vendredi 5 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2303240 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS BERTRAND MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juin et 7 septembre 2023, Mme A C, représentée par Me L'Hostis, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Brest à lui verser une provision d'un montant de 19 073,69 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ses préjudices ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Brest le versement de la somme de 1 700 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du CHU de Brest est engagée en raison de plusieurs fautes commises lors de sa prise en charge à l'origine d'une perte de chance de 50 % d'obtenir l'amélioration de son état de santé ;
- le CHU de Brest ayant proposé, dans le mémoire en défense produit le 4 septembre 2023 dans le cadre de l'instance au fond n° 2302812, de réduire le montant de son indemnisation définitive à la somme de 19 073,69 euros, elle est fondée à demander la condamnation de ce centre au versement d'une provision à hauteur de cette somme non sérieusement contestable se décomposant comme suit :
* 2 939,30 euros au titre des frais divers ;
* 1 498,77 euros au titre de l'assistance temporaire par tierce personne ;
* 4 084,37 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;
* 551,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 1 750 euros au titre des souffrances endurées ;
* 750 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* 7 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2023, le CHU de Brest, représenté par Me Maillard, conclut :
1°) à la réduction à 10 000 euros de la provision accordée à Mme C ;
2°) à la réduction à 1 000 euros de la somme accordée à Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- il ne remet pas en cause le principe de sa responsabilité pour faute ;
- la faute qu'il a commise a fait perdre à Mme C une chance de 50 % d'obtenir l'amélioration de son état de santé ;
- après application du taux de perte de chance, le montant de la provision ne saurait excéder la somme de 10 000 euros.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Après une chute alors qu'elle portait un sac de bouteilles en verre le 24 décembre 2018, Mme C s'est présentée aux urgences du CHU de Brest en raison d'une plaie profonde de l'éminence thénar de la main gauche et d'un déficit sensitif de l'hémi-pulpe ulnaire du pouce. Après exploration de la plaie, une suture a été réalisée. Toutefois, du fait d'une évolution défavorable de la plaie caractérisée par la persistance d'œdèmes inflammatoires sans écoulement en raison d'une infection à l'origine d'une douleur importante et d'une extension du déficit sensitif à la face interne du pouce, Mme C s'est de nouveau rendue aux urgences du CHU de Brest le 5 janvier 2019. Elle y a été hospitalisée en ambulatoire le lendemain et ont alors été pratiqués la détersion, le parage et le lavage de la plaie ainsi qu'une suture du nerf collatéral radial, du corps musculaire du court fléchisseur du pouce et du court abducteur du pouce. Le pouce de la patiente a ensuite été immobilisé pendant un mois par le port d'une attelle et la plaie a cicatrisé sans difficulté. Mme C a toutefois conservé une importante douleur au pouce accompagnée d'une impotence fonctionnelle d'abord totale puis importante ayant nécessité des séances de rééducation. Suite à une aggravation des douleurs consécutive à une tentative de reprise du travail, elle a de nouveau été hospitalisée en ambulatoire le 24 juillet 2019 afin de bénéficier d'une autogreffe de tissu adipeux dans la cicatrice à l'origine par la suite d'une amélioration des douleurs. La patiente a toutefois conservé des douleurs, une anesthésie et une raideur du pouce.
2. Mme C a saisi le 27 janvier 2020 la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) qui a confié, le 17 mars 2021, une mission d'expertise au docteur B, chirurgien orthopédiste, dont le rapport a été établi le 10 octobre 2021. Suite à l'avis de cette commission du 1er décembre 2021, la société hospitalière d'assurance mutuelle devenue Relyens, assureur du CHU de Brest, a présenté le 8 avril 2022 une offre d'indemnisation d'un montant de 13 000 euros. Par la requête visée ci-dessus, Mme C, qui a refusé cette offre, demande au juge des référés de mettre à la charge du CHU de Brest le versement d'une provision à valoir sur l'indemnisation définitive des préjudices qu'elle a subis.
3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. " Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à établir l'existence d'une créance avec un degré suffisant de certitude. Le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
Sur le principe de la responsabilité du CHU de Brest :
4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
5. D'une part, il résulte d'abord de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le tableau clinique que présentait Mme C lors de son arrivée aux urgences le 24 décembre 2018, à savoir l'existence d'une plaie profonde et d'un déficit sensitif, aurait dû, eu égard aux données acquises de la science, orienter les équipes médicales vers le diagnostic d'une section d'un nerf collatéral. L'absence de suspicion d'une telle section doit, dès lors, être regardée comme fautive. Il ressort en outre de ce rapport que, consécutivement à ce défaut de diagnostic, la plaie a été explorée sous anesthésie locale hors d'un bloc opératoire alors qu'une telle exploration n'est pas adaptée à la réparation d'une plaie digitale profonde avec lésion nerveuse, l'expert précisant qu'il est acquis que toute plaie de la main doit être explorée en bloc opératoire. La méthode d'exploration doit, par conséquent, être elle-même considérée comme fautive. Il résulte enfin de l'instruction qu'au cours de l'intervention du 6 janvier 2019, le chirurgien n'a pas relevé l'existence d'une section du nerf collatéral ulnaire, malgré l'existence d'un trouble de la sensibilité dans le territoire de ce nerf rendant probable une telle section, selon l'expert, dont le rapport n'est pas remis en cause sur ce point. Le centre hospitalier doit donc être regardé comme étant également à l'origine d'un second défaut de diagnostic. Ces différents manquements, qu'au demeurant le CHU de Brest ne conteste pas, sont de nature à engager sa responsabilité.
6. D'autre part, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel survenu, mais la perte d'une chance d'éviter ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise qui n'est pas contesté sur ce point par les parties, qu'en l'absence des manquements commis par le CHU de Brest, la requérante aurait eu 50 % de chance d'obtenir un résultat plus satisfaisant de sa prise en charge, eu égard au caractère atypique de son tableau clinique présentant une dystonie de fonction mais également au risque normal de persistance de séquelles à la suite des lésions nerveuses malgré une prise en charge conforme. Par suite, les manquements du CHU de Brest doivent être regardés comme ayant fait perdre à Mme C une chance de 50 % d'obtenir une amélioration de son état de santé.
8. Il résulte de ce qui précède que l'obligation dont se prévaut la requérante à l'égard du centre hospitalier défendeur n'est pas sérieusement contestable à hauteur de 50 % du montant des préjudices subis en raison des fautes commises au cours des prises en charge des 24 décembre 2018 et 6 janvier 2019.
Sur l'étendue de la réparation :
9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise non remis en cause sur ce point dans le cadre de la présente instance, que la consolidation de l'état de santé de Mme C doit être fixée au 3 janvier 2020.
10. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'arrêt de travail subi par la requérante doit être regardé comme étant imputable à la situation de perte de chance à compter du 7 mars 2019. Il ressort également de ce rapport que Mme C a subi des souffrances évaluées à 3 sur une échelle allant de 0 à 7, un préjudice esthétique temporaire de 1,5 sur une même échelle pendant deux mois puis de 1 jusqu'à consolidation, et qu'elle subit un déficit fonctionnel permanent de 14 % et un préjudice esthétique permanent de 1 sur une échelle identique. Par son mémoire en défense enregistré le 4 septembre 2023 dans le cadre de l'instance n° 2302812 présentée au fond, mémoire produit dans le cadre de la présente instance et sur lequel se fonde la requérante, le CHU de Brest admet être débiteur d'une créance non sérieusement contestable d'un montant de 17 023 euros au titre de ces préjudices après application du taux de perte de chance et des frais divers exposés par Mme C dans le cadre de la procédure initiée devant la CCI. La requérante est par suite fondée à obtenir le versement d'une provision à concurrence de ce montant à valoir sur l'indemnisation de ces préjudices.
11. D'autre part, il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise non sérieusement remis en cause sur ce point, que Mme C a subi un déficit fonctionnel permanent de 15 % totalement imputable aux fautes commises par le CHU de Brest le 24 décembre 2018 de cette date au 5 janvier 2019, puis, en raison de la situation de perte de chance, un déficit fonctionnel total le 24 juillet 2019, un déficit fonctionnel de 25 % du 25 juillet au 24 août 2019 et un déficit fonctionnel de 15 % du 25 août 2019 au 2 janvier 2020. En outre, l'état de santé de la requérante a nécessité qu'elle soit assistée par une tierce personne à raison d'une heure par jour au cours des périodes de déficit fonctionnel temporaire de 25 % et à raison de trois heures par semaine au cours des périodes de déficit fonctionnel temporaire de 15 %. Sur la base d'un taux journalier d'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire de 15 euros, d'un taux horaire de 13 euros pour une aide active non spécialisée et sur une base annuelle de 412 jours afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés concernant cette aide, il y a lieu d'évaluer l'indemnisation du déficit fonctionnel et des frais d'assistance temporaire par une tierce personne aux sommes respectives, après application du taux de perte de chance retenu plus haut pour les périodes où les préjudices sont imputables à cette perte, d'au moins 235 euros et 700 euros pour fixer le montant non sérieusement contestable des provisions à verser à Mme C à ce titre.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à obtenir le versement d'une provision d'un montant total de 17 958 euros.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Brest, partie perdante dans la présente instance, le versement à Mme C d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Le CHU de Brest est condamné à verser à Mme C une provision d'un montant de 17 958 euros.
Article 2 : Le CHU de Brest versera à Mme C la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à la caisse primaire d'assurance maladie du Finistère et au centre hospitalier universitaire de Brest.
Fait à Rennes, le 5 janvier 2024.
Le président,
signé
E. Kolbert
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention, ministre chargée de l'organisation territoriale et des professions de santé en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026