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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302387

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302387

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302387
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCANONVILLE BAPTISTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mai 2023, Mme D C, représentée par Me Canonville, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Rennes et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'affecter de manière effective et à titre pérenne auprès de son fils, un accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) à raison de 75 % du temps de scolarisation conformément à la notification de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d'Ille-et-Vilaine du 21 avril 2022, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la carence de l'État à mettre à la disposition de son fils âgé de neuf ans l'aide qui lui est nécessaire porte une atteinte grave et manifestement illégale atteinte à la liberté fondamentale que constitue son droit à l'éducation et à l'instruction, ainsi qu'à la protection de l'intérêt supérieur de l'enfant, au droit à la protection de la santé et au droit au respect de la vie, au principe de non-discrimination dans l'accès à l'éducation fondé sur la particulière vulnérabilité résultant de la situation de handicap : la méconnaissance de la décision de la CDAPH a pour conséquence un risque de déscolarisation de son fils ; son fils devrait être scolarisé en Ulis mais en l'absence de place, il est en classe ordinaire, ce qui rend encore plus indispensable la présence d'un AESH individuel à ses côtés ; les notifications des CDPAH ont un caractère impératif et actuellement son fils demeure scolarisé dans des conditions qui ne permettent pas son apprentissage et n'assurent pas sa sécurité, dès lors que depuis le 31 janvier 2023, il ne bénéficie plus d'aucun accompagnement ; l'équipe éducative a conclu d'ailleurs à une réduction de la moitié de son temps de scolarisation, ayant constaté, comme l'ensemble des professionnels qui s'occupent de son fils une dégradation de son état de santé et une majoration de son handicap en lien direct avec l'absence d'AESH individuel ;

- l'urgence est caractérisée : son fils subit un danger imminent en raison des risques pour sa santé, sa vie, son accès à l'instruction et il présente actuellement de graves troubles du comportement qui constituent un risque pour lui-même, les autres élèves et le personnel de l'école.

Par un mémoire, enregistré le 4 mai 2023, le recteur de l'académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que ni l'urgence à statuer ni la condition tenant à l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ne sont caractérisées : à la suite de la notification de la CDAPH, une AESH a accompagné le fils de A C à hauteur de douze heures par semaine et si l'enfant n'a pas bénéficié d'accompagnement entre février et avril 2023 à raison de l'arrêt maladie de cette AESH, une solution a été recherchée par les services du pôle aides humaines de la DSDEN d'Ille-et-Vilaine et du pôle inclusif d'accompagnement localisé Rennes Ouest ; une nouvelle AESH est ainsi affectée auprès de l'enfant depuis le 2 mai 2023, alors qu'il doit faire face à des difficultés de recrutement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, et notamment son Préambule ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 mai 2023 :

- le rapport de Mme E,

- Me Canonville, représentant Mme C, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur le fait que le rectorat est soumis à une obligation de résultat et non de moyens, qu'il lui appartient de respecter la décision de la CDPAH dans sa totalité, souligne le fait que le fils de la requérante n'a pas eu d'attribution d'une AESH de façon pérenne depuis le début de l'année scolaire, ce qui a induit de nombreux troubles du comportement, a aggravé son état de santé et a entraîné une phobie scolaire, fait valoir que les arrêts de travail éventuels des AESH doivent être anticipés en prévoyant en amont des recrutements supplémentaires pour permettre la prise en charge de tous les enfants pour lesquels un accompagnement est nécessaire ;

- Mme F, représentant le recteur de l'académie de Rennes, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, indique que la notification de la décision de la CDAPH n'a été transmise que tardivement dans le service compétent, fait valoir qu'une AESH est attribuée au fils de A C à raison de 13 heures par semaine depuis le 2 mai 2023, permettant une scolarisation effective, indique également que des places en Ulis vont être disponibles l'année prochaine et qu'il n'est pas impossible que l'AESH puisse, d'ici la fin de l'année, accompagner complétement l'enfant pendant les 18 heures hebdomadaires prévues par la notification de la CDPAH.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. B C, âgé de neuf ans, est scolarisé en cours élémentaire deuxième année au sein de l'école Notre-Dame du Vieux-Cours à Rennes. Atteint d'un trouble du spectre autistique, il s'est vu attribuer par décision du 21 avril 2022 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) d'Ille-et-Vilaine une aide humaine individuelle, sur 75 % du temps de scolarisation. Une AESH s'est vue confier l'accompagnement de B à raison de 12 heures hebdomadaires à compter de la mi-septembre 2022. Toutefois, à la suite d'un arrêt maladie prolongé de cette AESH à compter du 31 janvier 2023, B n'a plus bénéficié d'aucun accompagnement. Mme C a alerté, en mars 2023, le directeur des services départementaux de l'éducation nationale d'Ille-et-Vilaine sur les difficultés rencontrées par son fils dans son apprentissage en l'absence de mise en œuvre de la notification dont bénéficie son fils. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre sous astreinte au recteur de l'académie de Rennes et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, d'affecter effectivement auprès de son fils de façon pérenne un accompagnant d'élèves en situation de handicap (AESH), à hauteur de 75 % du temps scolaire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de cet article, le juge administratif des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par une urgence particulière, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Ces dispositions législatives confèrent au juge des référés, qui statue, en vertu de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, par des mesures qui présentent un caractère provisoire, le pouvoir de prendre, dans les délais les plus brefs et au regard de critères d'évidence, les mesures de sauvegarde nécessaires à la protection des libertés fondamentales.

3. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. () ". Aux termes de l'article L. 112-1 du même code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire () aux enfants () présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants () en situation de handicap (). ".

4. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap, de toute possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de cet article, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En outre, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte, d'une part de l'âge de l'enfant, d'autre part des diligences accomplies par l'autorité administrative compétente, au regard des moyens dont elle dispose.

5. Il incombe à l'administration, qui ne saurait se soustraire à ses obligations légales, de prendre toute disposition pour que le jeune B bénéficie d'une scolarisation conforme à la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées d'Ille-et-Vilaine, soit bénéficier d'une AESH à raison de 75 % de son temps de scolarisation de 21 heures hebdomadaires, dès lors que les lundis après-midis sont consacrés à sa prise en charge par une orthophoniste et un ergothérapeute. Il résulte de l'instruction que depuis le 2 mai 2023, B bénéficie d'un accompagnement AESH à raison de 13 heures par semaine, ce qui représente 62 % de son temps de présence scolaire et lui permet de bénéficier de cet accompagnement tous les matins. Si cette solution, compte tenu du volume horaire ainsi dégagé, ne permet pas de répondre entièrement aux mesures définies par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées d'Ille-et-Vilaine, les circonstances décrites ne permettent toutefois pas de caractériser, à la date de la présente ordonnance, eu égard aux diligences accomplies par le rectorat de l'académie de Rennes, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ni de justifier la nécessité de l'intervention du juge des référés pour prononcer une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Rennes.

Fait à Rennes, le 9 mai 2023.

Le juge des référés,

signé

F. ELa greffière d'audience,

signé

J. Jubault,

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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