mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301556 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
| Avocat requérant | KERLEZ AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 5 mai 2023, 19 mai 2023, 22 août 2023 et 6 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Gouyer, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 12 avril 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de remise de dette d'un indu de d'aide personnalisée au logement (APL) d'un montant de 557,49 euros ;
2°) d'annuler la décision du 12 avril 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) d'Ille-et-Vilaine a rejeté sa demande de remise de dette du 27 février 2023 concernant un indu de prestations familiales d'un montant de 3 111,18 euros ;
3°) d'enjoindre, la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine, à titre principal de lui octroyer une remise de sa dette à hauteur de 3 703,68 euros et, à titre subsidiaire, de lui accorder une remise de sa dette à hauteur de 557,49 euros.
Elle soutient que :
- de bonne foi, elle n'a pas eu l'intention de frauder et a tenu au courant les services de la CAF au sujet de sa situation familiale ;
- elle a deux enfants à sa charge à sa charge ;
- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser l'indu mis à sa charge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le tribunal est incompétent pour connaître du contentieux relatif aux prestations familiales ;
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,
- et les observations de Mme C représentant la caisse d'allocations familiales des d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B bénéficiait d'un droit aux APL depuis sa demande du 19 novembre 2021 dans laquelle, elle a confirmé avoir deux enfants à sa charge résidant à son domicile.
Mme B a également bénéficié de la prestation familiale et de la prime d'activité. Cependant la mutuelle sociale agricole a transmis une copie d'un jugement qui a fixé la résidence d'un des enfants de Mme B chez son père. A la suite de la réception de cette information, la CAF a régularisé le dossier administratif de Mme B et lui a notifié un indu d'APL et de prestations familiales d'un montant total de 3 703,68 euros dont un indu d'APL de 557,49 euros, un indu de prestations familiales de 3 111,18 euros et un indu de prime d'activité d'un montant de
35,01 euros. Par une lettre en date du 27 février 2023 Mme B a sollicité de la CAF
d'Ille-et-Vilaine une remise de sa dette. Par deux décisions en date du 12 avril 2023 la CAF a refusé d'accorder les remises de dettes sollicitées. Mme B demande l'annulation des décisions et de lui accorder une remise totale de ses dettes.
Sur l'incompétence de la juridiction administrative et l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les prestations familiales comprennent : / 1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; / 2°) les allocations familiales ; / 3°) le complément familial ; / 4°) l'allocation de logement ; / 5°) l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ; / 6°) l'allocation de soutien familial ; / 7°) l'allocation de rentrée scolaire ; / 8°) (Abrogé) ; / 9°) l'allocation journalière de présence parentale. ". Les litiges relatifs aux prestations familiales sont au nombre des litiges relatifs à l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole mentionnés à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige, comme relevant du contentieux général de la sécurité sociale. Ce contentieux, qui relevait du tribunal des affaires de sécurité sociale jusqu'au 31 décembre 2018, relève, depuis le 1er janvier 2019, du tribunal de grande instance, devenu tribunal judiciaire le 1er janvier 2020.
3. Il résulte de ce qui précède qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître d'un litige relatif aux prestations familiales qui relève de la compétence du juge judiciaire. Par suite, en tant qu'elles sont relatives à un indu de prestations familiales les conclusions à fin d'annulation de la décision du 12 avril 2023 lui notifiant un refus de remise de dette de prestations familiales doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur la demande de remise de dette des sommes restant en litige :
4. Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, applicable en vertu de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation au recouvrement des sommes indument versées au titre de l'aide personnalisée au logement : " () la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvres frauduleuses ou de fausses déclarations. () ".
5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une demande de remise gracieuse d'un indu d'APL, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Sur l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines informations pertinentes relatives à sa situation familiales, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, de tenir compte de la nature des informations ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments d'informations relatives à sa situation familiales omises. À cet égard, si l'allocataire a pu légitimement ignorer qu'il était tenu de déclarer ces informations, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
6. Il résulte de l'instruction que Mme B et son ex-conjoint ont obtenu du juge aux affaires familiales, la fixation de la résidence principale de leur fille chez son père avec un droit de visite de la mère par un jugement en date du 21 mars 2022 et ce, conformément " à la pratique instaurée entre les parties, depuis le mois de septembre 2021 " ainsi que l'indique ce jugement. Cependant, il résulte de l'instruction que Mme B, lors de ses déclarations trimestrielles successives, a continué d'indiquer à la CAF d'Ille-et-Vilaine que ses deux enfants étaient à sa charge et cela même au sein de la dernière déclaration en date du 4 octobre 2022 postérieurement au prononcé du jugement du juge aux affaires familiales, date à laquelle il a été officialisé la résidence principale de sa fille chez son père depuis septembre 2021. Mme B ne pouvait pas ignorer les conséquences de cette situation sur ses droits. Si Mme B soutient qu'elle aurait prévenu la CAF par téléphone, elle n'apporte à cet égard aucun élément de preuve ni même de commencement de preuve. En conséquence, et compte tenu du caractère répété des déclarations erronées, Mme B doit être regardée comme ayant fait de fausses déclarations à la CAF d'Ille-et-Vilaine. Un tel manquement à ses obligations déclaratives fait obstacle à ce qu'il lui soit accordée une remise gracieuse quel que soit l'état de sa situation financière.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le président rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au ministre délégué chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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