espèce l'année 2017, à supposer que la requérante ait alors perçu une telle pension pour son fils. Par suite, en tenant compte de cette pension, la CAF d'Ille-et-Vilaine a commis une erreur de droit et Mme B est, pour ce motif, fondée à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2022 portant confirmation de cette créance.

10. D'autre part, pour régulariser la situation de Mme B et ses droits à la prime d'activité, la CAF a estimé que l'intéressée était en situation de concubinage avec M. A depuis " au moins le 30 octobre 2019 ". Il ressort à cet égard des deux rapports d'enquête de la CAF du 3 février 2022 faisant suite aux contrôles de leur situation que Mme B " est arrivée en

Ille-et-Vilaine en 08/2018 ", que M. A y est arrivé quant à lui en octobre 2018 et qu'il " réside à la même adresse que l'allocataire depuis son arrivée ". Par ailleurs, alors que l'instruction révèle que M. A a été incarcéré à la maison d'arrêt de Rennes-Vezin-le-Coquet du 26 septembre 2019 au 7 décembre 2020 puis du 4 février 2021 au 30 mars 2021, le rapport d'enquête indique que M. A a déclaré Mme B comme étant sa concubine, la requérante ayant fait la même déclaration et indiqué au contrôleur de la CAF s'être " rendue au parloir à plusieurs reprises pour [lui] rendre visite ". Il ressort du rapport d'enquête sur la situation de M. A que celui-ci a déclaré " lors de la dernière incarcération (..) être chez sa concubine pour le port du bracelet électronique ", a ouvert au mois d'août 2021 un compte au crédit agricole et a alors fourni comme justificatif de domicile une quittance de loyer de Mme B et une attestation d'hébergement. Enfin, le contrôleur de la CAF relève que Mme B a versé 100 euros à M. A durant son incarcération et que " le couple s'affiche sur le réseau Facebook en 08/2018 ". À l'appui de sa requête, Mme B, qui ne nie pas avoir entretenu une situation sentimentale avec l'intéressé, refuse toutefois de reconnaître une situation de concubinage dès lors qu'ils n'ont jamais mis en commun leurs ressources et leurs charges et n'ont jamais vécu ensemble de manière permanente et notoire, versant au débat une lettre du 8 mars 2022 par laquelle une éducatrice spécialisée de E " atteste avoir exercé une Mesure Educative au bénéfice " du fils de la requérante " du 2/07/2019 au 01/07/2021 " et qu'" à partir de la fin de l'été 2019, [ce dernier] et sa mère ont été rencontrés régulièrement, au domicile ou à l'extérieur ", que

" Mme B a toujours indiqué qu'elle vivait seule avec son fils ", l'éducatrice de E ajoutant à cet égard n'avoir " pas fait d'observations qui viendraient contredire ses déclarations ". Il ressort en outre du rapport d'enquête sur la situation de la requérante que le contrôleur de la CAF a pu consulter ses avis d'imposition, le bail de son logement, ses factures d'énergie, d'eau, d'abonnement téléphonique et d'accès à Internet ainsi que son contrat d'assurance habitation sans cependant relever que le nom de M. A y figurait. En tout état de cause, Mme B et M. A ne sauraient être regardés comme ayant menés à compter du 30 octobre 2019 une vie de couple stable et continue au sens des dispositions précitées du code de la sécurité sociale et du code civil, M. A ayant été incarcéré du 26 septembre 2019 au 7 décembre 2020 puis du 4 février 2021 au 30 mars 2021 ainsi qu'il a été dit précédemment. Par suite, en estimant le contraire, la CAF a commis une erreur de droit et Mme B et, pour ce second motif, fondée à demander l'annulation de la décision du 5 octobre 2022.

11. Il résulte de ce qui a été dit des points 6 à 10 que la décision du 5 octobre 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la CAF d'Ille-et-Vilaine a confirmé à Mme B la créance de prime d'activité en litige doit être annulée.

Sur les frais irrépétibles :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la CAF d'Ille-et-Vilaine la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B dans l'instance n° 2206255 et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 5 octobre 2022 est annulée.

Article 2 : La caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée, pour information, à la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2206253

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