mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300133 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS MARION LEROUX SIBILLOTTE ENGLISH |
Vu les procédures suivantes :
I. H une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n° 2300133 respectivement les 10 janvier 2023 et 7 octobre 2024, M. G D, représenté par Me Sibillotte, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Côtes-d'Armor lui a confirmé la créance d'allocation de logement sociale (ALS - IN4 003) d'un montant initial de 1 408 euros pour la période comprise entre le 1er septembre 2021 et le 31 juillet 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la CAF des Côtes-d'Armor la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que cette créance n'est pas fondée dès lors qu'antérieurement à sa déclaration spontanée de concubinage le 12 avril 2022, il vivait en colocation avec Mme A.
H un mémoire enregistré le 8 octobre 2024, la CAF des Côtes-d'Armor demande au tribunal de joindre les requêtes n° 2300133 et n° 2300134 et conclut au rejet de la requête n° 2300133.
Elle soutient, s'agissant de la créance en litige, que le moyen de la requête n'est pas fondé.
II. H une requête et deux mémoires, enregistrés sous le n° 2300134 respectivement le 10 janvier 2023 et le 7 octobre 2024, M. G D, représenté par Me Sibillotte, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 novembre 2022 par laquelle le directeur de la CAF des Côtes-d'Armor lui a confirmé la créance d'aide exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 152,45 euros ;
2°) de mettre à la charge de la CAF des Côtes-d'Armor la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient le même moyen que dans la requête n° 2300133.
H un mémoire enregistré le 8 octobre 2024, la CAF des Côtes-d'Armor demande au tribunal de joindre les requêtes n° 2300133 et n° 2300134 et conclut au rejet de la requête.
Elle soutient, s'agissant de la créance en litige, que celle-ci est fondée dès lors qu'à la suite de la prise en compte de sa situation de concubinage et de la régularisation de ses droits, M. D ne disposait d'aucun droit au RSA aux mois de novembre et décembre 2021 et ne pouvait donc bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année.
III. H une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2301606 les 22 mars 2023 et 7 octobre 2024, M. G D, représenté par Me Sibillotte, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 25 janvier 2023 par le département des Côtes-d'Armor pour le recouvrement d'une créance de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 6 270,10 euros pour la période comprise entre le 1er mars 2021 et le 31 mai 2022 ;
2°) de mettre à la charge du département des Côtes-d'Armor la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- sa requête est recevable dès lors que :
* il a contesté à plusieurs reprises le bien-fondé de cette créance préalablement à l'enregistrement de sa requête ;
* la contestation de la régularité d'un titre exécutoire n'est quant à elle pas soumise à recours préalable en application des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
* le tribunal est compétent ;
- le titre exécutoire en litige n'est pas motivé en méconnaissance des articles L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique dès lors que les bases et les modalités de calcul des sommes qui lui sont réclamées ne sont pas précisées et qu'il ne fait référence à aucun autre document précédemment envoyé et nommément désigné ;
- le département n'établit pas que le titre de recettes serait signé de son auteur ;
- l'ampliation en litige quant à elle ne comporte pas la signature de son auteur ;
- le département n'établit pas de surcroît que le bordereau du titre aurait été signé conformément, d'une part, aux dispositions des articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration et, d'autre, à la jurisprudence ;
- il n'a été en situation de concubinage qu'à compter du printemps 2022, ainsi qu'il l'a d'ailleurs spontanément déclaré à la CAF.
H trois mémoires en défense, enregistrés les 30 juin 2023, 22 novembre 2023 et 8 novembre 2024, le président du conseil départemental des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que M. D a introduit son recours contentieux préalablement au recours administratif formé auprès du département le 23 mars 2023 ;
- le titre exécutoire en litige est régulier en la forme. ;
- l'indu en litige est fondé et résulte de ce que le requérant était bien en situation de concubinage avec M. A depuis le 13 février 2021 ; les intéressés se sont d'ailleurs mariés le 11 juin 2022, événement confortant le faisceau d'indices tendant à établir leur situation de concubinage depuis cette première date.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,
- les observations de M. B, représentant le département des Côtes-d'Armor,
- et les observations de Mme E, représentant la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2300133, 2300134 et 2301606 concernent la situation administrative du même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
2. Allocataire de la CAF des Côtes-d'Armor en tant que colocataire de son logement et bénéficiaire par ailleurs du RSA, M. D a fait l'objet d'un contrôle de sa situation, sur pièces le 17 mai 2022 puis à son domicile le 8 juin suivant, à l'issue duquel la CAF a considéré que le requérant était en réalité, depuis leur emménagement le 13 février 2021 dans leur logement, en situation de concubinage avec Mme A H suite, la CAF a modifié les droits de l'intéressé en conséquence et a mis à sa charge, par une décision du 24 août 2022, un trop-perçu d'un montant total de 7 678,10 euros, notifié cependant à hauteur de 6 299,10 euros après un rappel d'un montant de 1 379 euros au titre de l'aide au logement, composé d'une créance de RSA d'un montant de 6 270,10 euros pour la période comprise entre les mois de mars 2021 et mai 2022 inclus et d'une créance d'ALS d'un montant initial de 1 408 euros pour la période comprise entre les mois de septembre 2021 et juillet 2022 inclus, notifiée à hauteur de 29 euros à la suite du rappel d'allocation précédemment évoqué. H une seconde décision du 27 août 2022, la CAF a en outre notifié à M. D une créance d'aide exceptionnelle de fin d'année 2021 d'un montant de 152,41 euros. Le requérant demande l'annulation des deux décisions du 9 novembre 2022 par lesquelles le directeur de la CAF des Côtes-d'Armor lui a confirmé les créances d'ALS et d'aide exceptionnelle de fin d'année, ainsi que l'annulation de l'avis de sommes à payer émis le 25 janvier 2023 par le département des Côtes-d'Armor pour le recouvrement de la créance de RSA.
Sur le bien fondé des créance d'ALS et de RSA :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : / 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; / () / Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. ()
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint () ".
5. Enfin, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".
6. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du RSA et de l'ALS, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, et notamment, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction, que M. D, allocataire du RSA en tant que personne isolée, a déposé le 1er mai 2021 une demande d'aide pour un logement occupé depuis le 13 février 2021, supposément en colocation avec Mme A, et a alors joint à sa demande une attestation de loyer faisant mention de cette colocation. Toutefois, à la faveur de la transmission le 13 décembre 2021 par le propriétaire de ce logement d'une quittance de loyer semblant contredire cette situation, la CAF a pris contact avec celui-ci, lequel a alors indiqué que le bail du 14 février 2021 n'avait pas été établi au titre d'une colocation mais avait été souscrit par deux personnes en situation de concubinage, l'exemplaire produit en défense portant les noms et les signatures de M. A et de M. D, pour un loyer mensuel total de 740 euros, sans qu'aucune précision relative à une colocation n'y apparaisse. H suite, et par une demande d'information du 27 décembre 2021, la CAF a sollicité le requérant sur la nature des relations entretenues avec Mme A, lequel y a répondu le 5 janvier 2022, faisant alors valoir la nature strictement amicale de cette relation et leur différence d'orientation sexuelle. L'instruction révèle par ailleurs que M. D a, le 12 avril 2022, déclaré l'arrivée de Mme A en qualité d'autre personne vivant au foyer, sans cependant évoquer de situation de concubinage, l'intéressé ayant de surcroît confirmé sa situation d'isolement dans une déclaration du 26 avril 2022 faîte en réponse à une demande de la CAF de la veille.
8. Il ressort néanmoins du rapport d'enquête de la CAF établi le 7 juillet 2022 par un contrôleur assermenté, dont les constatations font foi jusqu'à preuve du contraire en application de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, que M. D, lors de l'entretien à son domicile avec ce dernier le 8 juin 2022, a alors déclaré être en situation de concubinage avec M. A depuis le 12 d'avril 2022, contredisant ainsi ses propres déclarations des 5 janvier, 12 avril et 26 avril 2022. En outre, lors du contrôle sur pièces du 17 mai 2022, le contrôleur de la CAF a pu constater des versements mensuels de Mme A sur le compte du requérant dès le mois de décembre 2020 (1 203 euros), jusqu'au mois de mai 2022 pour un montant total de 8 150 euros. Enfin l'instruction révèle que M. D et Mme A se sont mariés le 11 juin 2022, soit moins de deux mois après le prétendu début de leur relation maritale, et ce en dépit de la différence d'orientation sexuelle déclarée par l'intéressé le 5 janvier précédent. Si, à l'appui de sa requête, M. D produit des attestations de voisins, d'amis, et de sa fille, ainsi que de connaissances faisant état d'une colocation à compter du mois de février 2021, ces attestations ne sauraient mettre en cause le faisceau d'indices révélés par la CAF des Côtes-d'Armor tendant à établir une situation de concubinage à compter de leur emménagement le 13 février 2021, pas davantage que les photos des chambres de leur logement qu'il produit et qui sont dépourvues de toute valeur probante. Enfin, si le requérant soutient que son propriétaire attesterait, par un courriel du 23 septembre 2022, que le bail alors souscrit l'aurait été à M. D et à Mme A en qualité de colocataires, il ressort en réalité de ce message, dont l'objet est intitulé " variante ", que le propriétaire du logement se borne à certifier " que le bail de mon logement () précisait que les colocataires étaient / D'une part Madame A () / d'autre part Monsieur D () ". Or, ainsi qu'il a été dit précédemment, le bail en question ne comporte aucune mention relative à une situation de colocation, les propos ainsi rapportés étant dès lors inexacts. H suite, M. D doit être regardé comme ayant bien été en situation de concubinage avec M. A à compter du 13 février 2021 et comme n'étant dès lors pas fondé à contester la régularisation de sa situation en résultant, la prise en compte des ressources de son épouse et des indus d'ALS et de RSA mises en conséquence à sa charge, et à demander l'annulation de la décision du 9 novembre 2022 par laquelle la CAF lui a confirmé le trop-perçu d'ALS en litige.
Sur le bien-fondé de la créance d'aide exceptionnelle de fin d'année :
9. Aux termes de l'article 3 du décret du 15 décembre 2021 : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021 () ".
10. En l'espèce, il résulte de l'instruction qu'à la suite de la régularisation de sa situation personnelle et de la prise en compte des ressources de son épouse, M. D ne disposait d'aucun droit au RSA aux mois de novembre et décembre 2021 et qu'il ne pouvait donc bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année. H suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 novembre par laquelle la CAF lui a confirmé l'indu en litige.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'avis des sommes à payer du 25 janvier 2023 :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. () ".
12. Il résulte de ces dispositions qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas, en vertu des dispositions citées au point 11, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental.
13. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. D a explicitement contesté la décision précitée du 24 août 2022 par laquelle la CAF des Côtes-d'Armor lui a notifié l'indu de RSA en litige ainsi que le bien-fondé de cet indu par une lettre du 1er octobre 2022. H ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de RSA n'est pas subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable. H suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 3° () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes enfin, du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, alors même qu'il n'est pas au nombre des décisions devant être motivées en application des disposition des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
15. En l'espèce, d'une part, le titre exécutoire contesté précise qu'il a été pris sur le fondement des dispositions des article L. 252 A du livre des procédures fiscales et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et qu'il correspond à un indu de RSA d'un montant de 6 270,10 euros pour la période comprise entre le 1er mars 2021 et le 31 mai 2022. D'autre part, M. D avait été, ainsi qu'il a été dit au point 2, préalablement rendu destinataire de la décision du 24 août 2022 par laquelle la CAF des Côtes-d'Armor lui a notifié ce même
trop-perçu, décompté à son encontre pour la même période, et résultant de la régularisation de ses droits à compter du 1er mars 2021 et de la prise en compte de sa situation de concubinage à compter du 13 février 2021, décision à laquelle ce titre exécutoire faisait implicitement mais nécessairement référence. H suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que celui-ci ne serait pas motivé et qu'il n'aurait pas été régulièrement informé des bases et éléments de calcul de sa dette.
16. En troisième lieu, d'une part, aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressé au redevable. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.
17. D'autre part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".
18. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 16, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
19. En l'espèce, l'avis des sommes à payer en litige a été émis par " COAIL Christian Président du Département des Côtes-d'Armor ". Si ce dernier fait valoir en défense que " le 30 mars puis le 23 mai 2023, le Payeur Départemental et le Président du Conseil Départemental adressent tour à tour à Monsieur D un avis des sommes à payer similaire signé par Monsieur C F chef de service Finances au Département " et que " le moyen tiré du défaut de signature de la copie du bordereau du titre de recette doit être écarté ", cette circonstance est sans incidence sur la régularité du titre dès lors que le département, qui ne produit d'ailleurs pas le bordereau en question, n'établit, ni ne soutient d'ailleurs, que celui-ci aurait été signé par le président du conseil départemental. Il suit de là que le requérant est, pour ce seul motif, fondé à demander l'annulation de l'avis de sommes à payer du 25 janvier 2023.
20. Il résulte de tout ce qui précède que l'avis des sommes à payer du 25 janvier 2023 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
21. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Côtes-d'Armor, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme réclamée par M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'avis des sommes à payer du 25 janvier 2023 est annulé.
Article 2 : Le surplus des requêtes de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G D, au président du conseil départemental des Côtes-d'Armor et à la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor.
Une c opie sera transmise à la direction départementale des finances publiques des
Côtes-d'Armor.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et au préfet des
Côtes-d'Armor en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2300133,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026