jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300779 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 février 2023, Mme E F, représentée par Me Roilette, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a imposé des mesures de contrôle administratif ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sur le refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;
- elle a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII a été recueilli dans des conditions irrégulières ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sur l'obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;
- elle est illégale par voie d'exception en raison de l'illégalité du rejet de sa demande de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet du Morbihan s'est estimé en situation de compétence liée pour prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sur la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- sur les mesures de contrôle administratif :
- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;
- cette décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est illégale par voie d'exception en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Mme F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M.Dayon a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Mme F, de nationalité congolaise, est entrée en France le 7 septembre 2016. Par une décision du 16 mai 2018, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile. Par une décision du 4 février 2019, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours de Mme F dirigé contre cette décision. Mme F s'est vu délivrer un titre de séjour valable jusqu'au 3 août 2022. Par une demande du 28 juin 2022, Mme F a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 4 janvier 2023, notifié le 10 janvier 2023, le préfet du Morbihan a rejeté sa demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Par la présente requête, Mme F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
S'agissant de la légalité externe :
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2022 régulièrement publié le 31 août 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Morbihan a donné délégation de signature à Mme D C, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité, aux fins de signer toute décision relevant des matières de son bureau, notamment dans le cadre des procédures contentieuses devant la juridiction administrative. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, après avoir rappelé les textes applicables, se fonde sur la circonstance que Mme F est entrée sur le territoire français le 7 septembre 2016, que sa demande d'asile a été rejetée, qu'elle a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire par un arrêté du 29 août 2019 qu'elle n'a pas exécutée, qu'elle a obtenu une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 3 août 2022, qu'elle a demandé le renouvellement de ce titre le 28 juin 2022, qu'elle ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions des articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le relève l'avis du 14 novembre 2022 du collège des médecins de l'OFII, qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, disposer de ressources lui permettant de subvenir à ses besoins, ni être exposée à des peines ou des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, l'arrêté attaqué s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait état de la nationalité de l'intéressée et a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté contesté est ainsi suffisamment motivé. Il ressort de cette motivation que le préfet a procédé à un examen suffisant de la situation F Par suite, les moyens tirés d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen ne peuvent qu'être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé/ Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. "
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces produites par le préfet du Morbihan en défense que le collège des médecins de l'OFII, composé de trois médecins, les Dr B, Horrach et Triebsch, s'est prononcé par un avis du 14 novembre 2022 sur la demande de Mme F et disposait d'un rapport rédigé par le Dr A. Il ressort des pièces du dossier que cet avis, signé par les trois médecins composant le collège, a été rendu après la délibération dudit collège le 14 novembre 2022. Si Mme F soutient que l'avis n'a pas été recueilli de manière collégiale, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer que la délibération n'a pas été réalisée selon les modalités prévues par l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière en raison des vices entourant le recueil de l'avis du collège des médecins doit être écarté.
S'agissant de la légalité interne :
6. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 2, l'arrêté attaqué contient les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement de sorte que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme F. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, pour l'application des dispositions citées au point 5, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Morbihan s'est fondé, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée Mme F sur l'avis défavorable du collège de médecins de l'OFII du 14 novembre 2022 par lequel il a constaté que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour lequel elle peut bénéficier, dans son pays d'origine, d'une prise en charge appropriée, et lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. En l'espèce, la requérante justifie de troubles psychiatriques, en produisant des ordonnances médicales en lien avec ces troubles ainsi que des attestations médicales faisant état de sa prise en charge au centre médico-psychologique (CMP) Blanqui à Lorient et d'un syndrome post-traumatique en lien avec les violences qu'elle déclare avoir subies dans son pays d'origine. Si Mme F soutient que le système de santé dans son pays d'origine est insusceptible de lui garantir une prise en charge adaptée de ses troubles psychiatriques en s'appuyant sur des attestations de praticiens médicaux faisant état de la nécessité pour celle-ci de poursuivre une prise en charge médicale ainsi que sur des documents faisant état des défaillances du système de santé psychiatrique au Congo Brazzaville, ces documents, généraux et peu circonstanciés, ne sont toutefois pas de nature à établir que Mme F ne saurait bénéficier d'une prise en charge adaptée à son état de santé, notamment par la poursuite de son traitement médical. En outre, la circonstance que l'intéressée a bénéficié d'un titre de séjour pour soins médicaux ne saurait établir que son état de santé actuel répond encore aux conditions des dispositions ci-dessus reproduites. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le préfet du Morbihan a commis une erreur d'appréciation en faisant application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que Mme F a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, elle ne peut donc utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre du refus du préfet du Morbihan opposé à sa demande de titre de séjour qui n'a été ni présentée ni examinée sur le fondement de ces articles.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme F est entrée en France le 7 septembre 2016, qu'elle produit des contrats de travail et fiches de paie attestant d'une activité professionnelle dans le cadre de mission d'intérim au cours des années 2022 et 2023 ainsi que des documents attestant de sa participation à des activités bénévoles, notamment dans le cadre d'association culturelles. Il ressort également des pièces du dossier que si Mme F produit des attestations de proches, ces éléments ne sont pas de nature à démontrer que le centre des intérêts personnels de la requérante se situe désormais en France. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme F soit dépourvue de tout lien familiaux dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 38 ans. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels les décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des mesures d'éloignement sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision et de l'insuffisance de motivation de celle-ci pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 3.
13. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme F. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
14. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme F n'établit pas que la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposée serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
15. En quatrième lieu, eu égard aux motifs figurant dans l'arrêté contesté, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Morbihan s'est estimé en situation de compétence liée pour prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence négative de l'auteur de l'acte doit être écarté.
16. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
17. Il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 par adoption des motifs exposés au point .
18. En sixième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
19. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision et de l'insuffisance de motivation de celle-ci pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 3.
20. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme F. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
22. Si Mme F fait état de risques qu'elle encourrait en cas de retour dans son pays d'origine, elle ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
23. En quatrième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen d'erreur manifeste d'appréciation par adoption des motifs exposés au point 7.
En ce qui concerne les mesures de contrôle administratif :
24. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision et de l'insuffisance de motivation de celle-ci pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 2 et 3.
25. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme F. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
26. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit que Mme F n'établit pas que l'obligation de quitter le territoire français qui a été prononcée à son encontre serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre les mesures de contrôle administratif doit être écarté.
27. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué astreint Mme F à remettre l'original de son passeport aux autorités français et lui impose de se présenter les mardis et jeudis, au commissariat de Lorient. Si Mme F fait valoir que ces mesures ne sont pas compatibles avec son état de santé psychologique, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie familiale normale ou qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte cette décision sur sa situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme F tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a imposé des mesures de contrôle administratif doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
29. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
Mme Allex, première conseillère,
M. Dayon, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
C. Dayon
Le président,
signé
N. Tronel
La greffière,
signé
E. Fournet
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01300
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01592
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01849
31/03/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE01908
31/03/2026