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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302252

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302252

mercredi 12 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302252
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationVice-président Contentieux sociaux
Avocat requérantLECLERCQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2023 et le 10 janvier 2025,

M. C A, représenté par Me Leclercq, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 6 novembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) des Côtes-d'Armor a rejeté son recours préalable obligatoire tendant à contester le bien-fondé des indus de prime d'activité d'un montant de 1 851,77 euros et de 804,05 euros et des indus de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 1 984,40 euros et de

2 991,65 euros ;

2°) de le décharger du paiement de ces sommes ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor les dépens " comprenant le coût de l'aide juridictionnelle ".

Il soutient que :

- il est de bonne foi, les éléments de fraude qui lui sont imputés sont inexacts ;

- il perçoit depuis 1992 une rente d'incapacité permanente de catégorie 1 versée par la CPAM qu'il ne lui appartenait pas de déclarer à la CAF ;

- les serveurs téléphoniques ne lui ont pas permis de savoir s'il devait déclarer sa rente dès lors que ces serveurs ne traitaient que de rente de catégorie 2 et 3 ;

- sa situation n'a pas changée depuis 1992 : il ne s'est pas senti contraint d'évoquer un éventuel changement de sa situation ;

- la décision du 19 janvier 2022 ayant retiré la décision du 17 janvier 2022 ne contient pas la mention des voies et des délais de recours contentieux ;

- l'avenant à la convention entre le département et la CAF du 24 juin 2024 est inapplicable en l'espèce car il était inexistant en 2022 et d'autre part parce que l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ne prévoit pas de convention spécifique mais une saisine par le département pour avis. Appliquer cet avenant contreviendrait au principe de non rétroactivité des actes administratifs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2024, la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le recours amiable contre l'indu de prime d'activité n'a pas été exercé ;

- elle doit être mise hors de cause s'agissant de l'indu de RSA ;

- l'indu de prime d'activité est fondé ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2024, le département des

Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut de recours administratif préalable obligatoire ;

- la décision implicite de rejet mentionné dans le recours est inexistante ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- les explications de Me Leclerq pour M. A,

- et les explications de Mme B représentant la caisse d'allocations familiales des Côtes d'Armor,

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, connu par la CAF comme étant un parent isolé de deux enfants depuis le 21 novembre 2003, bénéficie d'un droit à la prime d'activité et au RSA servis par la caisse d'allocations familiales (CAF) des Côtes-d'Armor. A la suite d'un contrôle de sa situation, la CAF a constaté que M. A percevait une rente accident du travail depuis le 30 novembre 2017 qu'il n'a jamais déclaré. La CAF ayant alors a mis à jour le dossier de M. A en intégrant les montants de rente non déclarés, ce dernier s'est vu réclamer, au titre de la prime d'activité, la somme totale de 2 655,82 euros comprenant un indu d'un montant de 1 851,77 euros et un indu d'un montant de 804,05 euros. M. A s'est aussi vu réclamer, au titre du RSA, la somme totale de 4 976,05 euros comprenant un indu d'un montant de 1 984,40 euros et un indu de

2 991,65 euros. Une pénalité administrative a été émise à l'endroit de M. A le 10 mars 2022 d'un montant de 475 euros et confirmée par une décision du 27 mai 2022 prise sur recours gracieux. Par une lettre en date du 29 août 2022, notifiée le 6 septembre 2022, M. A a contesté le bien-fondé de ces indus auprès de la commission amiable de la CAF. Ce recours, n'ayant reçu aucun accusé de réception et un délai de deux mois étant passé, une décision implicite de rejet est apparue le 6 novembre 2022. M. A demande l'annulation de cette décision implicite de rejet.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'allocation de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. D'une part, aux termes de l'article, aux termes L. 842-4 du code de la sécurité sociale : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : () 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; ". Aux termes de l'article R. 844-2 du même code : " Ont le caractère de revenus de remplacement en application du 2° de l'article L. 842-4 : () 4° Les indemnités journalières de sécurité sociale de base et complémentaires, perçues au-delà de trois mois après l'arrêt de travail en cas d'incapacité physique médicalement constatée de continuer ou de reprendre le travail, d'accident du travail ou de maladie professionnelle ; () 7° Les rentes allouées aux victimes d'accidents du travail et de maladies professionnelles mentionnées au livre IV du présent code. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. " Aux termes de l'article L. 262-3 de ce code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnés à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / () 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière ; / () ". Aux termes de l'article L. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous réserve et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment des avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ".

5. Enfin, les dispositions de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale et les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles obligent les organismes payeurs à récupérer les sommes indûment perçues.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a bien perçu une rente d'incapacité permanente qu'il n'a jamais déclaré à l'occasion de l'ensemble de ses déclarations trimestrielles aux services de la CAF. Pour justifier cette omission, il ne peut sérieusement soutenir qu'il n'avait jamais été renseigné sur la nécessité de déclarer cette rente, ni qu'il n'aurait jamais été en mesure de mettre à jour sa situation, ni encore qu'il n'y avait plus lieu de le faire puisqu'il touche cette rente depuis le 13 mai 1992. Toutefois, il est constant que les droits au RSA et à la prime d'activité de M. A ont été déterminé sur la base de déclarations trimestrielles erronées, et dès lors, que la rente dont il bénéficiait devait être prise en compte pour le calcul de ses droits aux aides sociales, si bien que la CAF des Côtes-d'Armor était tenue de procéder à la récupération des sommes indûment versées à M. A. Par suite, la CAF a pu à bon droit notifier à M. A les indus en litige.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et au département des Côtes-d'Armor.

Copie en sera transmise à la caisse d'allocations familiales des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.

Le magistrat désigné,

signé

G. DescombesLa greffière,

signé

E. Le Magoariec

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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