vendredi 19 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301396 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ALLOUCHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mars et 2 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Allouche, demande au juge des référés :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser une provision de 100 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiale le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été victime d'un accident médical ouvrant droit à la réparation au titre de la solidarité nationale ;
- l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ne conteste pas son obligation à réparation ;
- elle a subi divers préjudices dont des frais divers, des frais d'assistance par une tierce personne, des périodes de déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, un préjudice esthétique temporaire, elle restera affectée d'un déficit fonctionnel permanent important et son état de santé nécessitera qu'elle expose des frais de véhicule et de logement adaptés, justifiant l'allocation d'une provision de 100 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par la SCP Saidji et Moreau, demande au juge des référés de statuer ce que de droit sur le droit à indemnisation de Mme A, de réduire à de plus justes proportions le montant de la provision susceptible d'être allouée et de rejeter la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- il ne conteste pas son obligation à indemnisation des préjudices de Mme A, ni le versement d'une provision ;
- la demande présentée au titre des frais d'assistance par une tierce personne ne saurait excéder la somme de 9 229,93 euros ;
- la demande présentée au titre des périodes de déficit fonctionnel temporaire ne saurait excéder la somme de 2 358,75 euros ;
- la demande présentée au titre des souffrances endurées ne saurait excéder la somme de 4 500 euros et celle présentée au titre du préjudice esthétique temporaire ne saurait excéder 300 euros.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine qui n'a pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 avril 2021, Mme A s'est rendue au centre hospitalier régional universitaire de Brest en raison d'une augmentation du volume de son abdomen, ainsi qu'une anorexie, des reflux gastro-œsophagiens et des douleurs hypogastriques. Une imagerie par résonnance magnétique, réalisée le 6 avril, a mis en évidence une lésion ovarienne bilatérale, de multiples végétations et un épanchement péritonéal de faible abondance et a conclu à un risque élevé de malignité. Le 12 avril, une intervention a été réalisée au centre hospitalier régional universitaire de Brest, au cours de laquelle il a été procédé à l'ablation de l'utérus et des annexes, du péritoine pelvien, de la jonction recto-sigmoïdienne et de l'appendice. L'examen anatomo-pathologique réalisé postérieurement, a mis en évidence une tumeur. Les suites de cette intervention ont été marquées par un déficit sensitivomoteur du membre inférieur gauche. Mme A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) de Bretagne le 8 novembre 2021, laquelle a ordonné le 22 février 2022 la réalisation d'une expertise médicale confiée au docteur D, neurologue, et au docteur C, gynécologue et obstétricien, qui ont déposé leur rapport le 12 avril 2022. Au vu de ce rapport, la CCI de Bretagne a estimé, dans son avis du 14 septembre 2022, que la réparation des préjudices de Mme A incombait à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM). Par un courrier du 24 février 2023, l'ONIAM a alors présenté une offre d'indemnisation à Mme A, qui l'a refusée. Par la présente requête, Mme A demande au juge des référés de condamner l'ONIAM à lui verser une provision de 100 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne la mise en œuvre de la solidarité nationale :
3. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagé, un accident médical () ouvre droit à la réparation des préjudices du patient () au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " () Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical () ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs () un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
5. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise établi le 12 avril 2022 par les docteurs D et C, que la lésion du nerf fémoral gauche dont a été victime Mme A résulte d'une compression du nerf cheminant à la surface du psoas entre ses racines et l'arcade crurale par le bord inférieur des valves basses de l'écarteur autostatique au cours de l'intervention du 12 avril 2021. Cette compression a été favorisée par la durée de quatre heures, incompressible, de l'intervention. Selon les experts, la chimiothérapie par Carboplatine et Taxol, suivie par Mme A postérieurement à l'intervention chirurgicale, a contribué à une mauvaise récupération et à un retard à la réparation alors que l'évolution est habituellement favorable. Dès lors, le dommage subi par Mme A est imputable à un acte de soins. Il résulte également de l'instruction que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire de 50 % du 3 juin 2021 au 23 mars 2022, soit pendant plus de six mois consécutifs. En outre, si les conséquences de l'intervention du 12 avril 2021 ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles elle était exposée en l'absence de traitement, il résulte de l'instruction que la fréquence de survenue de la complication dont Mme A a été victime est comprise entre 2,5 pour 10 000 patients et 2,7 pour 100 patients. Par suite, la mise en œuvre de la solidarité nationale, qui n'est au demeurant pas contestée en défense, doit être retenue et l'obligation à réparation des préjudices imputables à cet accident médical non fautif par l'ONIAM n'est pas sérieusement contestable.
En ce qui concerne les préjudices :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise et de l'avis de la CCI de Bretagne, que Mme A a subi des périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel, évalué à 25 % du 23 avril 2021 au 2 juin 2021, à 50 % du 3 juin 2021 au 23 mars 2022 et à 25 % depuis le 24 mars 2022 et que son état de santé a nécessité qu'elle soit assistée par une tierce personne à raison d'une heure par jour du 23 avril 2021 au 2 juin 2021 puis de deux heures par jour du 3 juin 2021 au 23 mars 2022 et enfin d'une heure par jour depuis le 24 mars 2022. Elle a, en outre, enduré des souffrances, évaluées à 3,5 sur une échelle de 7 et subi un préjudice esthétique temporaire, évalué à 3 sur une échelle de 7. Au vu de l'ensemble de ces éléments, qui ne sont pas utilement contredits par l'ONIAM, le montant non sérieusement contestable de l'estimation des préjudices de Mme A peut être évalué à la somme de 25 000 euros.
7. En revanche, si Mme A sollicite également l'indemnisation de frais divers d'un montant de 22,72 euros correspondant aux frais de réception de la copie de son dossier médical, en produisant la fiche de distribution contre remboursement adressée à son conseil, elle n'établit pas s'être acquittée elle-même d'une telle somme. Dès lors, l'obligation dont elle se prévaut à ce titre ne peut pas être regardée comme non sérieusement contestable.
8. En deuxième lieu, si Mme A soutient que son état de santé est considéré comme consolidé, qu'elle restera affectée d'un important déficit fonctionnel permanent et qu'elle devra exposer des frais pour adapter son véhicule et son logement, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise établi le 12 avril 2022 par les docteurs D et C, que si, habituellement, l'évolution pour les patients victime d'une compression du nerf crural est favorable avec une récupération complète en un mois dans un cas sur deux, en six mois pour 85 % des cas et en moins d'un an pour la totalité des cas, en l'espèce, la chimiothérapie qu'a subie Mme A a contribué à une mauvaise récupération et à un retard à la réparation. Les experts ont alors conclu que son état de santé devra être réévalué en 2024 dès lors que l'état de santé de Mme A est susceptible d'évoluer durant les trois années suivant le traumatisme initial. Dès lors et malgré la production d'un certificat médical du 1er mars 2023 d'un médecin généraliste attestant que l'état de santé de Mme A est consolidé, l'obligation dont elle se prévaut au titre de son déficit fonctionnel permanent et des frais d'adaptation de son véhicule et de son logement ne peut pas être regardée comme non sérieusement contestable.
9. Il résulte de tout de ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner l'ONIAM à verser à Mme A une provision de 25 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge l'ONIAM, partie perdante, le versement à Mme A d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'ONIAM est condamné à verser à Mme A une provision de 25 000 euros.
Article 2 : L'ONIAM versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente requête sera notifiée à Mme B A, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 19 mai 2023.
Le président,
signé
E. Kolbert
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026