mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2206594 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
| Avocat requérant | LECLERCQ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et quatre mémoires, enregistrés le 28 décembre 2022, le 1er mars 2023, le 7 janvier 2024 et le 12 avril 2024, M. B A, représenté par Me Leclercq, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 janvier 2023 par laquelle le département des
Côtes-d'Armor a rejeté son recours préalable obligatoire tendant à obtenir le bénéfice du revenu de solidarité active ;
2°) d'enjoindre le département des Côtes-d'Armor de faire droit à sa demande.
Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle n'est pas argumentée ;
- il remplit les conditions pour obtenir le droit au RSA ;
- il est présent en France depuis le 11 février 2022 ;
- il a effectué sa demande de RSA plus de trois mois après avoir commencé à résider en France ;
- il est un ressortissant européen et bénéficie à ce titre de la liberté de circulation et d'établissement garantie par le droit de l'Union européenne ;
- il bénéficie de l'aide médicale d'Etat et justifie à ce titre d'une couverture sociale au titre de l'assurance maladie ;
- la décision est entachée d'une méconnaissance du champ d'application de la loi dès lors que le code de l'entrée et du séjour des étrangers a été appliqué en lieu et place du code de l'action sociale et des familles pour statuer sur la demande de revenu de solidarité active ;
- la décision méconnaît la directive n° 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 en imposant une condition de séjour à l'attribution du RSA ;
- la décision méconnaît le principe d'égalité protégé par les traités européens.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2023 le département des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il soutient que M. A ne remplit pas les conditions pour le bénéfice du revenu de solidarité active.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'article 55 de la Constitution ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision 2011-137 question prioritaire de constitutionnalité du 17 juin 2011 du Conseil constitutionnel relative à la conformité de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles à la Constitution ;
- la directive n° 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique.
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,
- et les observations de Me Leclercq.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité italienne, vit à Saint-Brieuc depuis le 11 février 2022 et est inscrit à pôle emploi (aujourd'hui France-travail) sans indemnisation. Il a, le 4 juillet 2022, déposé une demande de RSA auprès de la caisse d'allocations familiales (CAF) des
Côtes-d'Armor qui lui a, par erreur, délivré le RSA en juillet 2022. A la suite, d'une seconde demande de RSA, la CAF des Côtes-d'Armor, ayant pris en compte la nationalité italienne de M. A, a suspendu l'allocation de RSA et lui a envoyé un questionnaire dédié aux ressortissants de l'Union européenne. La CAF lui a également demandé un justificatif sur ses revenus et faute pour M. A d'avoir fourni les éléments d'information réclamés le département a, par une décision du 24 novembre 2022, rejeté sa demande. Par une lettre du
14 décembre 2022, M. A a sollicité le réexamen de sa demande. Par une décision du 31 janvier 2023, le département des Côtes-d'Armor a rejeté à nouveau sa demande. M. A demande l'annulation de cette dernière décision et de lui accorder le bénéfice du RSA.
2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide sociale, il appartient au juge administratif d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.
3. En premier lieu, le moyen tiré du défaut de motivation faute d'argumentation dans la décision en litige, est un moyen relatif au vice propre de la décision et n'emporte aucune incidence sur les droits de M. A au bénéfice du RSA. Par suite ce moyen doit être écarté comme étant inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : () 2° Etre français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active, " le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse doit remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit de séjour et avoir résidé en France durant les trois mois précédant la demande. / () Le ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse, entré en France pour y chercher un emploi et qui s'y maintient à ce titre, n'a pas droit au revenu de solidarité active. () ". Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au jour du présent jugement : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / () ". L'article L. 234-1 du même code prévoit que " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. " Enfin l'article R. 233-7 du même code dispose que " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés au 1° de l'article L. 233-1 conservent leur droit au séjour en qualité de travailleur salarié ou de non-salarié dans les situations suivantes : / () / 2° Ils se trouvent en chômage involontaire dûment constaté après avoir exercé leur activité professionnelle pendant plus d'un an et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi ; / () / Ils conservent au même titre leur droit de séjour pendant six mois s'ils sont involontairement privés d'emploi dans les douze premiers mois qui suivent le début de leur activité professionnelle et sont inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi. ". Il résulte de ces dispositions que, pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active, les ressortissants des Etats membres de l'Union européenne, des autres Etats parties à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse doivent remplir les conditions exigées pour bénéficier d'un droit au séjour. Au-delà de trois mois, un tel droit au séjour est notamment ouvert au ressortissant qui exerce une activité professionnelle en France et, au-delà de cinq ans de résidence légale et ininterrompue, il est acquis à titre permanent. Enfin, le droit au séjour supérieur à trois mois au titre de l'exercice d'une activité professionnelle est maintenu, pendant six mois, au ressortissant qui se trouve en chômage involontaire dûment constaté à la fin d'un contrat de travail à durée déterminée inférieure à un an et, sans limitation de durée, au ressortissant qui se trouve dans une telle situation après avoir été employé pendant plus d'un an et s'est fait enregistrer en qualité de demandeur d'emploi auprès du service de l'emploi compétent.
5. Si M. A est arrivé en France le 11 février 2022 et a présenté sa première
demande de RSA en juillet de la même année, il résulte toutefois de l'instruction que le requérant ne justifie pas remplir les conditions au séjour mentionnée à l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'établit pas disposer d'une situation professionnelle et qu'il ne dispose pas de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Par ailleurs, si M. A produit une attestation d'aide médicale d'Etat, cette couverture sociale a pris fin à compter du 3 octobre 2023 et elle ne concerne que la prise en charge des étrangers présents sur le territoire français en situation irrégulière. Par suite, c'est sans commettre une erreur de droit, ni méconnaître la directive n° 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 que le département des Côtes-d'Armor a rejeté la demande de M. A qui ne remplit pas d'avantage les conditions requises pour le bénéfice du RSA.
6. En troisième lieu, M. A ne peut invoquer directement la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres, dès lors que cette directive a été transposée en droit interne.
7. En quatrième lieu et à supposer que M. A ait entendu soulever l'article 20 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concernant l'égalité en droit des citoyens européen et aux termes duquel : " Toutes les personnes sont égales en droit " ainsi que les stipulations de l'article 3 du traité de Maastricht du 7 février 1992 et celles l'article 9 du chapitre 3 du traité de Lisbonne du 1er décembre 2009 qui posent le principe d'égalité entre les citoyens européens, les dispositions du code de l'action sociale et des familles telles qu'elles sont appliquées en droit interne n'ont pas pour objet ni pour effet d'instituer une quelconque discrimination entre les personnes et encore moins entre entres les citoyens européens et les citoyens français. Par suite, le moyen tiré de la rupture d'égalité au regard de ces stipulations doit être écarté.
8. En cinquième et dernier lieu, si M. A se prévaut à l'audience de manière générale des 10ème et 11ème alinéas du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 selon lesquels la Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement et garantit à toute personne des moyens convenables d'existence, par sa décision n° 2011-137 QPC en date du 17 juin 2011, le Conseil constitutionnel a toutefois jugé que l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles est conforme à la Constitution au motif, notamment, de l'absence de méconnaissance du principe d'égalité et du onzième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946. Par suite le moyen ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département des
Côtes-d'Armor.
Copie en sera transmise à la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
Le président-rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026