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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301554

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301554

mercredi 1 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301554
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS CAP CODE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes (2ème Chambre) a rejeté la requête de M. D... et Mme E... contestant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales pour 2017. Les requérants n'ont pas apporté la preuve, leur incombant, que la somme de 5 597 euros inscrite au compte courant d'associé de M. D... correspondait à un remboursement de frais professionnels, ni que les autres sommes imposées comme revenus distribués sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts ne constituaient pas des libéralités. La majoration pour manquement délibéré a été maintenue, faute pour les requérants de démontrer l'absence d'intention d'éluder l'impôt.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mars 2023, M. C... D... et Mme B... E..., représentés par la société d’avocats Cabinet Cap Code, demandent au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales laissées à leur charge au titre de l’année 2017 par la décision d’admission partielle de leur réclamation du 27 janvier 2023, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) la mise à la charge de l’État d’une somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la dette de 5 597 euros portée au compte courant d’associé de M. D... dans les comptes de la sociétés TTA correspond à un remboursement de charges de la société supportées directement par lui, à savoir l’utilisation à des fins professionnelles de son véhicule personnel et des frais de déplacement ;
- les sommes imposées sur le fondement du c de l’article 111 du code général des impôts correspondent à des encaissements de chèques émis par la SASU HS Group dont le président est le frère de M. C... D..., M. A... D... ; l’administration ne démontre pas que les sommes en cause ont constitué des libéralités ;
- la majoration pour manquement délibéré n’est pas fondée dès lors qu’il n’est pas établi qu’ils ont eu l’intention d’éluder l’impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés par les requérants n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Auguste, représentant M. D... et Mme E....


Considérant ce qui suit :

1. M. D... et son épouse, Mme E..., ont fait l’objet en 2020 d’un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle (ESFP). Au terme de ce contrôle, l’administration leur a adressé, le 21 décembre 2020, une proposition de rectification afin de les informer, selon la procédure contradictoire prévue à l’article L. 55 du livre des procédures fiscales et au titre de l’année 2017, de rectifications en matière de revenus de capitaux mobiliers, des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales en résultant et de l’application de la majoration pour manquement délibéré. Les contribuables n’ont pas présenté d’observation en réponse à cette proposition de rectification, mais ont formé une réclamation contestant le bien-fondé des impositions supplémentaires après leur mise en recouvrement. Cette réclamation a fait l’objet d’une décision d’admission partielle du 27 janvier 2023 ramenant à 5 597 euros la somme imposée sur le fondement du 2° du 1 de l’article 109 du code général des impôts. Dans le cadre de la présente instance M. D... et Mme E... contestent le bien-fondé des impositions laissées à leur charge ainsi que la majoration pour manquement délibéré.

2. Aux termes de l’article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : « Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / (…) ». En application de ces dispositions, il appartient aux requérants, qui n’ont pas présenté d’observations en réponse à la proposition de rectification du 21 décembre 2020, de supporter la charge de la preuve.

Sur la rectification fondée sur les dispositions du 2° du 1 de l’article 109 du code général des impôts :

3. Aux termes de l’article 109 du code général des impôts : « 1. Sont considérés comme revenus distribués : / (…) / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / (…) ». Il résulte de ces dispositions que les sommes inscrites au crédit d’un compte courant d’associé d’une société soumise à l’impôt sur les sociétés ont, sauf preuve contraire apportée par l’associé titulaire du compte, le caractère de revenus imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

4. Dans le cadre du contrôle dont M. D... et Mme E... ont fait l’objet, l’administration a constaté que la liasse fiscale déposée, au titre de l’année 2017, par l’EURL « Tout type d’affaires », entreprise de maçonnerie soumise à l’impôt sur les sociétés, dont M. D... était l’unique associé et le gérant, faisait apparaître une dette de cette société à son égard d’un montant de 5 597 euros, inscrite au crédit de son compte courant d’associé. Le service a estimé que cette somme légalement présumée disponible pour son créancier devait être imposée sur le fondement des dispositions précitées du 2° du 1 de l’article 109. Les requérants, qui n’ont apporté aucune explication sur la nature de cette créance durant l’ESFP dont ils ont fait l’objet, soutiennent depuis leur réclamation contentieuse que l’inscription de cette somme au compte courant de M. D... correspond au remboursement de charges de l’EURL « Tout type d’affaires » qu’il aurait supportées, dont le coût de l’utilisation de son véhicule personnel pour les besoins de l’activité de cette société ainsi que des frais de déplacement. Ils ne produisent toutefois aucun élément démontrant la réalité de cette contrepartie pour la société ainsi que sa valeur. Par suite, ils ne contestent pas valablement l’imposition de cette somme sur le fondement du 2° du 1 de l’article 109 du code général des impôts.

Sur la rectification fondée sur les dispositions du c de l’article 111 du code général des impôts :

5. Aux termes de l’article 111 du code général des impôts : « Sont notamment considérés comme revenus distribués : / (…) / c. Les rémunérations et avantages occultes ; / (…) ». L’octroi d’un avantage sans contrepartie doit être qualifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d’une distribution de bénéfices au sens de ces dispositions.

6. L’administration a constaté sur les relevés de quatre comptes bancaires ouverts au nom de M. D... ou de Mme E... auprès de trois établissements financiers différents, des encaissements de chèques, au nombre de treize, émis par la société par actions simplifiée (SASU) HS Group. Elle a qualifié les sommes ainsi perçues par les requérants de libéralités constitutives d’un avantage en nature imposable sur le fondement du c de l’article 111 du code général des impôt, après avoir constaté que M. D... et Mme E... n’apportaient aucune explication à ces encaissements, que rien ne permettait de regarder les sommes versées par la SASU HS Group comme étant la contrepartie d’un travail effectué par leurs bénéficiaires et que cette société était présidée par M. A... D..., frère de M. D.... Ces éléments suffisent à établir un faisceau d’indices en faveur de la qualification de libéralité. En se bornant à confirmer que M. D... ne pouvait pas être salarié de la SAS HS Group en 2017 et à faire valoir que l’administration n’a pas établi le caractère de libéralité des sommes en litige, M. D... et Mme E..., qui supportent la charge de la preuve, ne contestent pas valablement le bien fondé de l’imposition des sommes en cause sur le fondement du c de l’article 111 du code général des impôts.

Sur les majorations pour manquement délibéré :

7. Aux termes de l’article 1729 du code général des impôts : « Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / (…) ».


8. Il résulte de tout ce qui précède que les rectifications au titre desquelles la majoration pour manquement délibéré a été appliquée et maintenue par la décision d’admission partielle étaient fondées et que les sommes correspondantes auraient donc dues être déclarées par les requérants.

9. En soulignant que M. D..., gérant et unique associé de l’EURL « Tout type d’affaires » ne pouvait pas ignorer la cause juridique de sa créance sur cette société et ainsi l’absence de contrepartie à sa constatation en comptabilité, laquelle en fait un revenu distribué imposable, et en soulignant que les contribuables n’ont apporté aucun début d’explication durant le contrôle l’administration établit leur intention délibérée d’éluder l’impôt, justifiant l’application de la majoration de 40 % pour manquement délibéré.

10. Il en est de même de l’intention délibérée d’éluder les impositions établies sur les sommes correspondant aux chèques qui ont été encaissés par les requérants. Dès lors, qu’ils ne pouvaient pas ignorer la raison de ces versements d’un montant total de 23 710 euros, qu’ils continuent de feindre d’ignorer, et leur caractère de libéralité consentie par une personne morale soumise à l’impôt sur les sociétés.

11. Il résulte de toute ce qui précède que les conclusions de la requête de M. D... et Mme E..., tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de contributions sociales, auxquelles ils ont été assujettis au titre de l’année 2017, doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, de leur demande présentée sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D é C I D E :


Article 1er : La requête de M. D... et Mme E... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... D..., Mme B... E... et au directeur en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.


Délibéré après l’audience du 17 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Thielen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2025.


Le rapporteur,


signé


E. AlbouyLe président,


signé


T. Jouno


La greffière,


signé


S. Guillou



La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.







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