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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2300510

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2300510

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2300510
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 30 janvier 2023, M. B D, représenté A Me Zaegel, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au département du Finistère, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de poursuivre sa prise en charge en qualité de jeune majeur, comprenant un hébergement et un accompagnement social, administratif et éducatif à compter de l'ordonnance à intervenir, et a minima jusqu'à la fin de l'année scolaire en cours, sous astreinte de 50 euros A jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département du Finistère la somme de 1 600 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision mettant brutalement fin à son contrat jeune majeur, en cours d'année scolaire, le place brutalement dans une extrême précarité, puisqu'il se retrouve sans solution d'hébergement, n'a aucune ressource et compromet la poursuite de sa scolarité et ses perspectives de régularisation de son séjour en France ;

- la décision porte une atteinte grave à son droit à l'instruction en mettant en péril la poursuite de sa scolarité en BTS " négociation et digitalisation de la relation client " ;

- la décision porte une atteinte grave au droit à la protection de l'enfance en danger et à l'exigence constitutionnelle de respect de l'intérêt supérieur du mineur ou du majeur de moins de 21 ans ;

- les atteintes portées à ces libertés fondamentales sont illégales : les prestations d'aide sociale à l'enfance, parmi lesquelles figure l'accompagnement jeune majeur prévu A l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, ne sont nullement soumises à la condition de justifier d'un titre de séjour.

A un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le département du Finistère, représenté A la Selarl Valadou-Josselin et associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : la résidence de M. D est actuellement maintenue dans le logement mis à sa disposition ; il existe un intérêt public à mettre fin à la situation illégale et illégitime dont a bénéficié le requérant pendant plusieurs années au détriment du principe de bonne gestion des deniers publics , dès lors qu'il ne remplit pas les conditions légales pour bénéficier du dispositif contrat jeune majeur ;

- aucune atteinte grave et illégale à une liberté fondamentale n'est caractérisée : si le seul constat de la situation irrégulière de M. D ne justifie pas, en lui-même, l'adoption de la décision contestée portant interruption du renouvellement de son contrat jeune majeur, la situation du requérant au regard de son âge, révélée A l'arrêté du préfet du Finistère du 25 février 2022 et confirmé A le tribunal A jugement du 14 décembre 2022 , justifie en revanche qu'il ait été procédé à l'adoption de la décision contestée en date du 10 janvier 2023 ; le requérant a eu 21 ans le 26 juin 2020 et n'était donc pas admissible au bénéfice du contrat jeune majeur au-delà de la fin d'année scolaire 2019/2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er février 2023 :

- le rapport de Mme F,

- Me Zaegel, représentant M. D, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur l'urgence de la situation dès lors que M. D est contraint de quitter brutalement son logement en pleine trêve hivernale, qu'il n'a comme seule ressources que les 14 euros A jour que lui verse le département, qu'il va être dépendant du réseau associatif local et que cette situation met en péril sa scolarité, souligne que la possession d'un titre de séjour n'est pas une condition de la prise en charge A le département d'un jeune, que la minorité de M. D n'avait jusqu'à présent jamais été remise en cause A le département, que le jugement du tribunal, s'il est exécutoire, n'est pas définitif et que les données issues de la base de données Visabio ne suffisent pas à attester de son identité ;

- Me Allaire, représentant le département du Finistère, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, fait valoir que la rupture du contrat jeune majeur de M. D serait de toute façon intervenue au mois de juillet 2023, dès lors qu'à cette date, son âge allégué sera de 21 ans, souligne que le requérant n'est plus en droit depuis plusieurs années de prétendre à un accompagnement A le département dès lors qu'il a en réalité dépassé l'âge de 21 ans, que la condition d'âge requise A le code de l'action sociale et des familles n'étant pas remplie, il y a lieu d'accueillir cette substitution de motifs.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant gabonais, est entré en France, selon ses déclarations, le 2 mars 2017. Se déclarant mineur, né le 26 juillet 2002, il a été pris en charge d'abord à titre provisoire puis, en vertu d'un jugement du tribunal pour enfants de C, jusqu'à sa majorité A les services de l'aide sociale à l'enfance du Finistère, puis au titre d'un contrat " jeune majeur " régulièrement renouvelé jusqu'au 30 avril 2023. A arrêté du 25 février 2022, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'il a sollicité, le 22 octobre 2020, sur le fondement des dispositions alors en vigueur du 2° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises à l'article L. 423-22 de ce code, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le tribunal a, A jugement du 14 décembre 2022, confirmé la légalité de cet arrêté. A une décision du 10 janvier 2023, motivée A le fait que M. D s'est vu opposer un refus de titre de séjour, le président du conseil départemental du Finistère a décidé de retirer la décision du 8 novembre 2022 A laquelle le contrat jeune majeur de M. D avait été renouvelé jusqu'au 30 avril 2023. M. D demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre sous astreinte au département du Finistère de poursuivre sa prise en charge en qualité de jeune majeur, comprenant un hébergement et un accompagnement social, administratif et éducatif.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente ou son président ".

3. M. D justifiant avoir introduit le 30 janvier 2023 une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée A l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de cet article, le juge administratif des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée A une urgence particulière, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Ces dispositions législatives confèrent au juge des référés, qui statue, en vertu de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, A des mesures qui présentent un caractère provisoire, le pouvoir de prendre, dans les délais les plus brefs et au regard de critères d'évidence, les mesures de sauvegarde nécessaires à la protection des libertés fondamentales.

5. Aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : / 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; () / Elles bénéficient des autres formes d'aide sociale, à condition qu'elles justifient d'un titre exigé des personnes de nationalité étrangère pour séjourner régulièrement en France () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge A le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge A l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. / Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, A le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt-et-un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt-et-un ans ayant été pris en charge A le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge A ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

7. Une carence caractérisée dans l'accomplissement A le président du conseil départemental des missions fixées A les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la consultation du fichier Visabio a révélé, en se fondant sur la correspondance des empreintes digitales, que le requérant y est enregistré sous l'identité de M. G E, né le 26 juin 1999 à Libreville. Si M. D joint à sa requête un document qu'il présente comme une copie certifiée conforme de son acte de naissance pour justifier de son identité et notamment de son âge, ce document à entête de la République " Gagonaise " et établi A le centre d'état " civilil " de Libreville, lui-même contrefait, est dépourvu de toute force probante et n'est pas de nature à contredire les mentions de Visabio et l'identité déclarée A le requérant lors de sa demande de visa. A suite, le département du Finistère, qui n'est pas lié A l'appréciation portée tant A le juge des enfants que A le juge des tutelles sur l'âge du requérant, a pu valablement considérer, comme le préfet pour prendre l'arrêté du 25 février 2022 refusant de délivrer un titre de séjour à l'intéressé et lui faisant obligation de quitter le territoire, dont la légalité a été confirmée A un jugement du tribunal du 14 décembre 2022, que M. D avait atteint l'âge de vingt-et-un ans depuis le 26 juin 2020. Il suit de là qu'en refusant de poursuivre la prise en charge de l'intéressé, le département du Finistère n'a pas, de manière manifeste, porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête doivent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement A l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre A M. D doivent, dès lors, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et au département du Finistère.

Fait à Rennes, le 2 février 2023.

Le juge des référés,

signé

F. FLa greffière,

signé

P. Lecompte,

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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