mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301576 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Vice-président Contentieux sociaux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mars 2023 et le 2 septembre 2024, M. D A B demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 20 mars 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) d'Ille-et-Vilaine a rejeté son recours préalable obligatoire tendant à contester le bien-fondé de l'indu de prime d'activité d'un montant de 885,18 euros au titre de la période de mai 2021 à janvier 2022 ;
Il soutient que :
- la loi qui sert de fondement à la décision en litige méconnaît le principe de non rétroactivité des lois et est, de ce fait, contraire à la sécurité juridique ;
- la décision en litige méconnaît d'elle-même le principe de sécurité juridique et le principe de non rétroactivité des actes administratifs ;
- il n'a jamais fait de demande de remise de dette ;
- il est de bonne foi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,
- et les observations de Mme C représentant la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B bénéficiait d'un droit à la prime d'activité depuis sa demande du 22 novembre 2019. A la suite d'un échange d'informations informatisé avec les services de la direction générale des finances publiques (DGFIP) il a été relevé des incohérences entre les déclarations faites par M. A B à la DGFIP et celles faites à la CAF sur le montant exacte de ses ressources. Après régularisation du dossier de M. A B, ce dernier s'est vu réclamer la somme de 885,18 euros au titre d'un indu de prime d'activité pour la période allant de mai 2021 à janvier 2022. Par une lettre en date du 19 mars 2023 M. A B a contesté le bien-fondé de l'indu auprès de la commission amiable de la CAF, qui par une décision implicite du 20 mars 2023 a rejeté son recours préalable obligatoire. Par ailleurs, par une décision du 1er mars 2023 la CAF n'a pas accordé de remise de dette en faveur du requérant. M. A B demande l'annulation de l'indu de prime d'activité.
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
3. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / Les bonifications mentionnées au 1° sont établies pour chaque travailleur, membre du foyer, compte tenu de ses revenus professionnels. / Le montant forfaitaire, la fraction des revenus professionnels des membres du foyer, les modalités de calcul et le montant maximal des bonifications sont fixés par décret. / Le montant forfaitaire et le montant maximal de la bonification principale sont revalorisés le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article
L. 161-25. / Un décret détermine le montant minimal de la prime d'activité en dessous duquel celle-ci n'est pas versée. Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont :
1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () 5° les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". Aux termes de l'article R. 844-1 du même code : " I.- Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; / 2° Les revenus tirés de stages de formation professionnelle ; / 3° La rémunération perçue dans le cadre d'un volontariat dans les armées mentionné à l' article L. 4132-11 du code de la défense ; / 4° L'aide légale ou conventionnelle aux salariés en chômage partiel ; / 5° Les indemnités perçues à l'occasion des congés légaux de maternité, de paternité ou d'adoption ; / 6° Les indemnités journalières de sécurité sociale de base et complémentaires, perçues en cas d'incapacité physique médicalement constatée de continuer ou de reprendre le travail, d'accident du travail ou de maladie professionnelle pendant une durée qui ne peut excéder trois mois à compter de l'arrêt de travail ; / 7° La rémunération garantie perçue par les travailleurs handicapés admis dans un établissement ou un service d'aide par le travail ; / 8° La rémunération perçue dans le cadre d'une action ayant pour objet l'adaptation à la vie active, prévue à l' article R. 345-3 du code de l'action sociale et des familles ; ".
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, que l'indu de prime d'activité résulte d'une différence d'un montant de 2 290 euros entre les ressources que M. A B a déclaré à la CAF d'Ille-et-Vilaine et ceux déclarés à la DGFIP malgré la transmission de ses bulletins de salaires à la CAF lors du contrôle de ses ressources.
5. En premier lieu, c'est au titre de son devoir de vérification que la CAF
d'Ille-et-Vilaine a procédé à la régularisation des droits de M. A B au titre de l'année 2021 et conformément à la législation en vigueur à la date du calcul de ses droits. La notification d'indu ainsi que la décision confirmative implicite en litige ne sauraient être analysées comme méconnaissant la sécurité juridique et, leur effet rétroactif n'a d'autre objet que de rétablir la situation de M. A B en conformité avec les textes applicables lors du calcul de ses droits. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse méconnaît le principe de sécurité juridique doit être écarté.
6. En deuxième lieu, à supposer que M. A B ait entendu attaquer les dispositions citées au point 3 par voie d'exception en tant qu'elles sont contraires au principe de sécurité juridique et au principe général du droit de la non-rétroactivité de la loi, un tel moyen ne saurait utilement prospérer dès lors que ses dispositions n'ont ni pour objet, ni pour effet de modifier les situations juridiques antérieures mais, au contraire, ne se bornent qu'à fixer les conditions légales et réglementaires pour l'ouverture des droits à la prime d'activité. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance du principe de sécurité juridique et de la non-rétroactivité de la loi est inopérant.
7. Enfin il résulte de l'instruction qu'une différence de montant persiste entre les ressources déclarées à la CAF et celles déclarées à la DGFIP. M. A B, en se bornant à clamer sa bonne foi n'explique ni ne justifie par aucune pièce du dossier la différence de montant ainsi constatée. La CAF ne saurait être regardée comme ayant fait un calcul erroné dès lors que la décision de récupération d'indu est basée sur la comparaison des montants déclarés aux deux organismes et sur la recomposition du montant annuel des ressources du requérant à partir de la déclaration de ses bulletins de salaire. Par suite le moyen tiré du mal-fondé de la décision en litige doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera transmise à la caisse d'allocations familiales d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le président rapporteur,
signé
G. DescombesLa greffière,
signé
E. Le Magoariec
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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