Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de l’EURL Fun Bouvron Évènements, qui demandait la décharge de rappels de TVA d’un montant total de 25 153 euros pour les années 2018 et 2019. La société contestait la remise en cause par l’administration fiscale de l’application du taux réduit de TVA prévu au b bis de l’article 279 du code général des impôts pour ses activités de loisirs (paintball, airsoft, lazer tag, etc.), qu’elle qualifiait de jeux ou manèges forains. Le tribunal a jugé que ces activités ne relevaient pas de la définition des jeux forains au sens des dispositions fiscales applicables, confirmant ainsi le bien-fondé des rectifications opérées par l’administration. La solution retenue s’appuie sur l’interprétation stricte du b bis de l’article 279 du code général des impôts, excluant du taux réduit les activités ne présentant pas un caractère forain traditionnel.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 30 juin 2023, le président du tribunal administratif de Nantes a transmis au tribunal, en application de l’article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par l’entreprise à responsabilité limitée (EURL) Fun Bouvron Évènements.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nantes le 7 avril 2023, et un mémoire en réplique enregistré le 29 novembre 2024, l’EURL Fun Bouvron Évènements, représentée par Me de Marne, demande au tribunal :
1°) la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée d’un montant total de 25 153 euros qui lui ont été réclamés au titre de la période correspondant aux années 2018 et 2019 ;
2°) la mise à la charge de l’État du versement d’une somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c’est à tort que l’administration a remis en cause l’application du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée, prévu au b bis de l’article 279 du code général des impôts, aux opérations qu’elle réalise dans le cadre de son activité ;
- son activité relève des jeux ou manèges forains visés par ces dispositions ; cette qualification n’est pas réservée aux jeux forains traditionnels ;
- l’administration ne peut pas valablement lui opposer sa propre doctrine ; les activités qu’elle propose ne sont pas des activités sportives, mais remplissent les critères des jeux ou manèges forains à savoir un aspect récréatif et le caractère démontable des installations ;
- elle a dû fermer durant la période d’état d’urgence sanitaire ce qui n’a pas été le cas des activités sportives ; la circonstance qu’il existe une fédération de paintball ne signifie pas qu’il s’agit d’une discipline sportive ; les dispositifs qu’elle installe sur les aires de jeu sont mobiles ; l’airsoft est pratiqué dans des conditions identiques ;
- le lazer tag présente beaucoup de similarité avec le laser game dont la qualification de jeu forain est reconnue par la jurisprudence ; le lazer tag ne constitue pas une discipline sportive ; il n’y a pas lieu de traiter différemment les deux activités au motif que l’une est pratiquée en salle alors que l’autre est pratiquée en extérieur ;
- le tir à l’arc qu’elle propose est un jeu forain relevant du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée, même si elle a spontanément appliqué le taux normal de taxe sur la valeur ajoutée ;
- le « fun archery » est un jeu inspiré de la balle au prisonnier et du paintball, une activité purement récréative et non un sport ;
- le bubble foot est une adaptation d’un jeu visible en fête foraine ; le caractère réduit des matériels nécessaires à sa pratique ne saurait faire obstacle à la qualification d’activité foraine ; l’activité de combat de sumo est proposée lors de fêtes foraines et le caractère réduit des matériels nécessaires à sa pratique ne saurait faire obstacle à la qualification d’activité foraine.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 3 octobre 2024 et 28 août 2025, le directeur régional des finances publiques de Bretagne et du département d’Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par l’EURL Fun Bouvron Évènements n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les explications de M. A..., gérant de l’EURL Fun Bouvron Évènements.
Considérant ce qui suit :
1. L’EURL Fun Bouvron Évènements exploite un parc ludique, sous l’enseigne Paintball Bouvron, à Carentoir comprenant huit terrains sur lesquels elle propose à sa clientèle des activités de loisirs. Sa clientèle est composée essentiellement de particuliers, mais également de comités d’entreprises et de centres de loisirs. Elle propose également à sa clientèle d’exercer certaines de ces activités à leur domicile. En 2021, l’EURL Fun Bouvron Évènements a fait l’objet d’une vérification de comptabilité en matière de taxe sur le chiffre d’affaires au titre de la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2019 à l’occasion de laquelle l’administration a constaté qu’à compter de 2018, l’entreprise avait soumis la quasi-totalité de son chiffre d’affaires au taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée, sur le fondement du b bis de l’article 279 du code général des impôts alors en vigueur. Par une proposition de rectification du 7 décembre 2021 l’administration a informé l’EURL Fun Bouvron Évènements, selon la procédure de rectification contradictoire, de son intention de soumettre la totalité de son chiffre d’affaires au taux normal. La société a présenté des observations auxquelles l’administration a répondu le 5 avril 2022 en maintenant les rectifications notifiées. Le supérieur hiérarchique du vérificateur, saisi à la demande de l’EURL Fun Bouvron Évènements, a fait de même le 5 juillet 2022. Après la mise en recouvrement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, la société a présenté une réclamation, laquelle a été rejetée par une décision du 9 février 2023. Dans le cadre de la présente instance l’EURL Fun Bouvron Évènements fait valoir que les activités de paintball, d’airsoft, de lazer tag, de tir à l’arc, de « Fun archery », de « Bubble foot » et de combat de sumo dans des combinaisons gonflables constituent des jeux forains au sens du b bis de l’article 279 du code général des impôts au titre desquels il doit être fait application du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée.
2. Aux termes de l’article 256 du code général des impôts : « I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / (…) ».
3. Aux termes de l’article 278 du code général des impôts : « Le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée est fixé à 20 %. ».
4. Aux termes de l’article 279 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : « La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % en ce qui concerne : / (…) / b bis. Les spectacles suivants : / foires, salons, expositions autorisés ; / jeux et manèges forains à l'exception des appareils automatiques autres que ceux qui sont assimilés à des loteries foraines en application de l'article L. 322-5 du code de la sécurité intérieure ; / (…) ».
5. Il résulte des dispositions citées au point 4 que la taxe sur la valeur ajoutée est en principe perçue au taux réduit sur les jeux et les manèges forains. L’application du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée aux recettes provenant des droits d’entrée, d’accès ou de participation aux jeux et manèges forains n’est pas subordonnée à la condition que ces jeux et manèges soient exploités dans l’enceinte d’une fête foraine.
6. S’agissant d’une attraction exploitée en dehors d’une fête foraine, la qualification de jeu ou de manège forain peut notamment résulter, outre du caractère ludique ou récréatif inhérent au jeu ou au manège, de ce que les installations ou les matériels utilisés sont aisément démontables ou déplaçables, de ce que l’activité est exploitée de manière itinérante par son organisateur et de ce qu’elle est semblable à celles habituellement proposées à la clientèle des fêtes foraines.
7. Il appartient au juge de l’impôt d’apprécier, au vu de l’instruction, si les recettes réalisées par un contribuable entrent dans le champ d’application du taux réduit de la taxe sur la valeur ajoutée ou dans celui du taux normal de cette taxe, eu égard aux conditions concrètes dans lesquelles sont effectuées ses opérations.
8. Si les activités proposées par l’EURL Fun Bouvron Évènements présentent un caractère récréatif et ne nécessitent pas des installations ou des matériels qui ne seraient pas aisément démontables ou transportables, il est constant que la société requérante exerce son activité en un lieu déterminé, se rend accessoirement au domicile de ses clients, et n’a donc pas une activité de nature itinérante. Les jeux qu’elle propose à sa clientèle ne sont pas semblables à ceux habituellement proposés à la clientèle des fêtes foraines, mais s’apparentent davantage à des activités de loisirs de nature sportive ou parasportive, pratiquées pour certaines d’entre-elles en équipes et sur réservation, proposées par des structures étrangères au monde forain. Par suite, l’EURL Fun Bouvron Évènements n’est pas fondée à contester la remise en cause par l’administration de l’application des dispositions du b bis de l’article 279 du code général des impôts, ni à revendiquer leur application au chiffre d’affaires tiré de l’activité de tir à l’arc auquel elle soutient, sans d’ailleurs l’établir, avoir appliqué à tort le taux normal de taxe sur la valeur ajoutée. Dès lors, sa requête doit être rejetée.
Sur les frais d’instance :
9. L’État n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par l’EURL Fun Bouvron Évènements au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D é C I D E :
Article 1er : La requête de l’EURL Fun Bouvron Évènements est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l’EURL Fun Bouvron Evènements et à la directrice régionale des finances publiques de Bretagne et du département d’Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l’audience du 19 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Thielen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2025.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
A. Chapalain
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.