Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mars 2023, et un mémoire, enregistré le 27 mai 2024, M. A... B..., représenté par la Selarl MDMH, demande au tribunal :
1°) d’annuler le titre de perception du 15 juin 2022 d’un montant de 1 535,24 euros relatif à un trop-perçu de rémunération au titre de la période du 15 novembre 2021 au 31 décembre 2021 ainsi que la décision implicite de rejet par laquelle le directeur de l’établissement national de la solde a rejeté son recours administratif préalable obligatoire ;
2°) de le décharger de l’obligation de payer la somme de 1 535,24 euros ;
3°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- le titre de perception du 15 juin 2022 est irrégulier dès lors qu’il ne comporte pas les éléments essentiels de la liquidation de la créance, les éléments de preuve du bien-fondé de celle-ci ainsi que les informations mentionnées aux articles 24 et 112 et suivants du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- la créance litigieuse est dépourvue de bien-fondé en raison d’une erreur de droit et d’une erreur de fait dès lors qu’il était toujours, au titre de la période litigieuse, en activité et affecté sur un poste ouvrant droit aux indemnités litigieuses en application de l’article 1 du décret n° 72-221 du 22 mars 1972.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, et un mémoire, enregistré le 19 août 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Le directeur départemental des finances publiques de la Moselle a présenté des observations le 26 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 72-221 du 22 mars 1972 ;
- le décret n° 2004-941 du 3 septembre 2004 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Ambert,
- et les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
M. B..., entré dans la marine nationale en 1999, était militaire au grade de maître principal et a été radié des cadres le 1er février 2022. Par un courrier du 1er février 2022, l’établissement national de la solde l’a informé qu’il était redevable de la somme de 1 535,24 euros correspondant à un trop-perçu de rémunération au titre de la période du 15 novembre 2021 au 31 décembre 2021. Un titre de perception d’un montant de 1 535,24 euros, relatif à ce trop-perçu de rémunération, a été émis le 15 juin 2022 par la direction départementale des finances publiques de la Moselle. Par un courrier du 27 juillet 2022, M. B... a formé un recours administratif préalable obligatoire à l’encontre de ce titre de perception. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur ce recours. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal d’annuler le titre de perception du 15 juin 2022 ainsi que la décision implicite de rejet par laquelle le directeur de l’établissement national de la solde a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et de le décharger de l’obligation de payer la somme de 1 535,24 euros.
Sur la régularité du titre de perception :
Aux termes de l’article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « (…) Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. (…) ».
Il résulte de l’instruction que le titre de perception attaqué, d’un montant total de 1 535,24 euros, mentionne les montants à récupérer pour la période du 15 novembre 2021 au 31 décembre 2021 au titre de la majoration pour service subaquatique, de la nouvelle bonification indiciaire (NBI), de l’indemnité de résidence afférente à la NBI et du supplément familial de solde afférent à la NBI. Il comprend ainsi les bases de la liquidation, la période en cause ainsi que les modalités de calcul de la créance. Il indique également l’identité du débiteur et de l’ordonnateur. Il fait également référence à un courrier du 1er février 2022 qui avait été adressé à M. B... au sujet de la régularisation du trop-perçu et qui comprenait un état de calcul de la somme due. M. B... a ainsi été mis en mesure de comprendre et de contester utilement les bases de la liquidation de la créance litigieuse. Le moyen tiré de l’irrégularité du titre de perception litigieux doit ainsi être écarté.
Sur l’existence et le montant de la créance litigieuse :
En ce qui concerne la majoration pour service subaquatique :
Aux termes de l’article 1 du décret du 22 mars 1972 relatif aux majorations de solde pour services en sous-marins, dans sa rédaction alors applicable : « Une majoration de solde pour services en sous-marins est attribuée dans les conditions et aux taux suivants : / 1° Aux militaires embarqués sur un sous-marin armé, en disponibilité armée ou en armement pour essais et aux militaires constituant l'équipage supplémentaire ou de remplacement d'une escadrille de sous-marins : majoration égale à 50 % de la solde budgétaire. / (…) 2° Dans les conditions fixées à l'article 3 ci-dessous aux autres militaires lorsqu'ils sont classés dans le personnel sous-marinier : / (…) 25 % de la solde budgétaire lorsqu'ils ont perçu pendant moins de cinq ans la majoration visée au 1° ci-dessus. ».
Il résulte de l’instruction que M. B... a été affecté au sein du sous-marin nucléaire lanceur d’engin (SNLE) Le Triomphant Rouge et a bénéficié d’un classement en service « mer » à compter du 4 octobre 2021. Par un message interne du 13 décembre 2021, M. B... a été informé de sa mutation vers l’escadrille des sous-marins nucléaires lanceurs d’engin et de son placement sous le statut de « service général » (SG) avec effet rétroactif au 15 novembre 2021. Toutefois, il résulte de l’instruction que M. B... a été en service dans le cadre du cycle opérationnel à bord du SNLE Le Triomphant Rouge en tant que chef du secteur énergie jusqu’au 13 décembre 2021 au soir. Il a demandé, le 7 novembre 2021, sa radiation des cadres. Cette radiation des cadres n’a été prononcée qu’avec effet au 1er février 2022, par un arrêté du 16 décembre 2021. M. B... avait ainsi droit au versement de la majoration pour service subaquatique au titre de la période du 1er novembre 2021 au 13 décembre 2021. La circonstance que, par un message interne du 13 décembre 2021 non contesté, il ait été muté et placé sous le statut de « service général » (SG), statut du marinier dont l’absence d’aptitude médicale entraîne une incapacité à servir sur une unité embarquée, ce qui n’est d’ailleurs pas le cas de M. B..., avec effet rétroactif au 15 novembre 2021, est à cet égard sans incidence. La répétition de la majoration pour service subaquatique n’est ainsi pas fondée au titre de la période du 1er novembre 2021 au 13 décembre 2021. S’agissant de la période du 14 décembre 2021 au 31 décembre 2021, il résulte de l’instruction que M. B... n’était alors plus classé dans le personnel sous-marinier ni n’était en service à bord d’un sous-marin. La répétition de la majoration pour service subaquatique au titre de la période du 14 décembre 2021 au 31 décembre 2021 est ainsi fondée.
En ce qui concerne la nouvelle bonification indiciaire, l’indemnité de résidence et le supplément familial de solde :
Aux termes de l’article 1 du décret du 3 septembre 2004 relatif à l’attribution de la nouvelle bonification indiciaire aux militaires occupant certains postes, dans sa rédaction alors applicable : « Une nouvelle bonification indiciaire, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux militaires en activité exerçant un des emplois définis en annexe au présent décret. (…) ». Aux termes de l’article 2 du même décret, dans sa rédaction alors applicable : « Le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire est lié à l'exercice des emplois y ouvrant droit. (…) ». Aux termes de l’article 4 du même décret, dans sa rédaction alors applicable : « La liste des postes bénéficiaires correspondant à chacun des emplois définis en annexe du présent décret est fixée par arrêté du ministre de la défense. ». Aux termes de l’article 6 du même décret, dans sa rédaction alors applicable : « La nouvelle bonification indiciaire attribuée aux militaires n'est prise en compte en matière de primes et d'indemnités que pour le calcul de l'indemnité de résidence et du supplément familial de solde. ».
M. B... n’établit pas qu’il était sur un poste ouvrant droit à la nouvelle bonification indiciaire (NBI). Il n’est ainsi pas fondé à soutenir qu’il doit être déchargé de l’obligation de payer les indus perçus au titre de la NBI, de l’indemnité de résidence afférente à la NBI et du supplément familial de solde afférent à la NBI.
Il résulte de tout ce qui précède que le titre de perception du 15 juin 2022 doit être annulé en tant seulement qu’il inclut la répétition de l’indu afférent à la majoration pour service subaquatique au titre de la période du 1er novembre 2021 au 13 décembre 2021.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’état une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le titre de perception du 15 juin 2022 est annulé en tant seulement qu’il inclut la répétition de l’indu afférent à la majoration pour service subaquatique au titre de la période du 1er novembre 2021 au 13 décembre 2021.
Article 2 : M. B... est déchargé de l’obligation de payer la somme mentionnée à l’article 1er du présent jugement.
Article 3 : L’état versera à M. B... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre des armées et des anciens combattants.
Une copie en sera délivrée, pour information, au directeur départemental des finances publiques de la Moselle.
Délibéré après l’audience du 17 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
Mme Thielen, première conseillère,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.
Le rapporteur,
signé
A. AmbertLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.