Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 4 janvier 2023, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Rennes le dossier de la requête de M. A... sur le fondement des articles R. 351-3 et R. 312-12 du code de justice administrative.
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 août 2022, 1er février 2023, 27 décembre 2024 et 6 janvier 2025, M. B... A... demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision du 12 juillet 2022 par laquelle le ministre des armées et des anciens combattants a refusé de faire droit à sa demande d’utilisation de ses droits acquis au titre du compte personnel de formation ;
2°) d’enjoindre au ministre des armées et des anciens combattants de réexaminer sa demande de formation dans un délai de deux mois à compter la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d’un vice de procédure ;
- la décision est entachée d’une rupture d’égalité ;
- la règlementation interministérielle n’était pas applicable dès lors que son statut est propre au ministère des armées et des anciens combattants ;
- il remplissait les conditions pour utiliser ses droits acquis au titre du compte personnel de formation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2024, le ministre des armées et des anciens combattants conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°2017-928 du 6 mai 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Le Berre ;
- et les conclusions de M. Yann Moulinier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
M. A..., technicien à statut ouvrier électronicien, exerce ses fonctions à la direction générale de l’armement laquelle relève du ministère des armées et des anciens combattants. Le 11 mai 2022, M. A... a déposé une demande d’utilisation de son compte personnel de formation (CPF) afin de suivre, au titre de l’année scolaire 2022-2023, un Master 2 mention électronique, énergie électrique, automatique, parcours systèmes communicants à l’université de Rennes 1. Par une décision du 12 juillet 2022, la direction des ressources humaines du ministère des armées et des anciens combattants a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, M. A... soutient que la décision du 12 juillet 2022 a été prise à la suite d’une procédure irrégulière en raison de l’inutilité de la commission ayant émis un avis défavorable à sa demande. Toutefois, d’une part, M. A... n’apporte aucun élément de nature à révéler l’existence d’une irrégularité et d’autre part, il ne démontre pas qu’une supposée irrégularité l’aurait privée d’une garantie ou exercé une influence sur le sens de la décision. Par conséquent, le moyen doit être écarté.
En deuxième lieu, si M. A... soutient que la décision est entachée d’une rupture d’égalité, il n’apporte aucun élément à l’appui de ses allégations. En tout état de cause, le seul fait qu’un autre agent public ait pu suivre la formation qu’il avait demandée, ne saurait constituer une rupture d’égalité. Le moyen doit ainsi être écarté.
En troisième lieu, la circonstance que M. A... bénéficie d’un statut particulier, en sa qualité d’ouvrier d’État, ne fait pas obstacle à l’application de la règlementation interministérielle en vigueur, et ce, alors même qu’il n’est pas assujetti au fonctionnariat et qu’il a la qualité d’agent non titulaire. Ainsi, le moyen ne peut être qu’écarté.
En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 421-1 du code général de la fonction publique : « Le droit à la formation professionnelle tout au long de la vie est reconnu à l'agent public. (…) ». Aux termes de l’article L. 421-6 du même code : « L'agent public peut être tenu de suivre des actions de formation professionnelle dans les conditions fixées par son statut particulier ou par les règles qui lui sont applicables. ». Aux termes de l’article L. 422-8 du même code : « Le compte personnel de formation permet à l'agent public d'accéder à une qualification ou de développer ses compétences dans le cadre d'un projet d'évolution professionnelle. ». Aux termes de l’article L. 422-10 du même code : « Le compte personnel de formation peut être utilisé : 1° En combinaison avec le congé de formation professionnelle ; 2° En complément des congés pour validation des acquis de l'expérience et pour bilan de compétences ; (…) ». Aux termes de l’article 3 du décret du 6 mai 2017 relatif à la mise en œuvre du compte personnel d'activité dans la fonction publique et à la formation professionnelle tout au long de la vie : « L'alimentation du compte personnel de formation s'effectue à hauteur de 25 heures maximum au titre de chaque année civile, dans la limite d'un plafond de 150 heures. (…) ». Une instruction, émanant du ministère des armées et des anciens combattants, du 5 avril 2022 relative aux modalités d’utilisation du compte personnel de formation précise en son article 1.1 que : « Le CPF est utilisé pour la prise en charge des actions de formation visant une évolution professionnelle liée à la mise en œuvre d’un projet professionnel individuel permettant : - soit l’accès à de nouvelles fonctions ; - soit l’accès à de nouvelles responsabilités ; soit encore, conduisant à une réorientation professionnelle aussi bien dans le secteur public que privé (projet de reconversion professionnelle). ». L’article 1.4 de cette même instruction précise que « En principe, la durée de la formation ne peut excéder le solde disponible sur le compte personnel de formation de l’agent » mais que « des exceptions existent » grâce, notamment, à l’utilisation de « droits par anticipation », « à l’utilisation d’une disponibilité » ou encore « de l’utilisation des congés, récupérations, compte épargne (CET) ». Par ailleurs, l’article 3.1 de l’instruction prévoit une catégorisation des demandes au ministère des armées parmi lesquelles figure la catégorie n°7 portant sur « les formations dispensées par un organisme tiers destinées à acquérir de nouvelles compétences à déployer au sein de la fonction publique ».
En l’espèce, M. A... a sollicité une utilisation de ses droits acquis au titre du compte personnel de formation afin de suivre un Master 2 mention électronique, énergie électrique, automatique, parcours systèmes communicants à l’université de Rennes 1. En défense, l’administration fait valoir, sans être contredite par le requérant, que la formation concernée représentait 420 heures de cours, alors que la règlementation impose une utilisation du CPF dans la limite de 150 heures par an. Si des dispositifs complémentaires existent pour financer une formation plus longue, il ressort clairement des pièces du dossier que M. A... n’a pas souhaité s’engager vers la recherche de dispositifs financiers supplémentaires pour assurer la faisabilité de son projet malgré l’invitation de son employeur en ce sens. Enfin, et au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la formation sollicitée par M. A... s’inscrivait dans la catégorie n°7 de l’instruction du 5 avril 2022. Ainsi, les motivations de M. A... pour suivre un master n’apparaissent pas strictement en lien avec une démarche d’évolution professionnelle ou, à tout le moins, de l’acquisition de nouvelles compétences. Dès lors, le requérant ne remplissait pas les conditions pour utiliser ses droits acquis au titre du CPF et, par suite, la décision attaquée n’est pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation. Le moyen doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation, présentées par M. A..., doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
Le présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État qui n’est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que M. A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre des armées et des anciens combattants.
Délibéré après l’audience du 8 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
Mme Le Berre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2026.
La rapporteure,
signé
A. Le Berre
Le président,
signé
G. Descombes
Le greffier,
signé
J.-M Riaud
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.