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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301057

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301057

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301057
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de M. A D du logement qu'il occupe au centre d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile (HUDA) situé 68, rue de la Pilate à Saint-Jacques-de-la-Lande (35136) ;

2°) de l'autoriser à recourir à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux passé un délai de huit jours et à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge des référés est compétent pour prononcer une injonction de quitter les lieux à l'encontre de l'occupant irrégulier d'un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a qualité pour introduire la présente requête sur le fondement de ces mêmes dispositions ;

- la mesure sollicitée revêt un caractère urgent et remplit la condition d'utilité requise compte tenu du nombre des demandeurs d'asile en attente d'un hébergement ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse : M. D se maintient illégalement dans un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile alors qu'il a été débouté du droit d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile ; les dispositions du code des procédures civiles d'exécution en matière d'expulsion locative ne sont pas applicables et le défendeur ne peut se prévaloir de la trêve hivernale ; il ne ressort en outre d'aucune des pièces du dossier que M. D présenterait un état de vulnérabilité de nature à faire obstacle à sa sortie du lieu où il est actuellement hébergé ; le défendeur est en outre arrivé en France sous couvert d'un faux passeport.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mars 2023, M. D, représenté par Me Le Strat, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de rejeter la requête ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il fait valoir que :

- la procédure d'expulsion est irrégulière :

- le signataire de la mise en demeure ne disposait pas d'une délégation ;

- la mise en demeure vise une mauvaise adresse ;

- la mesure d'expulsion sollicitée se heurte à une contestation sérieuse : il souffre d'un diabète de type 1b pour lequel il est pris en charge en France et est frappé d'un stress post traumatique qui impose qu'il ait un lieu d'hébergement calme et stable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2023 :

- le rapport de Mme C,

- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe en insistant sur le fait que le requérant ne justifie pas de circonstances exceptionnelles qui feraient obstacle à son expulsion, indique que la demande de titre de séjour de M. D pour raisons de santé a été rejetée et qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire par un arrêté qui lui a été notifié le 24 janvier 2023 et qu'il n'a pas contesté, fait valoir que l'adresse indiquée sur la mise en demeure est celle de la résidence administrative du requérant ;

- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, indique se désister du moyen tiré de l'incompétence du signataire de la mise en demeure, insiste sur le fait que la mise en demeure ne vise pas la bonne adresse de telle sorte que la procédure suivie est irrégulière, souligne qu'une expulsion n'est pas compatible avec l'état de santé de M. D et que le préfet ne lui a proposé aucune solution de relogement et indique que l'obligation de quitter le territoire qui lui a été notifiée va faire l'objet d'un recours.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgences (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

2. M. D justifiant avoir introduit le 13 mars 2023 une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision./ Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. /La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".

5. Aux termes de l'article R. 552-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement en application des articles L. 551-11, L. 551-12, L. 551-14 ou L. 551-16, l'Office français de l'immigration et de l'intégration en informe sans délai le gestionnaire du lieu qui héberge la personne concernée, en précisant la date à laquelle elle doit sortir du lieu d'hébergement " et aux termes de son article R. 552-12 : " Dès que l'information prévue à l'article R. 552-11 lui est parvenue, le gestionnaire du lieu d'hébergement communique à la personne hébergée la date à laquelle elle doit en sortir ". Aux termes de l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : / 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration () / Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux ".

6. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

7. M. D, ressortissant congolais né le 19 juin 1986, est entré en France le 5 mai 2018. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile et a bénéficié, à ce titre, à compter du 16 septembre 2020, d'un logement au sein du centre d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile situé à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine). Sa demande d'asile a été rejetée par décision du 22 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par décision du 2 novembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile, notifiée le 10 novembre 2022. L'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a signifié la fin de sa prise en charge à compter du 2 décembre 2022. M. D se maintenant dans le logement, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a mis en demeure sur le fondement des dispositions précitées, par courrier du 4 janvier 2023, notifié le 6 janvier suivant, de quitter et libérer son lieu d'hébergement dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure étant restée infructueuse, le préfet d'Ille-et-Vilaine demande son expulsion sur le fondement des dispositions précitées.

8. D'une part, il est constant que M. D, débouté définitivement du droit d'asile, ne bénéficie plus du droit d'être hébergé dans un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile. Si le requérant fait valoir que la procédure d'expulsion prise à son encontre est irrégulière dès lors que la mise en demeure qui lui a été adressée mentionne l'adresse de sa résidence administrative et non l'adresse physique du logement qu'il occupe, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que cette mise en demeure aurait comporté une quelconque ambiguïté sur le fait qu'elle avait pour objet sa sortie du logement qu'il occupe au sein de l'HUDA géré par Coallia et pour lequel il a signé un contrat d'hébergement. Par ailleurs, si M. D se prévaut de ce qu'il souffre d'un diabète de type 1b pour lequel il est pris en charge en France ainsi que d'un syndrome de stress post-traumatique, la mesure sollicitée par le préfet n'a ni pour objet, ni pour effet de mettre fin à la prise en charge thérapeutique dont il bénéficie et les éléments apportés ne caractérisent pas des circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à la demande du préfet d'Ille-et-Vilaine. Ainsi, la demande d'expulsion ne souffre d'aucune contestation sérieuse.

9. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'au 31 décembre 2022, le département d'Ille-et-Vilaine dispose de 1344 places pour demandeurs d'asile, dont 441 places en HUDA/PRADHA avec un taux d'occupation de 100 % et 903 places en CADA avec un taux d'occupation de 99,2 %. À cette même date, ce sont 565 familles de demandeurs d'asile, dont 220 en procédure normale et 133 en procédure accélérée, qui sont en attente de places dans le dispositif d'accueil dans le département d'Ille-et-Vilaine et 860 personnes au niveau régional. Ainsi, alors que le dispositif d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile est saturé en Ille-et-Vilaine et plus généralement en Bretagne où le taux d'occupation en HUDA/PRADHA est de 99,7 %, le maintien dans les lieux de M. D fait obstacle à l'accueil d'autres personnes ayant vocation à bénéficier de ce dispositif. L'expulsion de l'intéressé présente, par suite, un caractère d'urgence et d'utilité.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit aux conclusions du préfet d'Ille-et-Vilaine tendant à ce que soit enjoint la libération par M. D du logement qu'il occupe 68, rue de la Pilate à Saint-Jacques-de-la-Lande (35136). Faute pour l'intéressé et toute personne l'accompagnant ou en dépendant d'avoir libéré les lieux, l'autorité préfectorale est autorisée à faire procéder à son expulsion, au besoin avec le concours de la force publique passé un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Cette autorité est également autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D, à défaut pour lui d'avoir emporté ses effets personnels.

Sur les frais liés au litige :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. D doivent, dès lors, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à M. D de libérer le logement HUDA qu'il occupe 68, rue de la Pilate à Saint-Jacques-de-la-Lande (35136) et d'évacuer ses biens.

Article 3 : À défaut pour M. D de déférer à l'injonction prononcée à l'article 1er, le préfet d'Ille-et-Vilaine pourra faire procéder d'office à son expulsion et, en cas de besoin, requérir le concours de la force publique en vue d'assurer l'exécution de la présente ordonnance, passé un délai de huit jours à compter de la notification de cette ordonnance.

Article 4 : Le préfet d'Ille-et-Vilaine est autorisé à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'HUDA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D, à défaut pour celui-ci d'avoir emporté ses effets personnels.

Article 5 : Les conclusions de M. D présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. A D.

Copie en sera adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Fait à Rennes, le 20 mars 2023.

Le juge des référés,

signé

F. CLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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