lundi 6 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300657 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 16 février 2023, Mme A B, représentée par Me Béguin, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner au préfet du Morbihan, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de la convoquer en préfecture pour lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, dans un délai de 48 h à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- elle est titulaire d'une carte de séjour pour raisons de santé, dont elle a sollicité le renouvellement ; son récépissé expire le 8 février 2023 ; elle a également sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, le 5 décembre 2022 ;
- elle a vainement sollicité le renouvellement de son récépissé ;
- les conditions tenant à l'urgence et l'utilité de la mesure sont satisfaites ; la carence de la préfecture à lui fixer un rendez-vous pour renouveler son récépissé la place dans une situation irrégulière et dans une situation de précarité administrative et financière ; elle ne peut plus prouver son droit au séjour et ne peut plus ni travailler, ni percevoir de prestations sociales ; l'état de santé de l'un de ses enfants nécessite des soins quotidiens lourds et une interruption de ses droits préjudicierait gravement à leur situation ; la remise d'un récépissé est due, le temps de l'instruction d'une demande de titre de séjour ;
- le préfet n'a jamais statué sur sa demande de titre de séjour pour raison de santé ;
- son dossier de demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français est complet ; les pièces dont il est demandé la production complémentaire ne pas relèvent de celles listées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à peine d'incomplétude ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme B a été rejetée par décision du 7 octobre 2022 et l'intéressée n'a pas donné suite à la demande de pièces complémentaires, relatives à sa situation personnelle et familiale en France ;
- la demande de renouvellement de récépissé doit être faite par courrier, s'agissant des titres de séjour délivrés pour raison de santé, et aucun rendez-vous n'est fixé pour déposer une telle demande ;
- Mme B ne peut prétendre au renouvellement de son récépissé de demande de titre en qualité de parent d'enfant français, puisqu'il s'agit d'une première demande, toujours en cours d'instruction ;
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite, dans la mesure où Mme B est à l'origine de la situation de précarité qu'elle invoque ; l'intéressée n'a pas donné suite à la demande qui lui a été adressée de compléter son dossier ; elle n'a pas davantage transmis les preuves demandées de contribution à l'entretien et l'éducation de leurs enfants, par elle-même et le père de ses enfants ;
- la prise en charge médicale de son fils ne cessera pas si le père de son enfant contribue à son entretien et son éducation, ce qui constitue une condition de délivrance du titre de séjour qu'elle sollicite ;
- la mesure sollicitée n'est pas utile, dès lors que son dossier de demande de titre de séjour pour raison de santé est clos, et que son dossier de demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français n'est pas complet, l'intéressée ne justifiant pas contribuer à l'entretien et l'éducation de ses enfants.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante angolaise née le 4 novembre 1982, est entrée en France le 15 janvier 2017, sous couvert d'un visa court séjour, accompagnée de ses deux enfants. Un troisième enfant est né sur le territoire français, le 16 août 2017, puis deux autres enfants, de nationalité française, les 29 février 2020 et 26 février 2022. L'intéressée s'est vu délivrer une carte de séjour pour raison de santé, le 12 juin 2020, renouvelée jusqu'au 8 août 2022. Elle en a sollicité le renouvellement et s'est vu délivrer, dans l'attente, un récépissé valable jusqu'au 8 février 2023. Elle a également sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, le 12 décembre 2022, puis vainement demandé, à compter du 8 janvier 2023, la fixation d'un rendez-vous pour le renouvellement de son récépissé. Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Morbihan de la convoquer en préfecture pour que lui soit délivré un récépissé de demande de titre de séjour.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Mme B justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
5. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ". Aux termes de son article R. 431-14 : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : / () / 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article L. 423-1, L. 423-7, L. 423-8, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-22, L. 425-1 ou L. 426-5 ; / (..) ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour a le droit, s'il a été admis à déposer un dossier de demande et s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir, dès cet instant, un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour, ainsi qu'autorisation de travail dans les cas listés aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Seuls l'incomplétude du dossier ou le caractère abusif ou dilatoire de la demande peuvent ainsi légalement justifier un refus d'enregistrement d'un dossier de demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés.
7. Il résulte en l'espèce de l'instruction que par courrier du 7 octobre 2022, le préfet du Morbihan a, d'une part, informé Mme B de ce que compte tenu de l'avis défavorable émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il ne pouvait donner suite favorable à sa demande de renouvellement de son titre de séjour et, d'autre part, invité l'intéressée à lui transmettre tous documents et informations jugées utiles relatives à sa situation personnelle et familiale. Ce courrier, bien qu'entaché d'erreur de droit eu égard à la situation de compétence liée dans laquelle s'est crue placée l'autorité préfectorale au regard de l'avis du collège de médecins de l'OFII, doit pour autant être regardé comme valant refus de renouveler le titre de séjour pour raisons de santé dont était titulaire Mme B. Dans ces circonstances, les conclusions de l'intéressée tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Morbihan de lui renouveler son récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour pour raisons de santé ne peuvent être regardées que comme se heurtant à une contestation sérieuse.
8. En revanche, il résulte également de l'instruction, d'une part, que Mme B a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a été enregistrée par les services préfectoraux le 12 décembre 2022, ce qui suffit pour établir que la demande n'était pas ni abusive ni dilatoire, et, d'autre part, que cette demande est encore en cours d'instruction, ainsi que cela résulte du courrier adressé à l'intéressée par le service instructeur, en date du 10 février 2023.
9. Si le préfet du Morbihan allègue, dans ses écritures en défense, que Mme B n'apporte pas la preuve que son dossier de demande aurait été complet, il est toutefois constant que celui-ci a été enregistré et mis à l'instruction, ce qui suffit pour établir son caractère complet. Par ailleurs, la circonstance éventuelle que l'intéressée ne justifierait pas de manière suffisamment probante de sa contribution et/ou de celle du père de ses enfants à leur entretien et leur éducation relève du bien-fondé de la demande d'admission au séjour, sans caractériser l'incomplétude du dossier de demande. Le préfet du Morbihan est ainsi tenu de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à Mme B, devant être assorti d'une autorisation de travail eu égard au fondement de sa demande de titre de séjour. Dans ces circonstances, et alors même qu'aux termes de son argumentation, l'intéressée entendait principalement bénéficier du renouvellement de son récépissé, la mesure sollicitée, tendant à la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travail, ne se heurte à aucune constatation sérieuse.
10. Il résulte par ailleurs de l'instruction que Mme B est titulaire d'un contrat de travail, dont la poursuite est compromise en raison de l'irrégularité de sa situation administrative. Elle justifie, par suite, de l'urgence et de l'utilité de la mesure sollicitée.
11. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par Mme B fasse obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Morbihan de convoquer sans délai Mme B à un rendez-vous en préfecture devant être fixé dans les cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance, pour que lui soit délivré un récépissé de demande de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une autorisation de travail. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Mme B ayant été admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Béguin, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Béguin de la somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de convoquer sans délai Mme B à un rendez-vous devant être fixé dans les cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance, afin de lui délivrer un récépissé de demande de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une autorisation de travail.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Béguin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Béguin, avocat de Mme B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Béguin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Morbihan.
Fait à Rennes, le 6 mars 2023.
Le juge des référés,
signé
O. Thielen
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026