mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301374 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
| Avocat requérant | QUENTEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mars 2023 et le 19 juillet 2024,
Mme C D, agissant en qualité de représentante légale de sa fille Mme E B, représentées par Me Quentel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2023 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) du Morbihan a confirmé la décision du 25 août 2022 qui attribue à sa fille une orientation vers un établissement d'accueil non médicalisé, ensemble la décision du 25 août 2022 précitée ;
2°) d'enjoindre à la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées du Morbihan, d'orienter sa fille dans un établissement ou service d'aide par le travail (ESAT) dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du département du Morbihan la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ne sont pas motivées en méconnaissance du II de l'article
L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles ;
- la CDAPH n'a pas entendu Mme B ;
- la décision de la CDAPH ne correspond ni au souhait ni au projet d'orientation de sa fille dès lors que sa demande, exprimée dans l'avenant du projet personnalisé d'accompagnement (PPA) de mai 2021 pour l'année 2021/2022 vise l'intégration dans un établissement service d'aide par le travail (ESAT) et non un établissement d'accueil non médicalisé ;
- les décisions litigieuses sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que :
* la CDAPH n'a pas entendu ses observations en faveur de sa fille pour l'orientation en ESAT comme le prévoit l'article L. 241-7 du code de l'action sociale et des familles ;
* le PPA n'a jamais été mis en œuvre en l'absence de stage au cours de la période 2021/2022 et le stage d'une journée d'immersion aurait dû être prolongé conformément à ce que précisait le PP de 2021 ;
* le bilan mitigé de la fille de la requérante s'explique par le contexte anxiogène résultant du comportement du personnel du lieu d'accueil des stagiaires ;
* le PPA de l'année 2021/2022 ne devrait pas être pris en compte, dès lors qu'il comporte des inexactitudes matérielles, et ne prend pas en compte les compétences professionnelles de la personne intéressée.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 5 décembre 2023 et le 14 décembre 2023, la maison départementale de l'autonomie et des personnes handicapées du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'ESAT ne correspond pas aux besoins de la fille de la requérante ;
- les moyens soulevés par Mme D ne permettent pas de révéler une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,
- et les observations de Me Quentel représentant Mme D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision de la commission départementale de l'autonomie et des personnes handicapées (CDAPH) du Morbihan du 25 août 2022 Mme B a été orientée vers un foyer de vie pour la période du 25 août 2022 au 30 avril 2024 à la suite de sa demande du 25 août 2022 tendant plutôt à une orientation vers un établissement service d'aide par le travail (ESAT). Par une lettre en date du 2 novembre 2022 Mme D a contesté la décision de la CDAPH et demandé le réexamen de la situation de sa fille en vue d'une orientation en ESAT. Par une décision en date du 10 janvier 2023 la CDAPH a rejeté son recours et confirmer sa décision initiale. Mme D demande l'annulation de cette décision et d'octroyer une orientation en ESAT à sa fille.
Sur l'office du juge :
2. Aux termes des dispositions du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : 1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale () / 4° Reconnaître, s'il y a lieu, la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par l'article L. 5213-1 du code du travail ". Aux termes de l'article L. 241-9 du même code, les décisions relevant du 1° et du 4° du I de l'article L. 241-6 " peuvent faire l'objet d'un recours devant la juridiction administrative () ".
3. Les recours mentionnés à l'article L. 241-9 du code de l'action sociale et des familles formés contre les décisions relatives à la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ou à leur orientation professionnelle, constituent des recours de plein contentieux. Eu égard à son office lorsqu'il est saisi de tels recours, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue, sauf à renvoyer à l'administration compétente, et sous son autorité, le règlement de tel aspect du litige dans des conditions précises qu'il lui appartient de fixer.
4. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 772-8 du code de justice administrative que, lorsque le tribunal administratif lui notifie une requête relative à l'orientation professionnelle d'une personne s'étant vu reconnaître la qualité de travailleur handicapé ou une personne bénéficiant, en vertu de l'article L. 5212-13-1 du code du travail, des mêmes droits, il appartient à la maison des personnes handicapées, si nécessaire à l'invitation du tribunal, de communiquer à celui-ci l'ensemble du dossier constitué pour l'instruction de la demande d'orientation et, s'agissant des pièces médicales, de les transmettre à la personne intéressée afin qu'elle puisse les transmettre elle-même au tribunal. Sauf dans le cas où sa décision est fondée sur un motif sur lequel son contenu ne peut avoir d'incidence, le tribunal ne peut régulièrement rejeter les conclusions dont il est saisi sans disposer des éléments pertinents de ce dossier.
Sur le cadre juridique :
5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles : " Une commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées prend, sur la base de l'évaluation réalisée par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8, des souhaits exprimés par la personne handicapée ou son représentant légal dans son projet de vie et du plan de compensation proposé dans les conditions prévues aux articles L. 114-1 et L. 146-8, les décisions relatives à l'ensemble des droits de cette personne, notamment en matière d'attribution de prestations et d'orientation, conformément aux dispositions des articles L. 241-5 à L. 241-11 ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 5213-1 du code du travail : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Aux termes de l'article L. 5213-2 de même code à la date de la décision attaquée : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle () L'orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle vaut reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé () ". Aux termes de l'article R. 5213-2 du même code : " Des centres de préorientation contribuent à l'orientation professionnelle des travailleurs handicapés. Ils accueillent, sur décision motivée de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, des travailleurs reconnus handicapés dont l'orientation professionnelle présente des difficultés particulières qui n'ont pu être résolues par l'équipe technique de cette commission. ". Et aux termes de l'article R. 5213-4 du même code : " La préorientation est opérée dans le cadre d'un stage dont la durée est en moyenne et par stagiaire de huit semaines sans pouvoir excéder douze semaines. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de définir, pour chaque personne à laquelle est reconnue la qualité de travailleur handicapé, l'orientation la mieux adaptée à son état de santé, en procédant à une évaluation de sa capacité de travail et de ses besoins en matière d'accompagnement, compte tenu de ses aptitudes et des contraintes ou restrictions inhérentes à son handicap, ainsi que de ses qualifications et expériences professionnelles. Il est loisible à cette commission, en cas de difficultés particulières rencontrées pour définir l'orientation professionnelle du demandeur, d'opter pour une préorientation vers une structure à même d'évaluer les dispositifs les mieux appropriés à sa situation, notamment en termes de formation.
7. Enfin, aux termes de l'article L. 344-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les établissements et services d'accompagnement par le travail accueillent des personnes handicapées pour lesquelles la commission prévue à l'article L. 146-9 a constaté une capacité de travail réduite, dans des conditions définies par décret, et la nécessité d'un accompagnement médical, social et médico-social. Ils leur offrent des possibilités d'activités diverses à caractère professionnel, ainsi qu'un soutien médico-social et éducatif, en vue de favoriser leur épanouissement personnel et social ". Aux termes de l'article R. 243-1 du même code : " Aux termes de l'article R. 243-1 du code de l'action sociale et des familles : " Sous réserve des dispositions prévues à l'article R. 243-3, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées oriente vers les établissements et services d'aide par le travail les personnes handicapées ayant une capacité de travail inférieure à un tiers au sens de l'article R. 341-2 du code de la sécurité sociale, mais dont elle estime que l'aptitude potentielle à travailler est suffisante pour justifier leur admission dans ces établissements et services / La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées peut également orienter vers les établissements et services d'aide par le travail des personnes handicapées dont la capacité de travail est supérieure ou égale au tiers de la capacité normale lorsque leur besoin d'un ou de plusieurs soutiens médicaux, éducatifs, sociaux, psychologiques le justifie ". Il résulte de ces dispositions que sont orientées vers les établissements et services d'aide par le travail les personnes handicapées ayant une capacité de travail inférieure à un tiers au sens de l'article R. 341-2 du code de la sécurité sociale, mais dont l'aptitude potentielle à travailler est suffisante pour justifier leur admission dans ces établissements et services, et que peuvent également l'être les personnes handicapées dont la capacité de travail est supérieure, lorsque leur besoin d'un ou de plusieurs soutiens médicaux, éducatifs, sociaux, psychologiques le justifie et ne peut être satisfait par une orientation vers le marché du travail.
8. D'une part, en raison de l'effet utile du recours qui consiste, le cas échéant à établir les droits de la requérante à une orientation dans un établissement qu'elle souhaite ou à tout le moins, au réexamen de sa situation, implique que l'ensemble des moyens concernant les vices propres de la décision en litige sont inopérants.
9. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment des différents bilans professionnels produits tant par le conseil de la requérante que par la défense que l'enfant de Mme D ne présente pas les aptitudes suffisantes pour travailler en ESAT. En effet, Mme B, présente des difficultés de motivation ou de gestion autonome de son travail notamment au regard de la difficulté qu'elle présente à conserver une attention soutenue pour les différentes tâches qui lui sont demandées, au regard, également, des difficultés liées à son humeur et compte tenu de ses réticences à effectuer certaines tâches voire encore pour les difficultés rencontrées lors de la réalisation de travaux qui sont d'un " niveau 1 " mais pour lesquelles l'intéressée requiert un accompagnement afin de la guider dans la gestion des étapes à suivre. Ainsi, et alors même que certains bilans dits " A " produits au dossier relèvent certaines bonnes réactions de la part de Mme B, l'ensemble des bilans de stages font toutefois ressortir les difficultés de l'intéressée à intégrer un milieu de travail, même dans un secteur professionnel protégé. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la CDAPH aurait commis une erreur d'appréciation dans l'évaluation des capacités professionnelles de Mme B et de son orientation.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera transmise à la maison départementale de l'autonomie et des personnes handicapées.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le président rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au ministre du travail de la santé et de la solidarité en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026