mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300570 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
| Avocat requérant | OUESLATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 1er février 2023,
5 octobre 2023 et 16 août 2024, Mme A B, représentée par Me Oueslati, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 9 mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Somme lui a notifié un indu d'allocation de logement social (ALS) d'un montant de 2 240 euros au titre de la période allant du 1er décembre 2019 au 28 février 2021 ;
3°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle la CAF d'Ille-et-Vilaine a rejeté son recours préalable obligatoire tendant à contester le bien-fondé de l'indu d'ALS d'un montant de 2 240 euros au motif de l'irrecevabilité pour tardiveté du recours ;
4°) de lui accorder une remise totale ou partielle de sa dette ;
5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Somme la somme de 1 500 euros à payer à Me Oueslati au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- elle est de bonne foi dès lors que ses documents d'état civil ne sont pas apocryphes ;
- à supposer que son acte de naissance soit faux, cette circonstance n'a aucune incidence sur ses droits dès lors qu'elle remplissait les conditions légales et réglementaires à la date de sa demande ;
- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser l'indu mis à sa charge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en raison de l'absence de saisine de la commission de recours amiable dans le délai de recours ;
- la CAF est incompétence pour statuer sur le bien-fondé de l'indu, elle ne se charge que du recouvrement.
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 24 juin 2024, le 5 septembre 2024 et le 10 septembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Somme conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne contient pas l'exposé des moyens venant au soutien des conclusions de la requête contrairement aux dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et, en tant qu'elle contrevient aux dispositions de l'article R. 412-1 du code de justice administrative ;
- et en raison de l'absence de saisine de la commission de recours amiable dans le délai de recours ;
- les nouvelles conclusions de la requête sont irrecevables ;
- l'indu d'ALS est fondé dès lors que les documents d'état civil de Mme A sont apocryphes.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,
- les observations Me Oueslati représentant Mme A,
- les explications de Mme A,
- et les observations de Mme C représentant la caisse d'allocations familiales des d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 28 septembre 2023. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Mme A bénéficiait d'un droit à l'ALS depuis sa demande de 2019. A la suite du constat du caractère apocryphe des documents d'état civil de Mme A à la suite de l'analyse de la police aux frontières, Mme A s'est vu notifier, le 9 mars 2021, un indu d'ALS d'un montant de 2 240 euros au titre de décembre 2019 à février 2021. Par une lettre en date du 9 juillet 2021 la CAF de la Somme a mis Mme A en demeure de payer l'indu en litige et l'informait de l'impossibilité de saisir la CAF d'une contestation en raison de la forclusion de tout recours. Par un courrier en date du 7 octobre 2021 la CAF de la Somme notifiait à Mme A l'ouverture d'une procédure de sanction pour fraude à son encontre. Une plainte a été déposée par la CAF de la Somme à l'encontre de Mme A. Mme A demande l'annulation de l'indu en litige et, à titre subsidiaire, de lui accorder une remise totale de sa dette.
4. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 825-1 de ce code : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. (). ".
5. En premier lieu, même s'il a un caractère obligatoire, un recours administratif ne peut proroger le délai de recours contentieux contre une décision qu'à la condition d'avoir été formé à l'intérieur de ce délai. Il résulte de l'instruction que la décision du 9 mars 2021 mentionnait la possibilité d'exercer un recours gracieux à son encontre, auprès de la commission de recours amiable dans un délai de deux mois, permettant ensuite, en cas de rejet de ce recours gracieux, de former un recours contentieux devant le tribunal administratif. Cette notification satisfaisait ainsi aux prescriptions de l'article R. 421-5 du code de justice administrative.
6. En deuxième lieu, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. À cet égard, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
7. Il résulte de l'instruction que la notification d'indu a été notifiée le 9 mars 2021 par la CAF de la Somme. Il ressort des écrits de la requérante qu'elle a eu connaissance de cette notification d'indu à la date de présentation par les services postaux soit le 16 mars 2021 et qu'elle avait connaissance du motif de l'indu en litige. Il résulte de l'instruction que la notification d'indu comportait sans ambiguïtés la mention des voies et des délais de recours permettant à Mme A de contester l'indu mis à sa charge dans les conditions prescrites par les dispositions réglementaires citées au point 4. Si Mme A soutient avoir tenté de contester son indu par des appels téléphoniques à la CAF de la Somme, les documents produits ne sauraient toutefois justifier l'exercice de ce recours préalable obligatoire, dès lors qu'ils ne permettent pas de savoir si son appel avait effectivement pour objet d'exercer son recours préalable obligatoire ou simplement d'obtenir des informations utiles pour saisir la commission de recours amiable. Mme A soutient avoir également tenté de former son recours via son espace allocataire " auquel elle n'a plus accès ", mais ne justifie cette démarche par aucune pièce du dossier. Dans ces conditions,
Mme A ne peut être regardée comme ayant exercé son recours administratif préalable à destination de la commission de recours amiable compétente pour statuer sur sa situation.
8. Par ailleurs, si Mme A soutient avoir formé un recours le 10 août 2022, ce recours ne saurait toutefois régulariser sa requête, d'une part en ce que ce document n'apparaît dans aucune pièce du dossier, d'autre part, car il n'est toujours pas justifié que ce recours aurait été adressé à la commission de recours amiable de la CAF de la Somme et, enfin, en raison du caractère manifestement tardif de ce recours dès lors, qu'il a été formé plus d'un an après le délai qui lui était accordé pour le former suivant la notification d'indu du 9 mars 2021 que Mme A affirme avoir reçu.
9. Si Mme A disposait d'un délai de deux mois à compter du 16 mars 2021 pour saisir l'autorité compétente d'un recours administratif préalable il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 8 qu'elle n'a pas saisi la commission de recours amiable de la CAF de la Somme d'un tel recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de cette décision du 9 mars 2021. Par ailleurs, Mme A n'a formé de recours auprès de la CAF d'Ille-et-Vilaine que le 10 août 2022, soit largement après l'expiration du délai de deux mois, si bien que ce recours gracieux était tardif. Sa demande tendant à l'annulation de la décision par laquelle la CAF de la Somme l'a notifié d'un indu d'ALS doit être rejeté pour irrecevabilité et la fin de non-recevoir de la CAF de la Somme et de la CAF d'Ille-et-Vilaine doit être accueillie.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de Mme A tendant à être admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales de la Somme.
Une copie sera transmise à la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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